Captain America, Civil War

Production : Marvel Studios

  • Titre original :  Captain America : Civil War
  • Titre français : Captain America : Civil War
  • Sortie française : 27 avril 2016
  • Sortie américaine : 06 mai 2016
  • Durée : Inconnue
  • Film live-action 2D
  • Réalisateur : Anthony et Joe Russo
  • Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely
  • Musique : Henry Jackman

Captain America Civil War : critique

Captain America: Civil War est le 13ème long-métrage d’un Univers Cinématographique Marvel en constante expansion. Mais aussi la première pierre d’une phase III érigée par les Marvel Studios, branche cinématographique de la Maison des Idées, entité de The Walt Disney Company, défi parmi les défis attendus au tournant par la critique et le public. Il est désormais totalement admis de parler d’un « Avengers 2.5 » de par l’envergure du projet, tant et si bien qu’on oublierait presque que les deux précédentes phases, chapeautées principalement par le réalisateur Joss Whedon, ont elles aussi marqué de leur empreinte le septième art super-héroïque. Il est également tout aussi légitime de parler d’un film mettant à l’honneur le leader des Avengers, plus que quiconque. Alors quel est le secret si décoiffant de cette alchimie que les frères Russo concrétisent une seconde fois chez Marvel sans impair et avec tout le brio qu’on leur connaît ? Car en brassant avec subtilité tout un enchevêtrement de personnages et d’éléments créés par cet univers depuis 2008, les réalisateurs de Captain America: Civil War touchent à coup sûr le spectateur et offrent simplement à leur dernière contribution la palme de la plus audacieuse et puissante création produite de tout temps par Marvel Studios, rien que ça ! De quoi entrevoir un avenir plus qu’enthousiasmant pour cette phase III planifiée jusqu’en 2020… Marvel prouve dans le même temps que la franchise Captain America n’a plus rien à envier à ses consœurs toutes aussi populaires.

Captain America Civil War

l’Univers Cinématographique Marvel

Comme ce fut le cas pour le deuxième volet de sa franchise, Captain America: Civil War est tout aussi bien le sequel du dernier opus d’ Avengers, L’Ère d’Ultron que la suite directe de Captain America : Le Soldat de l’Hiver. Captain America s’offre par ailleurs une entrée en grandes pompes dans la phase III de l’Univers Cinématographique Marvel quand ses petits collègues se contenteront de films en solo dans plusieurs mois ou années (Thor, Les Gardiens de la Galaxie ou Ant-Man) ou n’en n’ont plus du tout à l’ordre du jour (Iron Man). Il est vrai, cette franchise a littéralement décollé avec le deuxième opus en 2014, premier film Marvel confié à Joe et Anthony Russo, ces derniers ayant offert à cet univers des dimensions surprenantes jamais vues auparavant dans le traitement de super-héros au cinéma. Son succès critique et sa percée commerciale plus que confortables (714 millions de dollars de recettes internationales) auront suffit à convaincre Kevin Feige, patron des Marvel Studios, de mettre sur les planches un troisième volet tout aussi prometteur, tout en assurant grâce à ce nouveau film l’édification des bases d’un nouveau grand volume cinématographique Marvel, la phase III.

Captain America Civil War

En réalité, le plan très stratégique des Marvel Studios était bien plus ambitieux puisqu’ils projetaient, quelques mois avant la sortie de Captain America : Le Soldat de l’Hiver en salles, de poursuivre et achever les aventures du guide des Vengeurs quelques années plus tard, permettant aux frères Russo d’accoucher de leur vision très singulière en deux films concluant une trilogie, comme ce fut le cas pour Iron Man et bientôt Thor. C’est sur la scène du cinéma El Capitan à Hollywood que Kevin Feige fait son annonce fracassante au monde entier : ce troisième volet aura non seulement pour tâche d’assurer la continuité avec le précédent film grâce à la contribution des talents scénaristiques de Christopher Markus et Stephen McFeely, mais devra par la même occasion offrir une autre intrigue, et non des moindres, puisqu’il s’agit de l’arc scénaristique culte Civil War, une série de comics en 7 parties publiée en 2006 et 2007, écrite par Mark Millar et dessinée par Steve McNiven. Si l’engouement autour de cette annonce défraie la chronique, le défi reste de taille compte tenu de l’enjeu titanesque que cela représentait d’adapter une telle œuvre adulée des fans et dont le contenu est l’un des plus riches et complexes dans tout le patrimoine littéraire de la célèbre maison d’édition new-yorkaise.

Marvel's Captain America Civil War

Il convient alors d’ajouter que le film Captain America: Civil War reste une adaptation assez fidèle dans les grandes lignes à l’œuvre sur papier. En effet, le postulat de départ de la saga Civil War en comics est une crise d’opinion publique qui se retourne contre l’ensemble de la classe super-héroïque mondiale, les citoyens du monde entier les jugeant responsables de la tuerie de centaines de victimes dans leurs actions pour protéger l’humanité des terroristes et autres vilains. Le gouvernement américain promulgue alors une loi, le Super-Human Registration Act (Loi de recensement des Super-Humains) censée les recenser, révéler leur identité secrète aux autorités, leur faire suivre une formation appropriée et les faire travailler aux ordres du gouvernement. S’ils ne se plient pas à cette loi, ils sont tout simplement arrêtés et placés en détention dans des prisons prévues pour l’accueil des super-héros entrés dans l’illégalité.

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Cette série oppose alors deux camps, deux factions d’optimisés, deux idéologies aussi (sans parler de la division des lecteurs habilement trouvée par Marvel Comics) : d’un côté, Iron Man, à la tête des convaincus du bien-fondé de cette loi (soit par adhésion morale, soit par désir de se faire amnistier dans le cas de super-vilains, de l’autre, Captain America, défiant cette autorité et révoquant totalement cette contrainte imposée, obstruant selon lui et ses partenaires leurs libertés individuelles, ou pire, risquant de mettre en péril la sécurité de leurs proches. Il y a des personnages favorables, non favorables et d’autres assez neutres dans ce conflit : mais ce sont des centaines de protagonistes qui entrent dans cet échiquier à grand échelle de manière directe ou indirecte. Des figures éminentes rejoignent les deux camps : Iron Man convainc ainsi Mr Fantastique, la Guêpe, Hank Pym, Miss Hulk, War Machine, Miss Marvel, Bishop ou encore Sentry tandis que Captain America rallie à sa cause Daredevil, le Faucon, Spider-Man, Spider-Woman, Œil-de-Faucon, la Vision, la Panthère Noire, la Cape et l’Epée, la Torche Humaine, Luke Cage, Iron Fist, Goliath, le Punisher ou encore de nombreux X-Men…

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C’est donc le 28 octobre 2014 que le patron de la branche cinématographique de Marvel officialise cette adaptation sur grand écran. Dans le même temps, il révèle le titre officiel du film et annonce l’intégration officielle au casting de Robert Downey Jr., qui rempile pour la sixième fois dans un long-métrage Marvel. Autre annonce de taille parmi l’ensemble des officialisations de l’agenda de la Phase III durant cette soirée : l’arrivée dans l’Univers Cinématographique Marvel du super-héros la Panthère Noire (Black Panther), avant de s’offrir des aventures en solo. Le public se pose alors la question de savoir quels super-héros, dont les droits d’adaptation cinématographique sont détenus par Disney, pourraient entrer dans ce conflit. Les X-Men et les Quatre Fantastiques restent encore et toujours la propriété indéfectible de la 20th Century Fox au cinéma tandis que le cas de Spider-Man est un enjeu à lui tout seul.

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L’Homme-Araignée était jusqu’en 2014 la propriété exclusive de la maison Sony Pictures. La major entendait bien exploiter le filon avec davantage d’ambition que pour la première saga de Sam Raimi des années 2000. Andrew Garfield, campant depuis deux volets le rôle du super-héros de New-York, avait finalement de beaux jours devant lui, Sony souhaitant créer un véritable univers partagé, toutes proportions gardées, à l’image de ce qu’avait produit la Fox pour les X-Men ou Marvel Studios pour les Avengers. Deux nouveaux films de la franchise The Amazing Spider-Man était d’ores et déjà sur les planches tandis qu’on projetait déjà de développer parallèlement deux films dérivés, l’un focalisé sur le super-vilain Venom, l’autre sur le clan des Sinistres Six, censés se réunir puis se confronter à Spider-Man en personne dans son 4ème volet. Enfin, on envisageait même d’adapter les aventures de Spider-Woman sur grand écran. Mais voilà, tout n’est que chimère à Hollywood quand le diktat du dollar reprend ses droits. Le succès mitigé, tant critique que commercial, de The Amazing Spider-Man – Le Destin d’un Héros aura eu raison des plans ambitieux de Sony, contraint de ralentir la cadence en cours de route. Le troisième volet de la franchise est tout simplement repoussé de deux ans, initialement prévu en 2016, tandis que le film suivant se retrouve suspendu purement et simplement. L’avenir alors incertain du Tisseur au sein de Sony est d’autant plus compromis quand des affaires troubles de piratage de bases de données du studio fuitent, révélant alors des négociations infructueuses entre le label et les Marvel Studios, ces derniers souhaitant reprendre en partie le contrôle du super-héros dans leur propre univers. A ce stade, ces discussions n’avaient abouti à aucun accord, si bien que l’idée de voir Spider-Man évoluer aux côtés d’Iron Man ou Captain America dans une guerre civile, qui le met pourtant assez en avant dans les comics, s’est transformé plus en fantasme qu’autre chose.

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Coup de théâtre dans la nuit du 10 février 2015 quand les Marvel Studios et Sony Pictures annoncent d’une seule voix avoir scellé un partenariat historique autour de l’exploitation du personnage créé par Stan Lee. Spider-Man entre officiellement dans l’Univers Cinématographique Marvel, s’offre une franchise totalement inédite dans un premier film reboot prévu en juillet 2017, fruit de la collaboration entre les deux studios hollywoodiens et est introduit par la grande porte dans Captain America: Civil War. De son côté, Sony garde la main mise sur l’avenir du Tisseur dans le domaine de l’animation sur grand écran et sur ses personnages périphériques : Venom est toujours en projet par exemple. Dans le même temps, on apprend que le réalisateur Marc Webb et la vedette Andrew Garfield, qui avaient officié tous deux pour la marque Spider-Man chez Sony, voient leurs contrats rompus. Enfin, après des semaines de mésentente sur la désignation de l’heureux élu qui aura la lourde tâche d’enfiler le costume moulant rouge et bleu, Marvel Studios et Sony Pictures trouvent un accord fin juin 2015 : l’acteur britannique montant de 19 ans, Tom Holland, est choisi pour incarner Peter Parker et son alter-ego. Aperçu dans The Impossible en 2012, la série Wolf Hall ou encore le film de Ron Howard Au Cœur de l’Océan, ce comédien au visage enfantin devra réinventer ce rôle mythique dans un genre unique afin de ne pas user la franchise. Son âge et l’espièglerie que Marvel souhaite insuffler à son personnage sont des paramètres importants pour que le public soit séduit.

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Spider-Man rejoint donc la Panthère Noire dans la liste des nouveaux super-héros de la phase III. Tous deux bénéficient de l’élan super-héroïque des Avengers pour leur offrir des conditions optimales pour convaincre leur audience et s’intégrer parfaitement à l’Univers mis en place depuis 8 ans. Finalement, Captain America: Civil War ne garde que des éléments essentiels du comics dont il est issu, trop difficilement adaptable en l’état à l’écran, tant par les personnages impliqués (on l’a vu plus haut) que la complexité de sa trame narrative. Cette version sur grand écran compte donc une bonne dizaine de super-héros en proie au doute et opposés les uns aux autres. Outre cet effectif réduit mais déjà très compliqué à exploiter de manière optimale sans trahir l’identité d’un personnage, il s’avère que la plupart d’entre eux ne cachent pas leur identité au monde. Il n’empêche, le travail des frères Russo et de leurs scénaristes est plus que satisfaisant quand on sait que le défi était périlleux. Il y avait tout d’abord l’obligation voire la pression de reproduire avec toujours plus d’originalité le niveau d’exigence de Captain America : Le Soldat de l’Hiver, en proposant un postulat radicalement différent d’Avengers : L’Ère d’Ultron, qui aura malgré tout divisé son public.

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Il aura fallu par ailleurs réfléchir sur une fin de la trilogie Captain America digne de ce nom et au fil scénaristique liant le super-héros centenaire à son meilleur ami Bucky Barnes. De son côté, l’histoire de la guerre civile aura eu pour tâche d’apporter une intrigue neuve au milieu de tout ça. Enfin, le marketing proéminent aura compliqué la chose avec l’intégration de Spider-Man, la Panthère Noire et Ant-Man dans le cercle des Vengeurs. Bref, ce n’est pas une mais bien plusieurs problématiques qui se sont vite posées pour les créateurs de Captain America : Civil War, qui ont dû remettre plusieurs fois en cause leur sens de la cohérence et de la logique dans ce qui s’annonçait comme une gigantesque cour de récréation aussi excitante que brouillonne.

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Et si le film prend parfois des allures de séries télévisées tant par ses codes visuels que ses gimmicks informatifs, il ne tombe pas dans le piège d’une accumulation malavisée de clichés, dont on se serait bien passé dans le deuxième opus de la franchise Avengers. Là encore, les frères Russo démontrent, s’il fallait encore le prouver, toute leur maestria à mener à bien un projet jonché d’épreuves au fur et à mesure de la production du film. C’est bien simple : l’intrigue nous emporte littéralement sans qu’aucune fausse note ne ternisse le travail impeccable des scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely. Il y a d’abord toute une part conflictuelle résidant dans le dialogue permanent entre les personnages. Car oui, plus que jamais, les super-héros raisonnent collectivement et individuellement. Les deux cadors du genre – Tony Stark et Steve Rogers – daignent imposer leur vision philosophique au collectif pourtant soudé tant par la morale, l’affection que par leur expérience commune. Le débat est alors tout aussi important, si ce n’est plus que les scènes de duels physiques entre les deux camps. C’est tout un segment du film qui s’attarde à poser un cadre démocratique où l’agora des super-héros devient le centre de toutes les attentions, jusqu’à atteindre un point de non-retour… La fin justifie les moyens et les deux camps auront à cœur de ne pas trahir leurs engagements personnels et donc leur propre relation à la morale. Mais ce qui reste épatant dans l’art et la manière de provoquer inéluctablement et sans artificialité cette guerre civile pour les frères Russo reste l’emboîtement d’intrigues simplistes pour former quelque chose de plus grand, de plus impressionnant aussi. Mais les metteurs en scène ne se sont pas contenté de faire avancer chaque destin des héros pour les voir se confronter ensemble. Des basculements inédits s’opèrent de manière très naturelle : le spectateur n’est pas du tout pris à défaut, si bien qu’on en vient à se demander, non plus quelles sont les raisons qui les poussent à se quereller mais bel et bien s’il y avait une autre issue que cette fatalité. Enfin, le manichéisme sous-tendant l’ensemble de l’Univers Cinématographique Marvel est balayé d’un revers de manche par ce scénario évolutif. Ancré tout d’abord dans des considérations politiques déjà bien exploitées dans Captain America : Le Soldat de l’Hiver, le film vire à la crise philosophique, du jamais vu dans ce genre de film, qui met à rude épreuve la réflexion personnelle du spectateur. Civil War n’omet pas pour autant les principes fondamentaux régissant l’univers dans lequel il baigne, la dérision, distillée dans le traitement de plusieurs personnages. L’humour toujours bien senti jalonne le film et fait respirer le spectateur dans une tension permanente. Plus généralement, l’approche très nerveuse des frères Russo sur l’ensemble de ces personnages provoque une émotion palpable qui trouve son point culminant durant le final du film, saisissant de justesse.

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Alors, il faudra bien avouer, Captain America : Le Soldat de l’Hiver, qui s’inspirait lui aussi d’un arc scénaristique de comics, offrait un rythme peut-être plus intense. En cela, Captain America: Civil War prend plus le temps d’exposer des contextes nécessaires au déroulement de la suite de l’histoire. Il faut dire que les personnages sont nombreux et qu’il faut bien exploiter au mieux toute celle galerie de Vengeurs mais aussi de personnages périphériques et de vilains. Pour le coup, les Russo réussissent sans mal cette mission quand l’effort de Joss Whedon était plus flagrant. Il faut dire que le cadre du film n’est plus tout à fait le même que lorsque les Vengeurs étaient unifiés mais il y a aussi de nombreux personnages à installer et la tâche reste tout aussi ardue en ce sens. Tout ce travail réside principalement dans la première partie du film durant laquelle les nouveaux personnages et les éléments clefs sont installés, subordonnant le conflit idéologique entre les héros et leur monde, entre les Vengeurs d’un point de vue purement moral ou affectif. Il y a des ruptures. Plus que jamais, Marvel ne fait pas dans la dentelle à coup de matraquage d’enjeux faussement spectaculaires. Non, rien n’est prétexte dans les arguments des uns et des autres et on se laisse nous aussi embarquer facilement dans ce débat de grande envergure au point de ne plus savoir quel camp a le plus de légitimité dans ses paroles puis ses actes. Les Russo tendent à ne pas imposer de réponse unilatérale mais bel et bien de cerner le meilleur des deux mondes prônés par les uns et les autres. Captain America: Civil War n’oppose d’ailleurs pas deux camps mais nuance les propos des équipes d’Iron Man et Captain America par des avis plus radicaux et divergents d’autres intervenants dans un récit croisé mené tambour battant. On ne voit pas passer le temps car les Russo brisent le carcan super-héroïque auquel Marvel nous avait habitué durant deux phases et ouvrent la voie d’une nouvelle ère, bien plus psychologique, tout en assurant une certaine continuité avec les acquis de la Maison des Idées dans les comics et au cinéma. Il convient néanmoins de préciser que la Civil War des comics reste globalement éloignée de celle imaginée dans l’Univers Cinématographique Marvel. Bien que les bases et les enjeux soient les mêmes, les motivations principales poussant l’histoire à diviser les héros entre eux est tout autre. Trois éléments semblent évoquer de près l’origine comics, à savoir les accords (cette fois-ci mondiaux, gérés par les Nations Unis) invitant les super-héros à se plier à des lois de contrôle par les gouvernements, le regard public craintif à leur égard et la scission enflammée des Avengers. En revanche, Captain America: Civil War amène une dose de psychologie et l’ensemble des éléments narratifs produits auparavant afin de mieux légitimer ce conflit. Car au-delà du travail de fond proposé par les Russo sur les visions philosophiques mises en exergue, chacun des personnages dévoile sans réserve sa motivation personnelle dans l’histoire : la famille des Avengers efface l’esprit de communauté auquel on nous avait habitué pour laisser place à l’intérêt particulier. Là où les Russo réussissent ce tour de force, c’est en nous montrant que tous les avis sont finalement bons à prendre et qu’aucune vérité n’est absolue. La subjectivité est reine, insistant davantage sur l’égo des protagonistes et donc leurs faiblesses ou leurs atouts.

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Contrairement à la cassure du schéma classique du scénario de film de super-héros opéré par Marvel pour entamer cette phase III, l’action, elle, est mordante sans dépasser le niveau des précédents opus. Aussi prenantes que les scènes de dialogue, elles rythment sans maladresse l’ensemble de l’histoire. Et Marvel nous offre un florilège condensé de ce que la maison fait de mieux depuis 2008 : tous les super-héros s’affrontent les uns les autres. On a vraiment du mal à se lasser tant la diversité de ces séquences d’action est immense. La scène magistrale de l’aéroport allemand reste sans doute la crème de ce que le studio a pu produire jusqu’à aujourd’hui. C’est le moment le plus épique du film mais également celui qui en fera pâlir plus d’un. Durant une demi-heure, le spectateur est pris à partie dans un moment totalement fou et exubérant d’inventivité comme il n’y en a jamais eu au cinéma super-héroïque. Entre le sourire et les larmes, ce passage intense du film va même jusqu’à provoquer des applaudissements dans la salle tant les hommages rendus aux comics et à la pop-culture sont jouissifs. Un deuxième acte magistral survient à la fin du film : là encore, il émeut par sa justesse en intensité dramatique plus que par la puissance des coups chorégraphiés. C’est bien simple : le techno-thriller marvellien prend des allures tragiques véritablement brillantes à en fracturer la symbolique même du super-héros. Les Russo confirment là encore leur maîtrise parfaite d’un rythme de croisière effréné grâce à la combinaison subtile du temps de parole et d’actes.

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La filiale Industrial Light & Magic respecte, il est vrai, le cahier des charges imposants en effets spéciaux que requiert le scénario de Captain America: Civil War. Encore une fois, la scène de l’aéroport sort du lot mais l’ensemble des effets spéciaux du film est spectaculaire : des courses-poursuites des héros au traitement des aptitudes de chacun d’entre eux (apparences physiques, pouvoirs, technologies…) en passant par leurs interactions en plein combat : du génie à l’état pur. Toujours bien équilibrées, les scènes de combat sont toutes plus impressionnantes visuellement mais manquent certaines fois de précision, tant la charge de personnages en jeu est impressionnante. Tout cela amène à la conclusion que les frères Russo sont définitivement légitimes pour entamer le colossal diptyque Avengers: Infinity War, qui réunira encore plus de personnages à l’écran.

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On l’a déjà mentionné, si la première partie et sans doute le final s’attachent réellement à poursuivre les aventures de Captain America, cette guerre civile est l’occasion de réunir à l’écran toute une pléthore de super-héros qu’on retrouve, pour certains, avec grand plaisir, et qu’on découvre pour d’autres, introduits avec une facilité déconcertante.

Tout d’abord, les représentants des deux camps ne sont pas les messagers directs des idéologies opposées du film mais se laissent convaincre de l’utilité de chacune. Certes, Steve Rogers (Chris Evans) incarne encore et toujours des valeurs de liberté individuelle et de solidarité qui renforceront sa prise de position, mais c’est bien l’aspect affectif du personnage qui influencera le héros dans ses choix. Captain America se dévoile alors sous un nouveau jour après deux volets de sa franchise et deux volets d’Avengers. Il est étonnant de voir que le personnage peut encore nous surprendre par ses ambiguïtés profondes.

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Tony Stark est joué par un Robert Downey Jr. au sommet de son art. Formidablement bien dirigé par les frères Russo, la vedette hollywoodienne livre là une prestation exceptionnelle toute en réserve et en fragilité. Plus que dans Iron Man 3 ou Avengers : L’Ère d’Ultron, son personnage est rongé par la culpabilité et désire plus que tout au monde s’en remettre à l’institution publique, peut-être par désillusion, qui sait…

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Parmi les Avengers qui marqueront ce volet, on retiendra assurément Ant-Man, parfaitement bien intégré au reste de l’équipe et qui, sous couvert d’allégeance à Captain America, se permet des libertés savoureuses tout au long du film. Paul Rudd est toujours aussi hilarant. De son côté, Wanda Maximoff a appris entre temps à mieux contrôler ses pouvoirs, les mettant au service de ses partenaires ou au contraire lui permettant de lutter avec toujours autant d’originalité contre ses ennemis. Elle tisse ainsi une relation encore plus intéressante avec un Clint Barton alias Œil-de-Faucon (Jeremy Renner) toujours plus charismatique.

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Le personnage de la Vision (Paul Bettany) est en proie au doute, lui qui se sent étranger sur Terre et cherche encore à trouver sa vraie identité parmi les humains. On notera les petites références bien senties avec le personnage d’Edwin Jarvis, le majordome d’Howard Stark. La Vision, bien que sous-exploitée dans les scènes d’action, légitime cela par une distance et un œil observateur et sage, qui offre un troisième point de vue au conflit interne entre les héros. On notera également l’excellente prestation de Scarlett Johansson dans la peau d’une Veuve Noire qui incarne à merveille la hauteur que tout un chacun doit prendre sur la situation, l’attachement personnel et la fracture morale et affective.

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Bucky Barnes, meilleur ami de Steve Rogers, alias le Soldat de l’Hiver, revient (une fois de plus) d’entre les morts en évoluant lui aussi au gré de ses rencontres. Sa psychologie torturée par son passé et le présent qui le rattrape et sa part d’ombre et de lumière en constante confrontation en font l’un des personnages les plus attrayants du film, servi par une interprétation très convaincante de Sebastian Stan.

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Les autres protagonistes font le job et bénéficient eux aussi de leur moment de gloire sans pour autant se démarquer du jeu : Don Cheadle est remarquable une fois de plus en Colonel Rhodes alias War Machine, plus que jamais décidé à protéger sa nation liée intimement à son job ; Anthony Mackie prend encore plus d’assurance en campant le Faucon, le « Petit Jean » des Avengers sur lequel on peut toujours compter ; Emily VanCamp revient dans le rôle de Sharon Carter alias l’agent 13 et l’on peut dire que son personnage, bien qu’en retrait du dénouement, joue un rôle très finement pensé.

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Mais ce sont les deux nouveaux super-héros du film qui attirent toute l’attention du spectateur tant leur intégration, on l’a déjà dit, est véritablement une prouesse ! Car la phase III de l’Univers Cinématographique Marvel aura le mérite d’introduire de nombreuses nouvelles têtes. Et il ne s’agit pas de simples caméos refourgués pour le plaisir du département marketing, chacun d’eux jouant un rôle déterminant dans le film et plus globalement pour l’avenir. La Panthère Noire se voit dérouler le tapis rouge pour se présenter aux spectateurs.

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Fils du roi T’Chaka du Wakanda, pays africain fictif introduit dans Avengers : L’Ère d’Ultron, T’Challa devra hériter de son royaume. Pacifiste dans l’âme, T’Challa incarne à merveille le souffle de son peuple ancré dans les traditions, loin de toutes considérations internationales, pourtant obligé d’entrer dans la partie avec son père. Il hérite par la même occasion du costume mythique de la Panthère Noire portée avec classe et prestance tout au long du film. Chadwick Boseman, qui l’incarne, offre un subtil mélange d’émotions au spectateur, et là encore, une vision personnelle très intéressante du conflit en cours. Là aussi, Marvel réussit haut la main à adapter fidèlement un personnage emblématique de son riche catalogue.

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Finalement, le super-héros par excellence de l’histoire de la Maison des Idées rejoint enfin ses acolytes Avengers. Après Tobey McGuire et Andrew Garfield, le tout jeune Tom Holland épate par sa maturité de jeu nous offrant dans un feu d’artifice de malice, d’espièglerie et de fraîcheur les prémices d’un personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît. Si la Panthère Noire bénéficie d’une « origin story » assez laconique mais nécessaire, le très populaire Tisseur de New York n’en a assurément plus besoin : ce n’est de toute façon pas là l’objet du film et ce ne sera pas non plus celui de son premier film solo programmé en juillet 2017, Spider-Man Homecoming. On sent tout de même les limites de l’ingéniosité scénaristique des Marvel Studios qui intègrent Spidey avec une légère artificialité mais très vite oubliée grâce au jeu explosif du héros, qui vole littéralement la vedette durant une demi-heure à tous ses congénères. Saluons les échanges virevoltants et bourrés d’humour de l’Homme-Araignée avec ces dieux terriens. Plus proche du spectateur et des comics que jamais, son costume est tout autant une franche réussite, se rapprochant de concepts essentiels qui ne trahissent plus la superficialité qu’on a bien voulu lui octroyer les années précédentes, notamment dans The Amazing Spider-Man. Sa fausse innocence, son âge semblable à celui du personnage dans les comics, sa relation très touchante avec sa tante et Tony Stark et ses acrobaties volontairement brouillonnes font d’ores et déjà de ce personnage la franche réussite de toute la phase III, et l’on jubile par avance de le retrouver dans de nombreux films avec encore plus de bagou.

Marvel's Captain America Civil War Spider-Man

Du côté des vilains du film, Marvel se contente d’offrir un schéma somme toute basique : un premier méchant, Crossbones, n’est autre que Brock Rumlow, dissident du S.H.I.E.L.D., qui s’est rallié à HYDRA. Toujours joué par Frank Grillo, il permet lui aussi de lier des intrigues entre elles tout en offrant aux Avengers une scène explicite de l’état actuel de leurs capacités sur le terrain. C’est là toute la force des Russo, on ne le répétera jamais assez. Rien n’est laissé au hasard (ou presque). Daniel Brühl campe le Baron Helmut Zemo. Méchant emblématique des comics, il en est pour le coup radicalement éloigné. Car l’Univers Cinématographique Marvel continue de montrer son désir de s’émanciper du patrimoine littéraire dont il est issu en le réinventant. La création de Zemo est très prévisible finalement mais assez originale en ce sens qu’il ne s’agit pas d’un antagoniste désireux de détruire le monde ou de s’emparer de pouvoir. A l’instar d’un méchant très psychologique de la Distinguée Concurrence, Zemo est utilisé à des fins bien précises et sert admirablement l’intrigue et le conflit, qui reste le centre de toutes les préoccupations et relie finalement tous les personnages.

Marvel's Captain America Civil War Crossbones

Nous saluerons par ailleurs l’entrée remarquée de la star Martin Freeman chez Marvel dans le rôle de Everett K. Ross, un agent spécial des forces anti-terroristes américaines, qui joue lui aussi sur une certaine forme de dualité, qui n’a plus qu’à occuper l’espace-temps de la suite de la Phase III, tant ce rôle promet des surprises pour la suite… Toujours dans les seconds rôles, si Nick Fury se fait oublier un moment, Captain America: Civil War voit le retour en grandes pompes du personnage du général Ross, joué par William Hurt, aujourd’hui secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Il montre à quel point, depuis son altercation avec Hulk il y a plusieurs années de cela, sa vision sur les super-héros a elle aussi changé. Mais le rôle qui pêche est celui d’une mère, Miriam Sharpe, qui a perdu son enfant, jeune citoyen américain, dans la bataille de Sokovie entre Ultron et son armée et les Avengers. Marvel Studios a engagé pour jouer ce rôle mineur, mais tout de même important dans l’histoire, l’actrice Alfre Woodard, elle-même castée quelques temps plus tard par Marvel Television pour incarner la méchante Mariah Dillar dans la série de Netflix, Luke Cage. Or, il est entendu que le monde des Avengers et celui des Defenders est partagé : l’Univers Cinématographique Marvel. Si ce n’est pas la première fois que le géant super-héroïque offre de si belles incohérences, on ne peut qu’être déçu par un manque total de méthode entre ces départements de production, qui commencent à jouer de manière risquée à un « Je t’aime, moi non plus », qui pourrait compromettre l’échange de personnages entre le petit écran Netflix et le grand écran Marvel Studios, notamment pour Avengers: Infinity War.

Marvel's Captain America Civil War

Assurant une nouvelle fois l’accompagnement musical d’un film des Marvel Studios, le compositeur Henry Jackman (Captain America : Le Soldat de l’Hiver) use de nombreux stratagèmes pour mener à bien sa vision sonore du conflit. En appuyant les aspects les plus douloureux qui régissent l’intrigue, il parvient ainsi à retranscrire une émotion musicale qui apporte un peu plus de relief au propos. Les scènes d’action sont prodigieusement mises en musique, elles aussi. Le thème des Avengers incarnant l’union des héros a été consciemment laissé de côté, se contentant d’une simple occurrence au moment de la ratification des accords de Sokovie. Rien en revanche ne reste trop longtemps dans l’oreille tant les effets se multiplient, peut-être trop souvent.

Marvel's Captain America Civil War

Captain America: Civil War fait entrer magistralement ses personnages dans une Phase III de l’Univers Cinématographique Marvel plus que prometteuse. Les frères Joe et Anthony Russo donnent une leçon exemplaire à tous leurs confrères du métier en dosant subtilement chaque effet, en exploitant au maximum chaque entité du film, en mêlant, comme ils savent si bien le faire, le passé, le présent et le futur.

Marvel's Captain America Civil War

Ce treizième chapitre des Marvel Studios questionne de multiples façons, sans se prendre pour autant au sérieux, et réalise là un coup d’éclat consacrant à tout jamais la trilogie de la franchise Captain America comme la plus aboutie de l’Univers Cinématographique Marvel. Servie par une pléthore de personnages tous plus passionnants les uns que les autres, le film ne tombe jamais dans l’artifice et la caricature et permet au genre super-héroïque de se hisser à un niveau supérieur. En offrant un subtil équilibre entre la réflexion et la passion, les réalisateurs prennent le destin de Marvel au cinéma en main et montrent qu’ils ont plus que n’importe qui les épaules pour porter cet univers partagé décidément jamais usité. Prodigieuse méthode des Marvel Studios, il faut saluer son patron Kevin Feige, qui aura permis à ces deux réalisateurs de sitcoms d’accoucher d’une vision novatrice, à même de préserver l’amour du public pour ces héros profondément émouvants et cet univers toujours plus spectaculaire. Le fantasme est désormais une réalité avec Captain America: Civil War. Premier défi relevé avec brio, il nous tarde d’être en 2018 pour découvrir le monstre ultime Avengers: Infinity War que devra réaliser ce duo de cinéastes brillantissimes. Sans oublier que le film sort juste après Batman vs Superman (DC COMICS, pour en savoir plus sur les figurines DC Collectibles), qui aura bien fait parler de lui.

Marvel's Captain America Civil War

Captain America, Civil War
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