Bob Iger s’exprime sur l’avenir de Star Wars et de la Walt Disney Company

Publié par Brocéliande Nausicaa le 14 octobre 2018 | Maj le 14 octobre 2018

Le PDG de la Walt Disney Company s’exprime sur les grands axes futurs de l’empire Disney. Toujours leader en matière de divertissement et davantage depuis l’achat de la 21th Century Fox, il fait également partie des personnalités les plus influentes d’Hollywood depuis 2007. Dans cette interview publiée par le Hollywood Reporter, Bob Iger fait le point sur son royaume en parlant de sa volonté de ralentir la licence Star Wars, de son interaction avec l’actualité et de la nouvelle plateforme rivale de Netflix. Le rédacteur en chef du (The) Hollywood Reporter, Matthew Belloni le reçoit pour un entretien autour du futur de la marque aux grandes oreilles. Il présente son plan pour Disney qui veut permettre à sa franchise « non seulement de survivre mais aussi de lui assurer prospérité dans un monde qui ne ressemble à rien de celui qui existait il y a seulement quelques années« .

Bob Iger

Bob Iger, PDG de la Walt Disney Company

Pour Bob Iger,  Star Wars doit lever le pied

Le rachat de Lucasfilm par Disney remonte à 2012, soit 6 ans d’exploitation par la marque aux grandes oreilles. Dans cet espace de temps, une nouvelle trilogie (dont le dernier volet sortira l’année prochaine), deux spin-off sont sortis sur les écrans sans compter les séries télévisées. Cela représente quasiment un film par an. Seulement voilà, l’industrie hollywoodienne a-t-elle senti le vent tourner depuis le maigre succès de Solo : A Star Wars Story ? A-t-elle flairé un ras-le-bol du public ou décide-t-elle d’entretenir le manque avant que la lassitude prenne le pas sur les spectateurs ? Dans cette même interview, Bob Iger s’exprime à ce sujet.

Matthew Belloni : Beaucoup pensent que Disney devrait tirer son épingle du jeu et ne pas produire un film Star Wars chaque année.

Bob Iger : J’ai pris la décision de revenir en arrière et je comprends l’erreur que j’ai commise. Vous pouvez vous attendre à un certain ralentissement mais cela ne signifie pas que nous n’allons pas faire de films. J.J. Abrams est en train de réaliser l’épisode IX. Nous avons des entités créatives comme les créateurs de la série Game of Thrones. Nous discutons de l’avenir de la licence après cet épisode. Nous allons juste faire plus attention sur la quantité et le timing. On s’arrête là-dessus pour le moment.

Le PDG reconnait sa part de responsabilité dans cette idée d’abreuver le paysage médiatique de La Guerre des Étoiles. Une révélation surprenante lorsque l’on sait l’entreprise frileuse à l’idée d’assumer son erreur. Pour autant, elle ne souhaite pas lésiner sur la qualité de son futur en restant prudente sur les dates de sortie des futures productions Star Wars tout en se munissant des meilleures cartes pour transformer l’essai. Le studio souhaite donc privilégier la qualité à la quantité.

Marvel au cœur des spéculations

Si Star Wars lève donc le pied, chez Marvel, tout est curiosité. Après le succès en apothéose d’Avengers : Infinity War, les fans s’interrogent sur le rachat de la Fox qui risque de faire prendre un tournant considérable à la franchise. Sur ce point, Bob Iger reste discret sur le moindre indice qui pourrait renseigner le public sur les décisions scénaristiques et artistiques prises par Marvel. Il se montre cependant confiant quant au talent qu’il reconnait aux employés de la Fox.

MB : L’accord avec la Fox a permis à de nombreuses personnes de faire leur entrée dans l’entreprise. Dans quelle mesures ces personnes seront intégrées ?

BI : Très bonne question. Nous allons prendre les meilleurs employés des deux entreprises et nous allons nous retrouver sur le terrain. De ce fait, le talent prévaudra. Vous regardez FX ou National Geographic, vous achetez des « bibliothèques » mais vous achetez aussi des gens. Je ne parle de personne spécifiquement encore mais je peux vous dire que j’ai rencontré quasiment toutes les personnes travaillant dans la haute direction de la Fox et que je ne m’occupe pas uniquement des possibilités qui s’offrent à elles. Je suis juste enthousiasmé par les perspectives.

MB : Comment Marvel va-t-il absorber la franchise X-Men de la Fox ? Est-ce que Kevin Feige va tout superviser ?

BI : Je pense que ça tombe sous le sens. Nous avons communiqué avec les membres de la Fox. C’est normal. Il ne peut y avoir deux studios Marvel.

MB : Donc Deadpool pourrait devenir un Avenger ?

BI : Kevin a beaucoup d’idées. Je ne dis pas que cela sera le cas mais qui sait ?

De l’actualité de 2018 se profile l’avenir de la Walt Disney Company

Il y a eu de nombreux rebondissements dans la sphère Disney cette année : l’entretien des franchises, toujours plus florissantes, de Marvel et de Star Wars, le mouvement #Metoo qui a conduit un certain John Lasseter et d’autres à quitter leur poste, la bataille contre Amazon, Apple ou encore Facebook… Iger veut, aussi bien d’un point de vue de l’opinion publique qu’économique, être le prédateur suprême dans le monde cruel d’Hollywood. A 68 ans, Bob Iger tient toujours son empire à la hausse avec un chiffre d’affaire croissant. Un empire qui ne se repose pas sur ses lauriers notamment avec cette nouvelle plateforme qui vise à concurrencer Netflix dont le lancement est prévu pour 2019. Un pari risqué mais qui profile un façonnement particulier du paysage audiovisuel si celui-ci est gagnant. En effet, le secteur télévisuel risque d’en être affecté. Pour Bob Iger, le but est clair, porter atteinte à des secteurs considérés comme intouchables aujourd’hui. Dans cette bataille médiatique, les différents scandales rendus publics, obligent Disney à s’adapter et prendre des mesures qu’elle juge adéquates. John Lasseter est accusé de harcèlement, le président de l’ESPN (Entertainment Sport Programming Network) John Skipper est accablé pour consommation de drogues et les anciens tweets de James Gunn (Les Gardiens de la Galaxie) suscitent la controverse. Tous se retrouvent évincés du catalogue « disneyen » dans le but de purifier l’image de l’entreprise, sans doute. Dans tout ceci se pose une question, qui remplacera Bob Iger à sa prise de retraite ?

MB – Dans tous les bouleversements de l’industrie actuelle, à quoi va-t-elle ressembler dans cinq ans ?

BI – Vous appelez ça « bouleversements », c’est une façon de décrire la chose mais je crois que nous devons considérer cela comme une opportunité de se défendre face à la menace. J’essaye de gérer cette société d’une manière qui nous permet de survivre et de prospérer dans un monde en perpétuel changement.

MB – Comment, plus précisément ?

BI – Il y a trois façons de faire. Tout d’abord, proposer du bon contenu. Cela est très pertinent avec la récente acquisition de la Fox. Ensuite, vous vous devez d’être innovant et ce, de façon incroyable aussi bien sur le contenu que la manière de le mettre sur le marché. D’ailleurs, il n’est pas meilleur exemple dans cette idée que Netflix ! Enfin, il faut être de nature mondiale.

MB – Comment voyez-vous l’intérêt récent pour les contenus premium des géants numériques ?

BI – Je suis impressionné par ce qui a été accompli chez Netflix ou Amazon mais aucun d’entre eux n’est Disney ni Pixar ni Marvel ou encore Star Wars. Aucun d’eux n’est National Geographic, FX, Searchlight ou encore Avatar et je pourrais encore continuer. Nous abordons le concept avec un avantage en terme de contenus qui nous permet de nous concentrer sur la qualité plutôt que sur la quantité.

MB – Le PDG d’AT & T,  Randall Stephenson, a récemment comparé Netflix à Walmart, êtes-vous d’accord ?

BI – Et bien j’aime bien Walmart, nous faisons beaucoup d’affaires avec eux alors peut-être que je ne ferai pas la comparaison ainsi. Nous voulons simplement proposer un contenu promettant un bon rapport qualité/prix au consommateur. Nous voulons nous démarquer de Netflix dont la concurrence se fera surtout en terme de qualité des contenus proposés.

MB – Il y a eu de nombreux bouleversements dans vos différentes entreprises cette année. En quoi ESPN, par exemple, a changé ?

BI – Je n’ai que des éloges à propos du travail de Jimmy Pitaro fourni chez ESPN. Il y a eu une grande discussion sur ce quoi cette entreprise devait se concentrer notamment sur le rapport entre le sport et le social ou encore la politique. Jimmy voulait un retour aux sources et je pense qu’il a raison. John Skipper en était, également, à le reconnaître. Il a voulu ramener un certain équilibre.

MB – Dans quelle mesure êtes-vous impliqué dans la décision d’annuler la série Roseanne chez ABC ou le renvoi de James Gunn chez Marvel ?

BI – Je dirais que mon implication réside dans le soutien des décisions qui ont été prises. Pour ce qui est de Roseanne, la décision était unanime. Nous avons discuté de la manière dont l’information serait communiquée et à quel moment car plusieurs éléments devaient être correctement renseignés. En ce qui concerne James Gunn, son renvoi m’a été présenté comme une concertation unanime de certains dirigeants du studio et je l’ai appuyée.

MB – Il a y eu des réactions, vous les supportez ?

BI – Je n’ai pas anticipé leur décision.

MB – La culture chez Pixar a-t-elle changé depuis le départ de John Lasseter ?

BI – Chaque fois que vous changez de leadership, il se produit un changement culturel inévitable. Il y a eu un changement chez Disney lorsque j’ai remplacé Michael Eisner après 21 ans. John Lasseter a longtemps joué son rôle et a eu une influence énorme sur la culture et la créativité de Pixar. Il était évident que cela allait provoquer un changement mais je n’entrerai pas dans les détails.

MB – Qu’est-ce qui a changé dans l’ensemble chez Disney avec le mouvement #MeToo ?

BI – Je ne veux parler de personne en particulier mais il est essentiel pour nous, leaders de cette industrie, de créer des environnements sûrs pour que les personnes victimes de maltraitances puissent s’exprimer et se sentir enfin en sécurité pour parler des violences dont elles sont témoins. Cela devient critique et aussi difficile que cela puisse paraître, il est plus que nécessaire de protéger les personnes qui travaillent avec nous.

MB – Comment faites-vous cela ?

BI – Tout d’abord, vous devez traiter les problèmes spécifiquement avec les personnes concernées. Il faut assurer que les règles s’appliquent dans l’entreprise et ce, quel que soit le rang, l’importance ou le talent. Vous devez communiquer très efficacement avec les victimes et les inciter à se manifester faute de quoi, elles peuvent perpétuer un environnement de travail dangereux.

MB – Enfin, certains puristes de Disneyland s’inquiètent de la vente de boissons alcoolisées à Star Wars Land.

BI – Nous devons faire attention à ne pas laisser les gens boire puis à aller à Autopia. (rires)

MB – Très drôle ! Pourtant Walt Disney disait qu’il ne fallait pas boire à Disneyland.

BI – Oui, sauf que je pense que Walt avait ce qu’il fallait dans son appartement à Disneyland. (rires) Je suis un grand partisan de la tradition mais je ne pense pas que changer celle-là conduirait son empire à s’effondrer.

Source : The Hollywood Reporter

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