• Production : Pixar Animation Studios
  • Titre original :  Inside Out
  • Titre français : Vice Versa
  • Sortie française : 24 juin 2015
  • Sortie américaine : 19 juin 2015
  • Durée : 1h42
  • Long-métrage d’animation 3D
  • Réalisateur : Pete Docter
  • Scénario : Pete Docter
  • Musique : Michael Giacchino

Vice Versa : notre critique

On ne peut que féliciter le parcours de Pixar qui s’est déroulé et se déroule encore quasiment sans accroc. Bercés par l’ingéniosité de Toy Story à l’adrénaline du Monde de Nemo, en passant par la poésie de Là-Haut, nous sommes à nouveau face à une oeuvre magistrale : Vice-Versa.

Vice Versa - Image Une

Un parcours tumultueux

Sorti en salle le 17 juin dernier, il bénéficie d’un stupéfiant succès auprès de la critique, qui lui vaut même un 4,5 sur 5 sur Allociné pour le moment. Le public est conquis, aussi bien les enfants que les adultes, et c’est d’ailleurs sujet à la polémique puisque le rédacteur en chef du Figaro critique « l’infantilisation de la société », dénonçant ouvertement les adultes sans enfants qui sont allés voir le film. Passant outre cette pique acerbe, Vice-Versa nous laisse vivifiés et pourtant, son chemin n’a pas été de tout repos. Pete Docter, réalisateur de Vice-Versa (Là-Haut, WALL•E), a dû surmonter le syndrome de la page blanche avant d’aboutir à ce nouveau chef d’oeuvre du cinéma d’animation : « La technologie numérique du cinéma vous permet de réaliser tout ce que vous voulez, mais moi sur Vice Versa, c’était les rêves d’une gamine qui m’interessaient. Là où la machinerie du cerveau s’épanouit ainsi que l’essence même d’un individu. Aucune technologie numérique ne vous permettra de mettre cela en scène. Comment fait-on pour raconter ça ? C’est le genre de question qui vous contraint à vous lever la nuit« . Si l’idée de base est venue rapidement, bien que moins facilement que pour Là-Haut ou Monstres et Cie, la suite a été bien plus délicate à trouver : « Je savais que je m’étais mis dans le pétrin. Comment trouve-t-on une histoire à partir de là ? » s’exclame Peter Docter à propos de son film. Et chez Pixar, tenir un projet jusqu’au bout, c’est aussi surmonter des obstacles et des remarques parfois bien lourdes de la part de ses collègues. Bon nombre de réalisateurs potentiels ont alors décidé de quitter le studio de Luxor Jr dans un tel climat. Pete Docter était donc sous pression : « Une voix intérieure me disait : Pete, sois honnête, tu n’as pas la moindre idée de ce que Joie est censée faire dans la deuxième partie. Qu’a-t-elle appris ? Comment retrouve-t-elle son chemin et que va-t-elle faire quand elle l’aura trouvé ? J’avais mal à l’estomac, je me souviens très bien du week-end qui a suivi, c’était celui de la Fête des Pères. Je n’aurais jamais eu l’idée d’un tel film si je n’avais pas été papa. Comment étais-je arrivé là ? J’allais être viré, c’est évident. Je n’avais pas la moindre idée de ce à quoi le film devait ressembler et je devais pourtant le réaliser, je m’étais engagé. » Partant d’un tel postulat, chez Pixar, on juge un scénario recevable qu’au bout de la 3e ou 4e publication, il est le produit d’une relecture et d’un travail acharné. Pete s’est mis alors en tête de laisser tomber, de tout perdre… Et heureusement que cette idée s’est vite retrouvée dans le gouffre de l’oubli ! Et le charisme du film est tel que même Cannes a présenté le film (hors compétition) suivant alors les traces de Là-Haut, en 2009.

Propos rapportés par Le Monde n°21898

Vice-Versa - Image 1

Un film à part

Difficile de cerner totalement la personnalité de Pixar. A l’image des Studios Disney, les multiples facettes du studios crient à la variété. Chaque film est unique et a sa propre personnalité bien marquée et ancrée dans l’esthétique de chaque univers présenté. Mais qu’en est-il de Vice-Versa ? Il est porté par plusieurs personnalités toutes indispensables les unes aux autres pour fonctionner. Vice-Versa traite de cette notion d’équilibre dans un domaine risqué qu’est celui des émotions. Si Pixar nous habitue à des personnages atypiques et hauts en couleurs, il est très surprenant que les personnages principaux soient les émotions elles-mêmes. Comment rendre compte de ceci ? Pixar se la joue donc abstrait et quelque part, ce n’est pas plus mal de le voir s’exercer à l’oeuvre. Mais ce qui est surtout à noter, c’est que Vice-Versa n’a pas peur de dire les choses et expose la réalité avec sagesse sans lésiner sur le côté sombre du film, plus prononcé encore que dans Là-Haut, dont on se souviendra de l’introduction ! Aussi bien avec Pixar qu’avec Disney, nous étions habitués à des histoires étincelantes, pleines de vie et adeptes des happy endings : dans Vice-Versa c’est le cas, mais avec une dose de relativisation, en effet, sans côté obscur, il n’y a pas de lumière, sans tristesse, il n’y a pas de joie et… vice versa ! Du coup, la partie nostalgique du film est un véritable personnage à part entière, sous les traits de l’attachante Tristesse. Rendre le chagrin attachant, voilà la perle de Pixar, voilà la force du film ! Pixar illumine tout ce qu’il touche et nous avec.

vice versa tristesse

Psychologie et facétie

Quelle idée grandiose que de mettre en scène les voix que nous avons dans la tête ! Et surtout dans la tête de la petite Riley, héroïne du film dont nous suivons la trace pas à pas dans ce tumultueux âge qu’est l’adolescence. La petite vit alors une période troublée causée par un déménagement. Riley perd alors tous ses repères et perd de plus en plus sa joie de vivre. Dégoût, Peur et Colère interviennent alors pour signifier clairement le mécontentement de la petite et ce de façon drôle. Oui parce que Pixar n’a pas perdu de son humour légendaire et le début du film promet des moments d’anthologie, des répliques cultes et il n’y a rien de plus délicieux que de voir ce qu’il se passe dans les pensées quand deux personnes se confrontent. Mais ce qu’il y a de plus beau, c’est cette éloge du « souvenir », le simple fait de se souvenir des choses et de ces moments passés nous permettent d’avancer vers l’avenir et de nous consoler dans les moments présents. Jamais le processus d’identification n’aura été aussi intense dans un film d’animation et on ne peut s’empêcher d’imaginer son propre film avec son propre quartier général. Des processus naturels comme le sommeil, le rêve et le cauchemar sont mis en scène de la plus sympathique des manières tout en débordant d’une imagination généreuse. 

vice versa

Une parcelle de nous-même

Mais ce qui est fort, c’est ce sentiment quand on sort de la salle, cette sensation de clarté dans sa tête comme si on visualisait parfaitement Joie nous saluant et Tristesse esquissant un petit sourire. On se surprend à imaginer son quartier général personnalisé. Pixar nous pousse à entrer au plus profond de nous-même, de nous rappeler des plus beaux souvenirs, comprendre que chaque moment de magie a son lot de chagrin et qu’après tout c’est ainsi que la vie est ainsi faite. Dans Vice-Versa, chaque trait de caractère de Riley est représenté par une île et on se plait à définir les nôtres et à se complaire dans nos goûts, nos dégoûts, dans ce qu’on est. Le film devient plus qu’un film mais une parcelle de nous-même.

C’est encore une belle réussite pour les Studios Pixar dont nous allons attendre (im)patiemment le prochain film, The Good Dinosaur, avec… Joie !