Les Nouveaux Héros

  • Production : Walt Disney Animation Studios
  • Titre original :  Big Heros 6
  • Titre français : Les Nouveaux Héros
  • Sortie française : 11 février 2015
  • Sortie américaine : 7 novembre 2014
  • Durée : 102 Minutes
  • Réalisateur : Don Hall, Chris Williams
  • Scénario : Don Hall et Jordan Roberts
  • Musique : Henry Jackman

Le synopsis

Un génie de la robotique nommé Hiro Hamada, se retrouve embarqué dans un complot criminel qui menace de détruire la paisible ville high-tech de San Fransokyo. Avec l’aide d’un de ses plus proche compagnon, un robot nommé Baymax, Hiro s’associe à une équipe de jeunes amateurs qui s’est donnée pour mission de sauver la population.

La critique du film des Studios Disney Les Nouveaux Héros

La nouvelle création animée de la maison de Mickey montre à quel point, les studios Disney, et plus particulièrement les Studios d’Animation Walt Disney, n’effleurent jamais l’idée de se reposer sur leurs lauriers. Il faut bien avouer que ces derniers culminent au sommet, tant critique que commercial, depuis plusieurs années, leur ayant tout bonnement permis d’entrer dans un nouvel âge d’or. Au contraire, cette condition bénéfique pousse la direction des studios à expérimenter de nombreux défis, tout en imposant une stratégie mercantile bien huilée. En effet, alternant long-métrages dédiés à des contes de fées et productions adaptant des thèmes de la « culture-pop », Disney développe une direction artistique forte, manifestement fructueuse. Dans une moindre mesure, c’est cette même entité emblématique de l’animation qui s’attache à maintenir ses premiers fondamentaux au XXIème siècle : développer sa marque de fabrique en faisant revivre son patrimoine animé ou en offrant des opportunités aux artistes de proposer des visions neuves du genre.

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Une histoire tiré de chez Marvel Studios

Les Studios d’Animation Walt Disney (Walt Disney Animation Studios), ainsi renommés en 2007, se lancent avec Les Nouveaux Héros un grand défi, à plusieurs points de vue. Défi qui, non seulement est réussi haut la main mais amène une perspective intéressante sur des émergences futures de sa part. Après l’ère florissante portée par des chef-d’œuvres contemporains tels que La Princesse et la Grenouille, Raiponce ou encore Les Mondes de Ralph, le phénomène La Reine des Neiges a élevé au rang suprême le label, lui rendant définitivement ses lettres de noblesse, dans un marché de cette branche cinématographique toujours plus concurrentiel. La toute première adaptation d’une histoire tirée de l’univers Marvel parvient à assurer la continuité nécessaire avec ses prédécesseurs triomphants.

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54ème long-métrage classique d’animation Disney

Le 54ème long-métrage classique d’animation de la branche n’est, du reste, pas une création à souffrir de comparaisons dans ce catalogue mythique, mais n’en est pas moins l’incarnation ontologique. Tous les ingrédients d’un excellent Disney sont ainsi savamment regroupés et la sentence « made in Disney » prend tout son sens. A plusieurs égards, le mérite est grand. S’attaquer à des super-héros alors que des filiales (dédiées au petit comme au grand écran) y sont spécialement consacrées au sein de Marvel, propriété de The Walt Disney Company, peut relever d’un pari fou. La Maison des Idées maîtrise à la perfection la mise en valeur et l’édification de ses univers. Dénicher une bande de personnages peu connus dans la culture populaire super-héroïque peut là aussi s’avérer difficile à entrevoir. Et pourtant, Disney prend tous les risques, aux heures glorieuses de son influence et son incompatibilité à vouloir tomber dans la facilité.

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Depuis que Mickey a mis la main sur l’univers Marvel, tous les passionnés et la médiasphère spécialisée se posaient légitimement la question de savoir si un jour, le cœur battant de l’Entertainment animé s’attèlerait à adapter un univers, qui plus est, méconnu, de la mythologie créée par Stan Lee et ses confrères. Pour les studios, c’est un terrain de jeu inexploré à cette échelle, si l’on omet Les Indestructibles, long-métrage des Studios d’Animation Pixar, qui avait la particularité de découler de la pure imagination des scénaristes. Ici, la donne est bien différente avec un propos inédit voire totalement occulté (du fait du peu de notoriété qu’a connu le comic-book), et par conséquent une liberté de ton et un degré d’adaptabilité très grands. Le cap est non seulement fixé mais assumé. Disney fait du Disney et étend toujours plus loin ses frontières. Quelques mois après le rachat de Marvel Entertainment, l’engouement chez certains créateurs se fait sentir. L’artiste Don Hall, en fait partie.

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Ce dernier part du principe que l’adaptation stricto senso d’un comics Marvel à la sauce Disney est non seulement un rêve plausible mais une aubaine. Don Hall poursuit une carrière riche au sein des Studios d’Animation Walt Disney. Ayant collaboré sur de nombreux scénarios (ou histoires) comme Bienvenue Chez Les Robinson, Tarzan, Kuzco, L’Empereur Mégalo ou encore La Princesse et le Grenouille, il décroche le poste ultime pour la nouvelle adaptation de Winnie l’Ourson, dont il signe évidemment le script. Alors qu’il en termine le montage en 2010, il vient demander, en bon employé, la bénédiction de son patron John Lasseter, espérant qu’il accepte son idée de départ, un court-métrage sur une équipe de super-héros tirée du catalogue Marvel. Quelle ne fut pas sa surprise quand le papa de Toy Story lui demande expressément de voir les choses en grand. C’est donc après des mois de recherche de la perle rare dans l’écurie aux 5000 personnages qu’il tombe sur une histoire peu connue du grand public comme des lecteurs avertis. Le comic-book en question n’a pas rencontré de réelle heure de gloire, pouvant, dès lors, laissant planer le doute à n’importe quel producteur. Et pourtant, Big Hero 6 illustre tout à fait la puissance fondée de l’esprit marvellien : une équipe soudée à l’image des Vengeurs, un univers dense et foisonnant, un balancement permanent entre humour et action.

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Un héros des plus mystérieux !

Rien ne pouvait laisser croire qu’un jour, un méga-blockbuster d’animation redonnerait vie à ces héros mystérieux. Exit New York, les super-pouvoirs et autres délires cosmiques que l’on appréhende désormais si bien. L’œuvre retenue, perdue dans la bibliographie des éditions Marvel, il faut bien le dire, n’interfère en rien avec le Marvel Cinematic Universe puisqu’il s’agit d’un monde bien à part. N’omettons pas le fait qu’il s’agit là d’une reprise d’un monde par Disney : l’adaptation, pourvue qu’elle puise le matériel dans l’univers de ces jeunes héros singuliers apparus pour la première fois dans la série Sunfire & Big Hero 6 #1 en septembre 1998, reste très libre. Les Etats-Unis ont leur équipe (les Vengeurs), le CanadaAlpha Flight (Les Nouveaux Héros font une apparition brève dans le numéro 17) et l’ex-Union Soviétique les Supers Soldats : le Japon arbore fièrement les couleurs des super-agents Big Hero 6. Ce groupe très singulier vivra plusieurs années d’aventures avant d’être définitivement supprimés des publications. Ils croiseront de temps à autre le chemin de grandes célébrités de l’univers Marvel au sein de la Guerre Civile (Civil War) parue en 2008. Disney n’a pas cherché à recréer ce qu’il maîtrise déjà à la perfection avec les Marvel Studios. Bien au contraire, le virage super-héroïque se fait à 180 degrés. Du comic-book d’origine, il n’en reste que la moelle. Les personnages ont subi un petit lifting de nom et de physique dans l’écriture de Don Hall. Certains personnages ont carrément été supprimés pour des raisons de droits d’adaptation. Le Samouraï d’Argent, leader de l’équipe des comics n’apparaît pas dans le scénario des studios Disney, la Twentieth Century Fox détenant le personnage, ancien vétéran de la Confrérie des Mutants dans Marvel Comics et qui a côtoyé le mutant Logan dans le film Wolverine : Le Combat de l’Immortel.

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Chris Williams, artiste de renommée, est venu s’adjoindre au projet en 2013. C’est en qualité de storyboardeur qu’il démarre sa carrière pour les studios Disney avec Mulan à la fin des années 1990. Très polyvalent, il collabore tant dans l’animation que la scénarisation à plusieurs projets des Studios d’Animation Walt Disney : Kuzco, L’Empereur Mégalo (dont il obtient une nomination aux Annie Awards dans la catégorie de la réussite individuelle pour le scénario d’un long-métrage d’animation), Lilo et Stitch, Frère des Ours ou encore Chicken Little. En 2008, il décroche la réalisation de son premier film, le moyen-métrage Glago’s Guest. Ayant impressionné John Lasseter, il se verra confier une partie du scénario et surtout la coréalisation de Volt, Star Malgré Lui en 2008. Chris Williams collaborera par la suite sur Lutins d’Élite : Mission Noël ou La Reine des Neiges en tant que scénariste.

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Enfin, à la production de cette nouvelle pépite animée se trouve Roy Conli. Cette figure émérite, natif de Los Angeles, a d’abord fait ses classes en art dramatique. Ce gros bagage en poche, il devient le directeur des opérations du Pasadena Playhouse en 1979, et ce, durant quatre ans. Il participe à la restauration du théâtre pour le faire rouvrir en 1983. Il finit réellement par spécialiser ses activités dans la production théâtrale du côté de Boston, puis Los Angeles, tant dans les salles que les festivals. Roy Conli intègre les studios de Mickey dès l’année 1993. Il y démarre sa carrière de producteur pour la firme avec Le Bossu de Notre-Dame, où il rassemble de nombreux talents. C’est alors qu’il séjourne en France pour superviser une partie de la production du film basée au sein de l’antenne française de l’époque, à Montreuil. Après ces deux années d’intenses travaux, le francophile dans l’âme aide John Musker et Ron Clements à créer Hercule, puis Kevin Lima et Chris Buck pour Tarzan, toujours sur le sol gaulois. Il retourne au siège de Burbank après ces trois monuments du répertoire des studios, où Disney lui confie la charge de produire La Planète au Trésor – Un Nouvel Univers, de Ron Clements encore. Le dernier projet en date pour Roy Conli est Raiponce, en 2010.

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On le sait, l’attachement que porte John Lasseter, directeur artistique des studios, au processus créatif de l’histoire reste la base du travail de tous les collaborateurs des projets Disney. Trouver l’histoire est le facteur-clef pour entamer sereinement la production. L’intrigue de base est essentielle à toute source de création future et il est important de s’y référer à chaque étape de l’avancée du projet. Toutes les dernières œuvres du catalogue des studios s’inscrivent dans la même veine que Les Nouveaux Héros, en ce sens qu’ils s’attardent à révéler « the story trust » dans chacun de leur scénario : Volt, Star Malgré Lui ; La Princesse et la Grenouille : Raiponce ; Winnie l’Ourson : Les Mondes de Ralph ; La Reine des Neiges. Autant de films qui découlent de réunions de groupe entre réalisateurs et scénaristes instaurées elles-mêmes par le papa de Toy Story, et qui ont permis à chaque projet de se sublimer grâce aux multiples apports artistique. Le but étant de rendre à chaque intrigue une fin unique, servie avec cœur et passion. Les ingrédients pour concrétiser la vision des scénaristes sont tout aussi différents selon les films mais certains paramètres demeurent récurrents : la construction d’un univers où le spectateur peut aisément s’immerger, la mise en scène d’une histoire poignante et la création de personnages attrayants.

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Ce trio gagnant et leurs équipes créatives souhaitent dès le départ s’approprier les Big Hero 6 et y apposer une vision inédite. Don Hall, grand fervent de l’univers Marvel, a développé ses personnages en totale liberté. En effet, si certains pairs de Marvel comme Joe Quesada, directeur artistique de la filiale et Jeph Loeb, producteur télé ont pris part au fameux « story trust » (en visionnant tous les trois mois le rendu) pour parfaire l’aspect super-héroïque du film et respecter certains codes du genre, la Maison des Idées n’a pas eu plus d’influence que ça dans la conception du film, à aucune étape d’ailleurs. Il convient de rappeler que ce film est une totale relecture signée des Studios d’Animation Walt Disney et que le partenariat tant clamé par les médias entre Disney et Marvel reste bien modeste. Cette distance prise volontairement ou involontairement de la part des deux ne s’en fait que plus sentir au visionnage. Rien n’indique que ces héros proviennent d’une quelconque revue de papier et l’on pourrait très aisément penser que l’imagination débordante des studios de Mickey n’en soit la source unique. Il faut attendre seulement le générique de fin pour voir apparaitre quelques mentions de la division Marvel. Une intervention très cocasse vient contraster avec cette prise de position des deux studios néanmoins : une première fois dans le film et une seconde fois dans une scène post-générique, tradition ancrée dans chaque long-métrage des studios de la Maison des Idées.

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Néanmoins, nous verrons qu’il n’est pas impossible que, sans le rachat préalable de Marvel, Disney n’aurait pas pu aller très loin dans cette aventure somme toute ambitieuse. Il est plaisant de constater que la firme aux grandes oreilles a sagement attendu le moment propice pour dévoiler cette histoire au public, après plusieurs années de prise en main de ses stars que sont les Avengers, les Agents du S.H.I.E.L.D. et dernièrement les Gardiens de la Galaxie. Dans ce cas, Disney choisit volontairement d’obscurs protagonistes pour laisser libre court à son potentiel inventif. Priment comme pour chaque opus précédent une qualité non négligeable de l’animation et un sens rigoureux de la résonance émotionnelle. Les créateurs n’oublient pas qu’il s’agit là d’une entreprise nécessitant sa dose bien chargée d’action.

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L’équilibre subtil s’impose donc entre un contexte émotionnel fort et un récit débordant de péripéties. Voilà le postulat de départ des cinéastes qui s’attachent tout au long du film à faire de l’histoire une véritable ode à l’amour, qu’il soit familial ou amical. Cette émotion demeure dans les deux cas le fer de lance de l’intrigue. Si elle s’incarne dans la relation fraternelle qui lie Hiro, jeune prodige de la robotique et son grand frère Tadashi dans un premier temps, elle trouve un second point d’ancrage dans celle qui unit le jeune scientifique et le robot Baymax. L’émotion véhiculée telle un fil rouge se ressent de manière simple, sans excès ni déséquilibre. Sa résonance n’en est que plus important au virage qui s’opère par deux fois dans l’esprit d’Hiro. D’une part, au moment de la disparition de son frère ; après un tragique accident, la tristesse, la nostalgie et le désespoir sont palpables. Dépeintes avec profondeur et authenticité, elles offrent un relief singulier à la narration, à la proportion de la fraternité attachante décrite avant cet événement. Cette affection, centre de la dramaturgie, n’en est que plus importante, le public étant amené à se placer dans la tête du jeune héros. Tadashi est ce que l’on pourrait appeler communément un type bien sous tous rapports. Droit dans ses chaussures, il mène une vie étudiante érudite et ambitieuse. Il représente pour Hiro et donc pour le spectateur un consensus de tous les attraits du frère aîné exceptionnel : protecteur, attentionné, amusant et mentor, bref admirable en tous points. A travers les yeux d’Hiro, le deuil douloureux de la perte du proche indispensable ne s’en fait que plus sentir… On retrouve les rouages de La Reine des Neiges, basée sur l’affection des sœurs du royaume d’Arendelle. Un deuxième bouleversement, de cet ordre, vient bousculer la sensibilité du spectateur, à un moment clef, où Hiro, perdu sans son conseiller, voit en Baymax, non plus un simple robot mais un ami, qui pourrait se « substitue » aisément à la filiation passée avec son frère, deuxième père. L’intelligence artificielle altruiste passe en arrière-plan quand les cinéastes en font un véritable partenaire d’amitié, programmé pour soigner le cœur brisé de son compagnon inconsolable. Restant dans un cadre technologique limitant sa capacité à exprimer ses sentiments, il en devient d’autant plus affectueux. L’amour prévaut toujours et c’est ce qui démontre l’ambition première du film, qui est d’apporter à un propos originel « marvellien » une recette « disneyienne » efficace.

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Cette direction scénaristique, s’éloignant, dès lors du secteur des comics Marvel, se concrétise également dans le sentiment amical. Le cercle de confiance et de partage qui se forme au fur et à mesure des événements, est certes, un peu prévisible mais n’en demeure pas moins intéressant à explorer. Les cinq personnages humains du groupe et leur sixième représentant robotique, ont tous, au final, et en dépit de personnalités parfois discordantes et aux caractères bien trempées, ce désir de faire le bien. Don Hall et Chris Williams, en phase avec le public actuel, réinventent à la sauce « Disney », voire intensifient cette alliance née de l’amitié. De la triangularité sentimentale formée par Hiro et Tadashi Hamada et Baymax s’édifie ce groupe à la fois frapadingue et charismatique, soudé autour d’une cause, qui finit par être considérée comme plus importante qu’eux-mêmes. Enfin, cette formation aidera également Hiro à surmonter le désespoir qui l’accable. Voilà de quoi démontrer que ce film reposant sur l’esprit de famille et de l’amitié en fait une création excellente.

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Là réside le trait caractéristique du super-héros. C’est sans doute l’élément central qui illustre l’inspiration du film dans un univers résolument établi chez Marvel. Le film peut tout à fait s’apprécier comme une aventure destinée aux « geeks ». L’influence de la Maison des Idées est bel et bien présente. D’abord, on l’a précisé, dans cette capacité aux membres de l’équipe à se surpasser. Là, et seulement là, le titre français du film est utile. Ces personnages émergent de l’ombre pour servir une mission de la plus haute importance et deviennent en un rien de temps, des figures de premier plan. Ces Nouveaux Héros le sont de plusieurs façons… Premièrement, leurs procédés sont bien différents des habituels cadors de la profession ; tous pourvus (excepté Fred et Baymax) d’un potentiel scientifique énorme, ils mettent leurs compétences approfondies par la formation scolaire à la San Fransokyo Tech, au service de l’intérêt publique. Sans ascendance ou confrontation accidentelle au super-pouvoir, une nouvelle conception du héros moderne. A première vue également, ils ne reçoivent pas plus d’ordre d’une organisation de défense quelconque que de particuliers en danger. De leur propre chef, ils s’engagent dans un combat. Rien ne préfigure une destinée fulgurante au départ pour cette bande de jeunes amateurs. A destination d’un public prioritairement jeune, Disney calque ses recettes lucratives des Marvel Studios : le rassemblement de personnalités extraordinaires prêtes à en découdre face à la menace publique, des ressorts dramatiques efficaces et de l’humour corrosif, marque de fabrique si chère au Studios d’Animation Walt Disney et aux Marvel Studios. Disney ouvre la voie avec panache aux univers super-héroïques pour jeunes adolescents. A plusieurs égards, la comparaison avec un Marvel Cinematic Universe est légitime. Baymax, que nous aborderons un peu plus tard, nous laisse suggérer dans son armure volante et ultra-perfectionnée un Iron Man bis. Sous cette carapace guerrière, sa mission première est l’aide d’autrui. Elle s’exprime avec poésie mais aussi humour absurde parfois, dans la générosité et le soutien. Baymax peut habilement se réclamer d’être le pendant animé d’un Groot, personnage désormais emblématique du Marvel Cinematic Universe.

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Toujours dans cet élan créatif à vouloir retranscrire aux plus jeunes la ferveur « marvellienne », les cinéastes développent une véritable atmosphère amenée par la culture « geek ». Après le milieu de la télévision (Volt, Star Malgré Lui) et les univers vidéoludiques  (Les Mondes de Ralph), c’est la robotique et l’high-tech qui nous immergent dans un film d’anticipation assumé. A l’instar d’un Hank Pym, d’un Tony Stark et encore plus d’un jeune Peter Parker, nos héros d’un futur proche placent la recherche scientifique, la connaissance et l’intellect à la source de la société. Ici, la science mais surtout le désir d’apprendre et de persévérer dans les études sont prônés. Il n’y pas vraiment de hasard accidentel, de bonne fortune ou d’héritage, l’intelligence dans ce qu’elle possède de plus noble est la clef de la réussite et de la construction d’un monde meilleur. Cette intelligence est mise à profit pour concrétiser les rêves de ces jeunes étudiants. Cette vérité se manifeste tout d’abord chez Tadashi qui pousse son petit frère à s’éloigner des mondes underground des combats de robots, qui font fureur dans les bas-fonds de San Fransokyo. Il l’encourage ainsi à rejoindre l’Institut Technologique de San Fransokyo, sorte d’académie scolaire pour petits génies matheux, physiciens, ingénieurs, chimistes, informaticiens… De ce fait, Tadashi propose une voie plus « morale » pour son frère surdoué, espérant qu’il utilise ses capacités exceptionnelles pour autre chose que des machines de guerre dédiées aux jeux d’argent. La morale est sauve…

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La robotique est au centre des préoccupations du film en la personne de Baymax. Il est à n’en point douter l’une des stars montantes du répertoire des studios Disney. Sous ces traits rondelets, le nouveau personnage, qui crève assurément l’écran, a tout de la recette miracle, cumulant l’émotion de Disney, l’action et la dérision si chère au genre comics et enfin l’esthétique japonisante des mangas. Ce véritable condensé de genres qui lui vaut l’émerveillement du public est d’autant plus attirant qu’il réussit à faire passer l’émotion sans réellement exprimer ses sentiments pourtant bien palpables. Sa condition de robot-soignant lui impose une apparence souvent figée, sereine et constante. Et pourtant, la voix de Scott Adsit, qui le double dans la version originale, fait passer toute l’affection, l’attention mais aussi la drôlerie du personnage. Véritable exercice de style ! Ce dernier a longtemps préoccupé les têtes pensantes des studios qui cherchaient à trouver un design encore jamais vu pour un robot. Roy Conli nous racontait en septembre 2014 que les créateurs du personnage sont partis s’inspirer dans des universités américaines, notamment en Pennsylvanie. Dans ces centres de recherche comme Pittsburgh, certains universitaires planchaient sur une forme nouvelle de robotique conçue à partir de revêtements particuliers, en vue d’obtenir des résultats visuellement très organiques. Ainsi, ils ont conçu des bras articulés gonflables, prouesse d’ingénierie, capables d’exécuter quelques tâches primaires. Les animateurs Disney se sont largement inspirés de ces travaux pour en sortir Baymax, œuvre technique et artistique. Pour le mouvement du robot, ils se sont arrêtés sur le choix d’une démarche de bébé et celle d’un pingouin. Là encore, on est scotché devant le résultat. Dans le film, cet aspect très affectueux est radicalement gommé quand Baymax est transformé par Hiro en guerrier ultra-technologique. Equipé d’un poing-fusée, d’une force colossale, de propulseurs et d’ailes pour voler, le robot, doué à la fois d’une intelligence médicale hors-norme, destinée à révolutionner l’industrie future de la santé, et d’une programmation de combattant à toutes épreuves, devient l’un des Nouveaux Héros du film et incarne à merveille cette idée du renouveau technologique opéré dans cet univers parallèle.

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Il est important de qualifier ce monde dans lequel évoluent nos protagonistes de « parallèle ». Sans relever de la science-fiction, il ambitionne et réalise avec brio un compromis multiculturel. Là aussi, c’est toute la singularité d’un comics Marvel qui s’exprime. L’évasion est totale grâce à la réunion des talents de la maison de Mickey. Depuis bien longtemps, un film Disney n’avait pas placé aussi haut son degré d’inventivité et de soins sur ses décors. Il ne s’agit plus d’une immersion banale mais bien d’un plongeon dans un imaginaire totalement exotique et géniale. Chris Williams et Don Hall recréent une cité hybride à partir de deux villes ancrées dans deux cultures distinctes : San Francisco pour les Etats-Unis d’Amérique et Tokyo pour le Japon. Dans ses moindres détails et avec des possibilités visuelles remarquables, la rencontre culturelle de l’Occident et de l’Orient se ressent de l’architecture monumentale à la publicité urbaine, en passant par le système de transports publiques, la structuration en quartiers ou encore l’ornementation végétale. Cette vision fantasmée et fabuleuse s’observe tantôt dans certains éléments spécifiques de chaque ville (par exemple, l’intégration du Golden Bridge de San Francisco et de la Tour de Tokyo ; le métro tokyoïte et le tramway san-franciscain), tantôt dans la fusion habile des deux styles (par exemple, le domicile et le restaurant de la famille d’Hiro, aux traits victoriens et japonais). Les personnages principaux respirent cette osmose si particulière, portant les uns et les autres, quelques touches multi-culturelles. On regrettera cependant que cette osmose n’ait pas été plus peaufinée, notamment avec la population de San Fransokyo quasi-inexistante dans les relations avec les personnages, les us et coutumes idem. La ville du futur en perd incontestablement une identité personnelle. Cependant, force est de constater que l’idée de créer de toutes pièces un monde à part, où la technologie est au centre de tout, est tout bonnement prodigieux. La technique impressionnante mise en œuvre pour bâtir cet environnement fabuleux de jour comme de nuit, il faut le souligner, relève des plus belles réussites des Studios d’Animation Walt Disney depuis ces dernières années.

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L’esprit « geek » a décidément la côte en 2015 et Disney espère bien surfer, une fois encore, sur le phénomène, en attirant son jeune public. Cette mode se veut disséquée entre les différents membres de l’équipe des Nouveaux Héros dans le film. Ainsi, le film relate le passage à l’âge adulte du jeune prodige Hiro Hamada. Doté d’un cerveau de génie, Hiro est aussi bourré de sincérité, ce qui en fait un héros somme toute naturel, du début à la fin. Un peu à la déroute au début du film, il est persuadé que les jeux d’argent sont la clef de la réussite dans la vie. Grâce à ses talents de roboticien, il conçoit dans sa chambre, temple de la culture « geek », de petites créatures robotisées prêtes à défier d’autres robots dans les bas-fonds de la ville. Il n’hésite pas, non sans un brin de défiance et d’imprudence, à se jouer des plus forts que lui. Heureusement que son frère mentor Tadashi veille sur lui comme à la prunelle de ses yeux. Il faut dire que les deux frères n’ont plus de parents et vivent seuls avec leur tante. Disney dresse très discrètement un portrait de notre société contemporaine avec ce phénomène de déscolarisation des adolescents. Hiro incarne physiquement le brassage des deux cultures mises en exergue. Voilà un atout supplémentaire pour les studios de Mickey afin de séduire les publics de l’Est comme de l’Ouest. Au-delà de ça, sa personnalité est telle qu’on a du mal à s’en détacher. Lui et Baymax crèvent l’affiche. Enthousiasmant, insoumis mais à l’écoute de ses amis quand il le faut, son esprit leadership gagne en galons progressivement.

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Son frère, Tadashi Hamada, est sans aucun doute notre coup de cœur de tous ces personnages. On l’a dit, fiable et droit, il sert de figure paternelle et morale à l’histoire. Sa relation si forte avec son petit frère dépasse sa disparition accidentelle après le film.

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Tante Cass, seul soutien indéfectible de ses deux neveux, est une surprenante déception. Le personnage, trop prévisible, apporte une mise en relief insipide et au final un intérêt limité. Néanmoins, elle aussi porte les traits multiculturels du film. Gérante d’un coffee shop de San Fransokyo, son exubérance, son attitude maternelle, affublée d’un soupçon jeune hippie, reste une touche colorée dans les moments sombres du film.

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Deuxième grande figure du film, le robot Baymax. Né du fruit de l’imagination de Tadashi, il matérialise son souhait de mettre la science au service de l’intérêt commun. Baymax est programmé pour soigner et prendre soin des autres. « Compagnon personnel de soins », il peut effectuer un diagnostic complet de n’importe quelle personne par un simple scanner. Il analyse non seulement ses patients mais leurs prescrit quelques conseils et effectue également les traitements adéquats. Baymax est conçu pour aider les gens. Son patient principal, Hiro, souffrira particulièrement du décès de son frère. Le robot-soignant en qualité de médecin mais également parfois de psychiatre, fera tout son possible pour apaiser le jeune génie. Ainsi naitra la relation forte et attachante entre les deux, prolongeant celle perdue avec Tadashi, mais amenant une perspective intéressante. Les amitiés entre une intelligence humaine et une artificielle sont rarement réussies au cinéma, car souvent assez plates. La technologie est présentée ici comme support permettant aux êtres chers disparus de revivre, elle est donc placée au centre du système décrit, avec cette part d’humanité surprenante. Mais ce n’est pas tout, Baymax, devient lui aussi un héros. A sa programmation médicale s’ajoute celle d’un combattant hors-normes. Baymax s’inscrit dans la droite lignée de ses personnages ô combien fins et comiques de l’univers Disney. Avec une poésie insouciante, pleine de magie, et une facette absurde en officiant dans le rôle du clown du long-métrage, Baymax s’adresse aux jeunes garçons comme aux jeunes filles, mais également au reste de la famille. Un humour remarquablement amené s’il en est, qu’il soit verbal, physique, à répétition ou ponctuel. Un personnage toujours surprenant et fascinant !

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De leurs côtés, les membres de la team ultra-douée sont tous plus charismatiques les uns que les autres. Si l’on craignait que la relation Hiro-Baymax ne les efface, il n’en est rien. A commencer par Fred, celui qui porte sans mal les valeurs des purs « Geeks ». Un peu paumé face à la vie, ce jeune gringalet est un véritable mordu de la pop-culture comics. Mais pas seulement, il voue aussi sa passion aux monstres en tous genres. Il ne doute pas un seul instant pour rejoindre l’équipe, avide de sensationnel. Néanmoins, s’il ne possède pas de facultés scientifiques particulières, il n’en reste pas moins le personnage très attendu et essentiel pour la cohésion d’une telle équipe, un peu fou et courageux à la fois. Go Go Tomago est une jeune battante. Dure à cuire, c’est aussi une amie hors-pair, prête à tout pour réaliser la mission qui lui est confiée. Elle développe une technologie de vitesse à disques magnétiques, résonnant typiquement avec son caractère. Ce personnage est une pure merveille ! Parmi les intelligents du groupe, il y a évidemment le « super-intelligent »… On ne déroge pas à la règle avec Wasabi, le maniaco-névrosé de la bande, représenté à l’inverse comme un grand gaillard afro-américain. Voilà encore une jolie façon de mêler les cultures nippones et américaines. Il se passionne pour les arts martiaux et amplifie sa technique avec sa technologie de lames lasers tranchantes. Wasabi est le gardien de la « normalité » dans ce groupe dégénéré. Dommage que ce personnage qui assagit les autres ne soit pas plus mis à profit… Enfin, fermant la marche, Honey Lemon est la figure exubérante de la famille des Nouveaux Héros. Les créateurs l’ont imaginé très explosive dans le film, et c’est l’adjectif. Ses connaissances en chimie en font un adversaire précieux contre le mal qu’ils combattent. Les autres personnages secondaires sont le Professeur Robert Callaghan. Celui-ci est responsable de la filière robotique de l’Institut Technologique de San Fransokyo, où sont inscrits Tadashi, Go Go Tomago, Honey Lemon et Wasabi. Comme pour Tadashi, il souhaitera vivement qu’Hiro mette à profit ses capacités intellectuelles exceptionnelles au sein de son école. Sans spoilier l’intrigue autour de la menace sévissant dans la ville, il convient d’aborder Yokai, l’homme masqué pouvant par télékinésie contrôler des microrobots afin de s’en prendre à la ville et ses habitants. Ses actes seront à l’origine du basculement de la vie d’Hiro, et donc, vous l’aurez compris, de la formation de l’équipe. En ce sens, l’influence de Marvel régit cette part de l’intrigue. Nos jeunes Avengers se rallient autour d’une cause afin d’enrayer la menace pesant sur la cité.

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Tous ces personnages sont l’incarnation d’un multiculturalisme dans leur façon d’agir mais aussi dans leur look et leur physique. Empreints d’une technique artistique impeccable, on l’a mentionné, les personnages sont réalisés avec une fluidité spectaculaire. Les personnages ne sont pas en soi esthétiquement exceptionnels (et c’est pour ça qu’on adore) mais, dans la technique, bénéficient d’une incroyable finition. L’animation complexe et soignée comme jamais offre des scènes d’action mémorables et léchées. Les chorégraphies de combat et les scènes de vol sont sans doute, et avec une certaine forme de sobriété, les plus abouties du moment dans le domaine de l’animation. Si les situations touchantes entre Hiro et Baymax n’ont encore rien à envier à certains classiques des studios Pixar, le niveau de créativité technique peut prétendre à rivaliser aisément avec les studios de Luxo Jr.

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Si l’on s’accordera à penser que le film veut séduire avant tout les jeunes publics de tous les continents par son genre super-héroïque, son melting-pot et son émotion universelle traitée avec virtuosité, la trame de l’intrigue comporte quelques passages plutôt sombres pour un Disney : d’abord par l’utilisation d’un super-vilain vraiment bad guy, pouvant peut-être heurter les plus jeunes ; ensuite, par ces obscurcissements de l’intrigue, très rares mais assez importants pour le souligner, plaçant Hiro dans une intrigue quasiment de l’ordre du thriller policier. Cette lecture plus adulte du scénario, édulcorée par l’âge des héros et l’humour omniprésent, traite de thèmes pouvant s’avérer difficile pour une frange de la jeunesse. Mais c’est là qu’il faut saluer le remarquable travail scénaristique qui aborde judicieusement et habilement la situation du deuil d’un être cher, du pardon, de la perte des repères dans un système politique pouvant laisser une partie de la jeunesse de côté… Tant d’enjeux amenés si naturellement et justement qu’on ne doute pas un seul instant que le jeune public les recevra positivement. Si bien qu’une larme ou deux ne soit pas impossible entre deux éclats de rire…

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Enfin, ce prisme coloré et joyeux est servi par un accompagnement musical efficace, là aussi, on peut le souligner, à l’instar  de grands films des Avengers. On y retrouve durant les moments d’actions intenses des thèmes récurrents très enjoués, assez soutenus et rythmés pour emporter le spectateur. Henry Jackman (X-Men : Le Commencement ou Les Mondes de Ralph) signe une bande-originale « propre » pourrait-on dire. Il s’agit d’un Disney mais, pour une fois pas musical, et pourtant, l’orchestration reste un point fort durant tout le film. Le moment mettant en scène les personnages travaillant puis découvrant leurs nouvelles aptitudes est illustré par le groupe des Fall Out Boys, sur le titre entraînant « Immortals ». Un très bel investissement qui a abouti sur un morceau parfait pour le milieu de l’intrigue.

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Les Nouveaux Héros, bien qu’affublé d’un titre français assez pompeux (quand Disney Japan rebaptiste si bien le film par Baymax), est assurément un magnifique Disney. Tout porte à croire que la magie du succès opérée chez nos amis d’outre-Atlantique envoûtera le box-office français. Le 54ème classique d’animation Disney peut s’enorgueillir à bien des égards : par la présence de personnages attachants et soignés, d’une intrigue, certes simplissime, mais pourvue d’un large panorama émotionnel, d’une réalisation impeccable parvenant à faire accéder le super-héros, d’autant plus difficile à adapter, à ses lettres de noblesse pour un jeune public, d’un univers spécifique et méconnu de Marvel. La patte artistique et les thèmes abordés sont assumés jusqu’au générique de fin (voire plus…). Ce film est manifestement le cadeau de Noël de février 2015, le début prometteur d’une licence au potentiel immense, là où Disney sait toucher stratégiquement le public par ses multi-univers (mangas, comics, Disney), une grande leçon du renouveau de l’animation par ordinateur et la confirmation que Disney vole encore et toujours sur de hautes sphères artistiques. Réjouissants, émouvants et prenants, Les Nouveaux Héros marqueront, à moindre mesure que les Princesses d’Arendelle, les jeunes générations. « Hiro is my hero ! »

Les Nouveaux Héros
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