Les Indestructibles

Les indestructibles

  • Production : Pixar Animations Studios
  • Titre original : The Incredibles
  • Sortie française : 10 Novembre 2004
  • Sortie américaine : 5 Novembre 2004
  • Réalisateur : Brad Bird
  • Scénario : Brad Bird
  • Durée : 111 minutes

Quand sauver le monde devient une affaire de famille…

Critique des Indestructibles ou Ma famille d’abord!

L’information est tombée récemment : Les Indestructibles 2 sortira en 2019 ! Il va donc falloir s’armer de patience avant de pouvoir connaître la suite tant attendue de la « super » histoire de la famille Parr ! Car il faut bien le dire : Sauver le monde reste une histoire de famille entre eux. Et la planète n’est pourtant pas simple à sauver quand on est cerné par les crises d’adolescence, de quarantaine et de couches bien remplies… D’ailleurs, que s’est-il vraiment passé dans le premier opus ? Cette critique détaillée vous propose de découvrir avec profondeur les points les plus importants qui ont été abordés au travers de leurs aventures. Une critique exhaustive de toutes les petites morales glissées devant la plus importante d’entre toutes : faut pas toucher à la famille…

Pas facile d’être normal quand on a des supers-pouvoirs!

Flèche : « Papa dit toujours qu’il ne faut pas avoir honte de nos pouvoirs. C’est eux qui nous rendent exceptionnels !»

Helen : « Tout le monde est exceptionnel. »

Flèche : « Ouais autrement dit, personne ne l’est. »

A l’écoute de cette Flèche, on ne peut que ressentir de la compassion à son égard. Car on a tous ressenti à un moment donné un sentiment similaire : se savoir différent par rapport aux autres, mais devoir le cacher sous peine d’être incompris voire pire, jugé !

C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’intégralité des Indestructibles. A cette réplique, Pixar nous conduit gentiment – mais sûrement – vers une morale qui semble évidente mais qui, avec un peu de recul, en dissimule de plus profondes. Et depuis ses premiers films d’animation, la société associée à la Walt Disney Company est plutôt friande de ce genre de cachotteries qui concernent autant les enfants que les adultes ! Bien sûr, tout dépend de la manière dont on perçoit le film. Cependant, l’histoire présentée sous la forme d’un « James Bond » modernisé, n’en reste pas moins porté sur d’autres « sauvetages » qui méritent d’être expliqués et détaillés ici.

Car une question se pose. Dans le retour forcé à l’anonymat de ces super-parents tels que Bob et Helen Parr, comment faire pour vivre dans un monde qui, aux termes d’Helen à son fils, « demande de nous intégrer » tout en ressemblant à « n’importe qui » ? Et pour y répondre, rien de tel que de s’intéresser à la vie des personnages du film !

« Mon nom est Parr. Bob Parr. »

Je suis Parr. Bob Parr.

Il est grand, il est beau, il est charismatique et surtout, tout lui réussit : Bob Parr, alias Mr Indestructible est aussi fort par son physique que par sa mentalité. Mais derrière sa combinaison moulante se cache un homme ambitieux, un peu orgueilleux, qui se complaît dans sa situation de super-héros. Et surtout ! Il cache une vérité logique : il ne sait faire que ça. Sauver le monde (ce qui est tout de même assez cool.)

Et tout semble prouver que le gouvernement le finance pour ses exploits dangereux, comme le démontre cette magnifique voiture qu’il conduit au début du film : elle est « high-tech », dépasse le mur du son et semble aussi fonctionnelle que celle conduite par un espion anglais très connu.

Et puis… la chute.

Imaginez alors le sentiment de ce beau gosse si confiant en l’avenir quand il apprend qu’il est « viré » de son boulot. Telle une société en faillite, les salariés (super-héros) et lui sont pris en main par le gouvernement pour leur assurer l’anonymat, mais surtout une réorientation dans leur travail. Mais que faire quand on ne sait rien faire d’autre que la spécialité pour laquelle on a voué sa vie ? C’est une question difficile à laquelle on entrevoit trois réponses.

La première est la réussite de Gazerbeam alias Simon, qui était autrefois « l’avocat de tous les super-héros de la Terre ». Par cette simple information murmurée par Bob pendant qu’il lisait son journal, on peut aisément supposer que Simon a pu continuer son travail d’avocat, mais dans l’obligation de gérer de cas judiciaires plus communs qu’exceptionnels.

Alias Gazerbeam (mais connaissant une fin tragique)

La seconde réussite se voit avec Frozone, appelé Lucius qui semble couler des jours heureux avec une femme autoritaire dans un appartement aisée du centre-ville. Au vu de son comportement et de son lieu d’habitation, on peut supposer qu’il a trouvé un travail aussi enrichissant que son ancien statut de super-héros, ou qu’il a déjà un travail à côté … ou que sa femme est très riche (d’où ses exigences) !

Alias Frozone

Et Bob alors?

Et puis il y a Bob, qui a accumulé déception en déception : petit travail dans une compagnie d’assurance, petit salaire, petite famille bien rangée, petite voiture, petite quarantaine dépassée et pourtant… Gros sentiment d’injustice.

Le justicier qu’il est resté ne peut s’empêcher de faire des entorses aux règlements, et aider ses clients désœuvrés par le fonctionnement du système interne de sa compagnie en les laissant « pénétrer le secret bureaucratique » ! Tout cela pour bien sûr  « protéger et servir » !

Gilbert Leuph, patron de la compagnie d’assurance où travaille Bob

Mais la réalité est tout autre et son patron aime le lui rappeler à chaque seconde de son travail. Le monde est régit non pas par la justice, mais par des lois établies par des actionnaires. Qu’importe la charité s’il n’y a pas de rentabilité. Et pour cela, les membres de l’entreprise doivent coopérer : « Une société c’est comme une énorme horloge. Elle ne tourne rond que si tous les petits engrenages peuvent s’imbriquer. »

Faire partie des engrenages et se fondre dans la masse implique forcément de respecter ces lois pas forcément justes. Et ç’en est trop pour ce super-homme qui a dû se cacher pendant plus de quinze ans parmi la foule imbriquée dans ce système. Et même si ce dernier est affreux, personne n’osera s’en défaire car se montrer différent implique de se montrer en marge de la société ; ce qui effraie.

Et c’est sur cette crise de conscience que Bob corrige son patron … avec les poings plus que la parole.

Les rêves de Bob.

Au-delà de posséder un cœur plein de justice, Bob Parr reste surtout un homme en pleine crise de la quarantaine. Le seul endroit où il semble souffler est un petit sanctuaire au fond de sa maison, dans lequel il collectionne tenue, affiches, articles et magazines relatant sa gloire et ses actions passées. Il s’y perd à les contempler, au risque de se déconnecter de la réalité et de sa famille sauf quand on le rappelle à l’ordre. Son train de vie ne lui convient plus et il fait ce qu’il peut pour retrouver un semblant d’aventure, comme écouter la fréquence radio de la police locale (et intervenir. Au cas où…)

Bob croit encore en l’existence des super-héros et de leur utilité dans le monde. Mais il semble être le seul à le penser, comparé à Lucius ou sa femme qui ont accepté leur condition d’anonymat. Sa vie d’autrefois lui manque cruellement, au point de passer à côté de ce qui est essentiel, comme sa famille. Et c’est sans retour qu’il décide, dans le désert tranquille de sa vie… de suivre un Mirage.

Quand Bob a la nostalgie du passé

« Le souvenir d’une gloire déchue »

Sans boulot, sans avenir, sans pouvoir expliquer à Helen la descente aux enfers qu’il traverse, un nouvel espoir apparaît néanmoins dans les affaires de Bob : un petit message d’une personne « qui n’existe pas » mais qui représente un « service gouvernemental » travaillant sur des expériences dont « il perd le contrôle ». Et par une étrange coïncidence, ils ont besoin de lui pour arrêter la machine sans pour autant la détruire. Quelle aubaine pour cet homme qui semblait en avoir fini avec sa vie d’avant ! Il accepte, se lance dans l’aventure et arrête cette machine par le don naturel et perfectionné qu’il a depuis des années. Après tout, c’est sa vocation.

Peu à peu, Bob reprend goût à la vie au travers ce travail qui donne un espoir à son existence. Il redevient un homme confiant, heureux, proche de sa famille ; avec notamment cette certitude rassurante de pouvoir les protéger et leur donner le sourire.

Mais rien ne dure et le retour à sa vie passée peut ramener autant de rêves… que de cauchemars. Manipulé, emprisonné et assistant en direct à la destruction du jet d’Helen, il saisit l’importance de son erreur que de vouloir revivre sa gloire d’antan. Mais peut-être fallait-il au moins ça pour qu’un super-héros comme lui comprenne que sa plus belle aventure… était sa famille?

Sa plus belle aventure

D’ailleurs, il le dit lui-même : « Je suis désolé… Tout est ma faute. J’ai été un mauvais père, aveugle… j’avais peu, tellement peur à l’idée d’être sous-estimé que je vous ai tous sous-estimés. J’étais tellement prisonnier de mon passé que j’ai… c’est vous qui êtes ma plus grande aventure… et j’ai failli passer à côté. »

Et dans sa découverte, une autre personne se rend compte de ce qui est essentiel. Mirage !

« Mirage, Mirage, mon beau Mirage »

Mirage apparaît ici comme une illusion qui relie le passé et l’avenir de Bob. Elle est une personne subtile mais attirée par la puissance et investie dans son travail qui a pour but de créer une illusion d’héroïsme : effrayer la population par une machine « contrôlée », afin de faire renaître les super-héros auxquels elle croit vigoureusement.

Pourtant, Mirage n’est pas sans émotion : Elle s’émeut pour les personnes victimes « d’incompréhension » et reste capable de remettre son activité et celle des autres en question à partir du moment où « respecter la vie n’est pas une faiblesse et mépriser la vie n’est pas une force ». Et l’amour mutuel et le courage de la famille Indestructible lui prouve que l’héroïsme existe encore, et qu’il n’y a pas besoin d’artifices ou d’illusions pour le rappeler à l’humanité.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes!

Au fond, pas besoin d’un habit et de supers pouvoirs pour être un super-héros : notre vécu et notre comportement suffisent à nous rendre exceptionnel et c’est dans cette idée qu’elle décide de sauver cette famille et de les aider à accomplir leur devoir. De plus une autre personne avait bien compris cette mentalité. Helen !

« Helen et les héros »

Super-Maman!

Dès le début, la super-héroïne nommée Elastigirl apparaît comme une féministe engagée qui considère la vie de famille et le mariage comme une sorte d’esclavagisme : laisser le monde être sauvé par des machos ? Hors de question ! Et pourtant se laisse-t-elle prendre aux jeux de l’amour passionné avec Mr Indestructible et décide de fonder une famille avec lui. Sans doute qu’elle a dû avoir beaucoup de mal à accepter sa condition anonyme et pourtant elle s’en est mieux sortie que son mari en acceptant de faire table rase du passé.

De nature… « Flexible », elle s’est moulée à l’environnement dans lequel on lui a demandé de s’intégrer et a élevé ses enfants avec amour mais trop de souplesse. Sa seule compensation dans cette réorientation forcée a été de se convaincre que tout le monde était exceptionnel et doté de capacités variables. Une mentalité que ne partagent ni son mari, ni ses enfants.

Et la vie n’est pas simple pour cette femme qui se laisse aller à un optimiste de maman gâteau protectrice ! A force de rassurer ses enfants sans avoir fait preuve réellement d’autorité, elle devient fragile mais heureuse d’un rien. Jusqu’à ce qu’elle découvre les activités illégales de Bob

Edna, alors, la réveille de sa transe et lui apprend que même si « le passé c’est le passé », Helen était autrefois une super-héroïne qui battait fièrement le crime avec justice et panache. Alors pourquoi ne pas partir à la recherche de son mari et lui donner une bonne leçon de morale ?

Quand Helen prend les commandes de la mission « récupérer Bob »

L’idée retentit comme un coup de fouet et elle retrouve ses automatismes ainsi que sa personnalité engagée et autoritaire, même auprès de ses enfants qui ne l’ont jamais réellement vue sous cet angle et s’en étonnent. Helen Parr … part à son tour sans le moindre regret, même si elle aurait préféré que ses enfants restent à la maison. Mais ce n’était pas plus mal qu’ils l’accompagnent : car au travers de leur mésaventure et de leur crash en avion, elle comprend qu’à vouloir trop les protéger elle les avait rendu vulnérables. Et pourtant, ses enfants sont pleins de ressources !

« Les enfants prodiges des Indestructibles »

Débat familiale qui a plus ou moins mal tourné!

 « Normal ? Je rêve. C’est toi qui parle de normal ? Depuis quand il y a quoi que ce soit de normal dans cette famille ? On se comporte normalement mais j’aimerais mieux être normal. Le seul qui est normal ici c’est Jack-Jack et il fait encore pipi partout ! »

Le don de Violette et Flèche pourrait être comparé à une forme de génie : ces enfants prodiges possèdent des capacités mentales ou physiques plus développées que la normale, ce qui fait d’eux des êtres uniques. Mais quand on vit dans un monde où l’exception n’est pas permise, ils se sentent écartés, brimés et surtout inutiles ; jusqu’à remettre leur existence en question et se demander pourquoi ils sont ainsi. Ils aimeraient pouvoir se fondre dans la masse en usant « un peu » de leur pouvoir mais leur mère ne leur fait pas confiance car elle connait leurs extrêmes.

Pourtant il n’y a pas meilleure expérience que la pratique ! Elle permet de déterminer où sont les limites et les enfants Indestructibles l’ont bien compris au travers de leur aventure. Ils sont certes différents mais possèdent quelque chose qui peut les rendre meilleur au lieu de les dénigrer. Et à comprendre ce qu’ils sont, et ce qu’ils peuvent faire de leur pouvoir, ils comprennent aussi pourquoi ils ont été tant mesurés dans leurs actes. A eux maintenant de créer leur avenir avec la responsabilité qu’incombe à leur capacité !

« Cours Flèche! Couuuurs! »

Mais au fait !!! En parlant d’enfant… avez-vous remarqué qu’une tragédie s’était déroulée dans ce film, sans que vous ne le sachiez ? Une triste réalité qui admet qu’une moindre parole peut avoir un impact sur l’avenir d’un enfant ?

« La théorie du méchant qui ne devait pas exister »

C’est l’histoire d’un petit garçon qui adore les super-héros. Un génie à sa manière qui n’a pas de supers pouvoirs si ce n’est une super intelligence et une super mémoire. Mais il n’est pas exceptionnel. Il a envie de le devenir, comme ces héros pour qui il a une affection folle ! Il les connait tous, notamment un plus que d’autres et a envie de pouvoir l’aider dans ses aventures.

Mais un drame est survenu : un soir où il était parti avec ses petites bottes-fusées pour aider son héros, tout dérape. On ne veut pas de lui, quitte à ce que son idole de toujours lui dise : « Envole-toi Buddy, je travaille en solo. »

L’enfant voit son rêve brisé en mille morceaux. Simplement, il se dit qu’il a été rejeté parce qu’il n’était pas exceptionnel. Cette simple phrase jetée à la dérobée le ramène à sa condition de personne normale qu’il refusait d’être. Et fait naître en lui une colère sans borne.

L’origine d’un méchant

Alors une idée a germé. Une idée qui part du principe que tout le monde a le droit d’être exceptionnel, même si on n’a pas de « soi-disant supers pouvoirs ». Il était pourtant exceptionnel à sa manière car capable de créer des inventions innovantes, jusqu’à créer une sorte d’intelligence artificielle.

Et poussant l’idée jusqu’au bout, une vengeance commence à naître en lui, poussé par le désir de se montrer plus fort que les gens exceptionnels. Il sera le seul super-héros. Et tant pis pour les autres. Et ceux qui voudront devenir exceptionnels après lui, ne le deviendront jamais.

Ce petit garçon en a fait du chemin depuis. Mais il reste néanmoins traumatisé par une expérience qui a ruiné sa vie… au point de s’en faire appeler : Syndrome.

Buddy Alias… Syndrome!

Et cette dernière analyse prouve à quel point le monde des adultes peut influencer l’envie, les rêves des enfants. Si Mr Indestructible avait mesuré ses propos et conseillé Buddy, peut-être que ce dernier n’aurait jamais envisagé de faire tout ce qu’il a fait après. De fait, peut-on réellement considérer Syndrome comme méchant alors qu’il est juste malheureux ?

Au fond, Buddy était seulement un fan de super-héros

« Et parce qu’il faut conclure »

En l’espace d’une heure cinquante minutes et trente-sept secondes, Pixar nous donne une claque exceptionnelle sur plusieurs morales. Il existe surement d’autres idées cachées qui mériteraient de plus amples analyses mais ce sont ces principaux points qui font de ce film un vrai bijou de moralité.

D’ailleurs on peut rajouter un dernier point : on peut être différent des autres mais pourtant rester parmi les autres. On peut être un génie de quelque chose et ne pas forcément être compris, mais on peut faire bénéficier de notre don au monde pour s’intégrer.

Si on courbe l’échine pour un système qui nous rend fou, on se met nous-même en marge de la société. Mais si on accepte notre différence comme une force et que l’on propose une solution à ce monde, alors on fait partie de l’engrenage de ce dernier.

Alors, vive la différence et vive les passions ! Soyez vous-mêmes, Soyez INDESTRUSCTIBLES !

Indestructible et un poil badass (bien sûr.)

Article de Colombe Bretin

Les Indestructibles
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