Wall-E

« Put on your Sunday clothes, there’s lots of world out there »

La pollution fait rage sur la Terre. Afin qu’elle puisse être convenablement nettoyée, les humains ont décidé de la laisser aux mains mécaniques de robots nettoyeurs le temps d’une croisière dans l’espace. Mais sept cents ans ont passé, et aucun humain n’est revenu sur Terre. Peu à peu, les machines ont arrêté de fonctionner, ne laissant pour seul survivant qu’un petit robot nommé Wall-e (Waste Allocation Load Lifter Earth-Class – Appareil de levage chargé de la répartition des déchets) qui développe avec le temps un petit défaut technique : une forte personnalité. Extrêmement curieux de tout, très discret, mais surtout, se sentant un poil trop seul.

Mais sa vie va être bouleversée par l’arrivée impromptue d’une petite « robote » qui a pour mission d’analyser la Terre afin de trouver quelque chose… de vivant.

  • ProductionDisney Pixar
  • Titre original :  WALL-E
  • Titre français WALL-E
  • Diffusion française : 30 juillet 2008
  • Diffusion américaine : 27 juin 2008
  • Réalisateur : Andrew Stanton
  • Scénario : Andrew Stanton, Pete Docter, Jim Reardon
  • Musique : Thomas Newman, Peter gabriel

Wall-e ou comment développer un caractère humain quand on a un système électronique fonctionnant à l’énergie solaire ?

Avez-vous déjà rêvé de partir un jour à la conquête des étoiles ? Partir sans regret ni retour dans un des plus beaux vaisseaux de croisière jamais construits pour l’humain ? Si tel est le cas, n’oubliez pas de débrancher vos appareils électroménagers quand vous partirez. Car ils pourraient potentiellement habiter la planète Terre à votre place ! C’est un peu ce qui est arrivé à notre cher Wall-e, adorable petit robot touchant au regard triste, qui fut laissé pour compte après le départ des humains. Et c’est pour ses yeux doux que nous vous proposons la présentation et l’analyse de son histoire, qui a su faire vibrer la corde sensible des spectateurs en 2008.

« Waall-e! »

Au départ, l’idée vint d’une question.

« Coucou toi »

Chez Pixar, il faut savoir qu’un projet n’est jamais abandonné, comme si la compagnie acceptait que certaines idées nécessitent un peu de temps pour arriver à maturité. C’est le cas en particulier de WALL-E, dont l’idée principale est venue pendant un déjeuner avec Andrew Stanton, John Lasseter, Pete Docter et Joe Ranft. Alors qu’ils finalisaient la production de Toy Story (1994), Andrew Stanton aurait demandé : « Et si les humains quittaient la Terre et oubliaient de déconnecter le dernier robot ? »

Ni une, ni deux, il saisit l’idée avec Pete Docter. Souhaitant au départ en faire un film avec le langage de R2D2, ils comprennent rapidement qu’une telle idée ne serait jamais acceptée par le public pour le moment ; ils écartent alors l’ébauche pour s’engager séparément dans d’autres projets. Mais malgré Monstre et Cie et Le monde de Nemo, Andrew Stanton repensait toujours à cette histoire de robot :

« Ce robot est seul. Et la seule réponse à cette solitude est l’amour. J’ai mis quinze ans pour trouver le déclic qui permettait au film de se réaliser. »

Développement de Wall-e

L’idée est alors de construire un personnage robotique que le public identifie comme un robot et non comme un être humain caché dans sous un amas de pièces rapportées. Se concentrant d’abord sur l’objectif binoculaire de Wall-e, la suite de son corps s’est construite sous différentes inspirations comme Luxo Jr. du premier court-métrage de Pixar, sortit en 1986. Par la suite, il fallait donner l’illusion au public qu’ils allaient « assister à la venue à la vie d’une machine ». Mais à la suite de cette production, un message beaucoup plus fort s’en est dégagé.  Comme le disait le coproducteur Lindsey Collins :

« Ce petit robot enseigne à l’humanité comme devenir humain à nouveau ».

« Coucou Luxo Jr ! »

Sorti ainsi le 30 juillet 2008 sur nos écrans français, « WALL-E » a su capter l’attention de la foule par son graphisme réaliste et sa musique touchante, recevant dans l’année 2009 le Prix Hugo du meilleur film dramatique, l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film d’animation.

Par ailleurs, malgré le peu de dialogues comptés dans le film, il est possible de retrouver quelques voix célèbres qui ont participé à la naissance de ce film d’exception :

  • Marie-Eugénie Maréchal : EVE (voix de Juddie Hobbs dans « Zootopie »)
  • Emmanuel Jacomy : Capitaine B. McCrea (voix de Pierce Brosnan et Russel Crowe)
  • Hervé Jolly : Shelby Forthright, Président de BnL (voix de Clint Eastwood)
  • Jean-François Aupied : John (voix de Coach dans « Bienvenue chez les Robinson »)
  • Brigitte Virtudes : Mary (Voix de Mama Imelda dans « Coco »)
  • Mark Lesser : M-O (voix de Berlioz dans les « Aristochats »)

Wall-e et la critique excessive

« quezako? »

Quand bien même WALL-E a reçu une ovation pour sa réalisation et sa morale forte, le film d’animation n’a pourtant pas fait l’unanimité au cinéma. Et généralement, ce sont les plus belles qualités du film qui en font aussi ses plus excessives critiques. Nous pouvons les résumer en trois points : le silence, la cohérence et la morale.

Le silence des robots.

« La vie en rose »

A première vue, il parait logique que les robots ne soient pas les plus bavards du monde, d’où le fait que le film d’animation soit majoritairement dénué de conversation. Et d’une certaine manière, WALL-E rend hommage au cinéma muet : c’est grâce à son graphisme détaillé et minutieux que l’on comprend au mieux l’expression des robots ; leur gestuelle, leur regard et leur comportement sont suffisamment expressifs pour ne pas nécessiter de paroles.  On peut même targuer le film d’exprimer un côté poétique voire lyrique à son histoire, car l’attachement aux personnages se fait très rapidement et tout se déroule dans un rythme particulièrement doux.

Et c’est justement ce côté « doux » qui posera des problèmes pour certains. Malgré toute sa beauté, WALL-E n’en reste pas moins un film d’animation dénué d’action pendant les 45 premières minutes du film. Il peut facilement ennuyer les plus énergétiques d’entre nous, et décevoir les amoureux des Indestructibles ou du Monde de Nemo.

Ce message s’adresse donc à ce public en particulier : A vous qui êtes en manque d’action, gardez bien à l’esprit que WALL-E se déguste comme un bon thé chaud sous un plaid en plein hiver. Avec beaucoup de calme et de rêverie !

La cohérence humaine du film

« La boisson du jour »

C’est peut-être le point qui a été le plus critiqué sur Internet : le rôle accordé aux humains semble être sans intérêt et peu cohérent avec ce que l’on pourrait supposer de notre futur. L’humanité aime avoir son libre-arbitre, évoluer avec la machine, mais sans forcément se faire dominer par la machine. Or, WALL-E expose une vision très négative de notre évolution après 700 ans : ainsi, nous deviendrions flemmards, ignorants, dépendants de ce que nous avons créé de nos propres mains. Nous serions-nous réellement laissés aller à ce point ? N’y aurait-t-il eu aucune rébellion durant ces sept siècles ?

C’est peut-être le bémol qu’il aurait fallu retravailler plus attentivement. Ou du moins, laisser sous-entendre dans le détail des décors (comme le sait si bien faire Pixar) qu’il y aurait eu une révolte, mais qui aurait abouti à la vision que nous montre le film après 700 ans. En revanche, il ne faut pas oublier que WALL-E est, à l’instar d’un conte, une caricature poussée d’un futur qui peut nous faire peur : Nous ne nous laisserons jamais aller à ça ! Et pourtant… peut-être que ça pourrait arriver si on ne fait rien ?

La morale caricaturée

« Plante! »

Au-delà de tout, WALL-E reste un film ciblant plusieurs morales : l’évolution de l’intelligence robotique, la facilité humaine à se débarrasser de ses responsabilités et les problèmes écologiques auxquels l’humanité est confrontée. Ici, les expatriés sont victimes des lois du marketing : ils sont ignorants de leur passé, ne se soucient pas de leur avenir et les machines vivent à leur place. La question de l’écologie et de l’environnement prend alors très vite le dessus sur l’histoire, s’immisçant même dans l’évolution romantique de Wall-e et Eve qui luttent pour protéger le symbole de la renaissance de la Terre. Et quelle est l’image de ce symbole ? Une plante poussant dans une vieille bottine à lacet. Est-ce donc une manière « subtile » d’expliquer que nous devrions reprendre les choses en main maintenant avant que ça ne dégénère ?

Ce qu’on en conclut

WALL-E résume ainsi la situation comme un conte pour enfant avec sa poésie, sa lenteur, sa morale explicite et son espoir. Le film n’est pas là pour nous alarmer ou nous pointer du doigt, mais plutôt pour exposer simplement les faits actuels et ce qui est mis en œuvre pour y remédier. Et c’est ce dernier message d’espoir qui a fait de WALL-E le succès que l’on connait aujourd’hui.

D’ailleurs, en parlant de morale, revenons un peu à cette réplique de Lindsey Collins : un robot qui apprend aux hommes à devenir humain. Le sujet reste assez polémique, mine de rien ! Pourtant pas si dénué de sens. Pour cette analyse de film, penchons-nous un peu sur ses personnages clés, centrés autour d’un seul et adorable petit amas de pièces montées : Wall-e !

« Définir : Terre ? »

« qué-wa? »

Si vous deviez définir la Terre, comment le feriez-vous ? En expliquant ce qu’elle a été, ce qu’elle est ou ce qu’elle est devenue ? Vous auriez probablement beaucoup de choses à en dire ! A cela, Pixar a décidé de répondre à sa manière, en visualisant une Terre futuriste à un détail près : dans ce futur qu’il envisage, il n’y aurait plus d’humains, plus de vie ; cette dernière se serait éteinte lors d’une ère technologiquement développée mais terriblement polluée. Et ses habitants en seraient partis, incapables d’y remédier. Pourtant, il réside dans ce monde sableux et silencieux une réponse à cette question. Une réponse qui, avec le temps, a pu survivre et développer ce qui pourrait s’appeler : un caractère bien trempé.

Ainsi, cette solution serait Wall-e.

Dès les premières minutes du film, on remarque facilement qu’il ne se comporte pas usuellement comme les robots que nous connaissons : il est curieux, peureux et affectueux envers son cafard domestiqué ; il sait exprimer un sentiment de solitude en voyant « Hello Dolly ! » après une journée de compactage bien remplie ; il apprend même au travers de son film favori à savoir tenir la main d’une personne que l’on apprécie. A lui tout seul, ce petit personnage au regard tendre répond à la définition : il évoque l’état actuel de la planète en débris, le passé qu’il fait resurgir au travers de ses découvertes et enfin l’avenir, en retrouvant par hasard l’humanité.

« Hello Dolly! »

Et il y aurait tant de choses à dire sur l’aventure de Wall-e ! Et pourtant ce n’est pas forcément lui qui nous intéresse, pour la bonne et simple raison qu’il n’y a rien dans le film qu’il veuille apprendre ou qu’il ait déjà appris. Les pensées de Wall-e sont facilement traduisibles d’ailleurs : il veut accomplir sa mission, et trouver quelqu’un à aimer.  Eve est la réponse à toute ses attentes et il est capable de tout faire pour simplement mettre en pratique cette simple petite action de tenir sa main. Mais alors, s’il n’a rien à apprendre, peut-il être capable d’enseigner quelque chose aux autres ?

Eh oui. Wall-e est le petit quelque chose qui va donner aux autres protagonistes l’occasion d’acquérir une notion qu’ils n’ont jamais connus, ou oubliés : l’espoir.  Car à n’en point douter, Wall-e est plein d’espérance, puisqu’il a appris cela dans la solitude de son travail, l’observation du monde passé, et Eve. Et de l’espérance, il lui en aura fallu pour suivre celle qui lui a réveillé son petit « cœur » programmé.

« Eve! »

Il faut avouer qu’il est inspirant ! N’est-ce pas Eve ?

« Définir : Plante »

« Évaluatrice de la Végétation Extraterrestre »

Nommée Eve (Évaluatrice de la Végétation Extraterrestre), cette « robote » est programmée pour « évaluer si un retour de l’Humanité sur la Terre est possible ». Dernière génération de son état, ou bien réveillée après 700 ans de sommeil, Eve apparaît dans les premières images comme à la pointe de la technologie ! Elle possède un scanner de reconnaissance, un programme de traduction de langue, des armes « défensives », un système de lévitation permettant de franchir le mur du son… et un côté espiègle ! C’est d’ailleurs ce détail qui pourrait nous confirmer que c’est sa première activation,  suite à une longue déconnexion du système et entreposée dans un local avec d’autres sondes semblables à elle.

L’activation d’Eve

Et si on assiste à cette première activation, on peut dès lors remarquer à quel point Eve s’amuse et s’interroge envers ses propres capacités. Elle se plait à les découvrir, prendre le temps de s’accommoder, de se mettre à jour et de comprendre ce qui est à sa disposition pour l’intérêt de sa mission. Elle est donc capable d’éprouver un « sentiment » de liberté malgré son devoir. Et c’est ce qui laisse suggérer que, malgré la dévotion qu’elle aura pour son programme, elle sera capable de trouver des solutions alternatives pour s’en acquitter au mieux. Et ça, ça va changer beaucoup de chose pour la suite, notamment après sa rencontre avec Wall-e.

« WALL-E! »

Wall-e est certes un poids pour elle, mais il lui apprend qu’il est possible d’adapter son programme en fonction des circonstances. De ne pas toujours suivre le protocole pour s’acquitter de la mission. Parfois, il suffit simplement d’être « libre » de sa réflexion, comme le fait Wall-e en laissant de côté sa propre mission pour aider Eve. Cette simple pensée la fait évoluer d’ailleurs : elle peut voir les choses autrement et elle se surprend même à vouloir protéger Wall-e au lieu de sauver la plante.

Suivre la « mission »

Après tout, l’espoir est peut-être interprétable de plusieurs manières, non ? Au travers d’une plante certes, mais aussi au travers d’un petit robot qui est capable d’éprouver de bons sentiments. Même s’ils se différencient par de la matière organique, ils correspondent tous les deux à une réponse pour l’Humanité : la preuve d’un retour si on veut y croire. Et ça suffit à Eve pour pouvoir évoluer. A l’instar de beaucoup de petits robots qui voient aussi Wall-e comme une solution à la liberté.

« Mission »

Et croire, c’est quelque chose qu’avaient oublié les humains. N’est-ce pas Commandant McCrea ?

« Définir : Danse »

« Cette planète est formidable! »

On pourrait se pencher sur tous les habitants de l’Axiom. Mais faisons preuve de généralité et fixons-nous sur celui qui les représente : le commandant de bord McCrea. Successeur d’un bon nombre de capitaines durant ses 255 642 jours de croisières, ce brave homme a la vie facilitée par les machines. Des horaires certes stricts mais les commandes de bords ne sont pas si compliquées à utiliser quand on a un robot à disposition.

Constat de l’humanité

Ainsi, McCrea résume simplement l’état de l’humanité : à force d’attendre leur retour sur Terre, ils ont fini par oublier ce qu’était la Terre. Ce qui incluait toutes les responsabilités qui leur incombaient par rapport à cette planète. Telle une retraite anticipée pour les centaines de générations à venir, à quoi bon alors garder de l’espoir quand on se sait protégé, nourri et logé ? Pas de compétition donc pas de coopération, pas de révolte donc pas de justice, pas de jalousie donc pas de conflit. Mais vous ne trouvez pas que cela ressemble à une sorte de prison ?

A force de se laisser servir par ce qu’ils avaient construit, l’humanité a oublié tout ce qui l’avait fait évoluer depuis des millénaires. Et c’est alors que Wall-e va donner un coup de roulette à cette fourmilière bien construite pour les réveiller : il est temps de rentrer sur Terre !

« Tu ne la prendras pas! »

Le réveil dans le film Pixar

Pour le commandant, la nouvelle est un choc. Quoi ? Où ? Terre ? Comment ça ? Il n’est pas difficile à comprendre que ce brusque changement de protocole l’effraie : à force d’inaction et d’ignorance, il ne savait plus pourquoi il gouvernait l’Axiom. Et puis, une petite question lui trotte alors dans la tête. C’est peut-être anodin, mais son ordinateur de bord va lui prouver alors à quelle point cette question est existentielle pour lui : qu’est-ce que la Terre ? En l’espace de quelques heures, McCrea découvre un semblant de son passé et réalise alors à quelle point l’humanité a eu tort de partir. Et en comparant les données qu’il avait avec celles d’Eve, le choc pour lui est encore plus fort :

« ça ne ressemble pas à la Terre… Le ciel bleu, où est-il ? Où est l’herbe ? »

Tout change alors pour lui : « Il est temps de rentrer à la maison ». Après tout, ce n’était pas aux robots de rattraper les erreurs des humains, mais à eux de le faire. Seulement, il aura fallu 700 ans pour le comprendre. Et s’il comprend avec frayeur qu’il y aura beaucoup de choses à changer, Wall-e lui prouve que si on garde l’espoir (de faire pousser des pizzas), alors on est capable de tout changer.

« On rentre à la maison! »

Et alors, on conclue quoi de tout ça ?

« Définir : Espoir »

« Retour sur Terre »

La Terre, c’est un peu cet ensemble de monde, humain ou robot qui par l’influence du passé permet d’agir sur elle et d’évoluer avec réflexion et conséquence : la Terre vit au dépend de nous, de nos décisions à agir pour elle comme elle s’est occupée de nous auparavant. Le message ici est clair : même scénarisé pour un enfant, il démontre que ce que nous programmons, ce que nous réfléchissons, aura quoiqu’il arrive un impact sur ce qui se passera demain.

Et le point fort de ce film se résume ainsi : si nous faisons des erreurs : l’espoir demeure. Il faut juste savoir apprendre de nos erreurs et de celles de nos prédécesseurs. On peut donc en faire beaucoup, tant qu’on ne les ignore pas, ou qu’on ne les reproduit pas !

Alors faite comme Wall-e, faites des erreurs ! (Mais pas trop.)

« Eve!!!!! »

Source : « Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux », Marianne Chaillan

Article de Colombe

Wall-E
Noter cet article