Maléfique

 

  • Production : Moving Picture Company, Roth Films et Walt Disney Pictures
  • Titre original :  Maleficent
  • Titre français : Maléfique
  • Sortie française : 28 Mai 2014
  • Sortie américaine : 30 Mai 2014
  • Durée : 1h37
  • Réalisateur : Robert Stromberg
  • Scénario : Paul Dini, Linda Woolverton

Maléfique est une belle jeune femme au coeur pur qui mène une vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son coeur pur en un coeur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption…

« Vous avez entendu parler d’une contrée lointaine et d’une malédiction. Mais vous ne connaissez pas la véritable histoire ».

La critique du film Walt Disney Pictures Maléfique

Une nouvelle ère semble s’amorcer pour les productions de la Walt Disney Pictures, où, aux exemples typiques des futures adaptations en prise de vue réelle de la firme comme Cendrillon (Cinderella) ou Le Livre de la Jungle (The Jungle Book), la revisite incontestable des sublimes contes de fées demeure précieuse et fondamentale. Depuis le début du XXIe siècle, le premier long-métrage de ce grandissant catalogue est inauguré en 2010 avec Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland) de Tim Burton, aussi surprenant succès du box-office ; Maléfique (Maleficent) de Robert Stromberg poursuit élégamment cette ambition ; ce choix non anodin s’explique par la renommée internationale du personnage, considéré encore aujourd’hui comme la méchante favorite et la plus emblématique de l’univers Disney, apparue en 1959 dans La Belle au Bois Dormant (Sleeping Beauty). Ce classique d’animation Disney, issu d’une histoire de Charles Perrault et par la suite dans les contes des Frères Grimm, s’intéresse principalement aux mésaventures de la princesse Aurore, contrairement à l’œuvre de Stromberg. Le cinéaste tend alors à éclairer le passé nébuleux de Maléfique en se basant de prime abord sur l’original : « Il était important pour moi de conserver suffisamment d’éléments de La Belle au Bois Dormant pour ne pas décevoir les fans de l’original. Il était essentiel que le public ne découvre pas seulement ce personnage classique sous un nouveau jour, mais qu’il comprenne aussi comment est née l’histoire du film original en tant que telle et d’où proviennent certains de ses éléments ». De plus, la campagne promotionnelle, par ses affiches et ses bandes-annonces, traduit et vend le film comme un hommage fidèle à l’animé de 1959. Toutefois, après un visionnage d’une heure quarante, il convient de prévenir et d’élucider au spectateur la véritable nature de la production. Pour pouvoir savourer intégralement Maléfique, il est nécessaire de l’appréhender comme une nouvelle adaptation du conte et non comme une préquelle, de près ou de loin. Stromberg réadapte totalement le personnage du classique ; ainsi, le film est en soit merveilleux si l’on oublie ce qui a été établi par le passé.

Une nouvelle ère pour les Studios Disney

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Loin de la cruauté des hommes, Maléfique mène une vie idéale, aux côtés de fantastiques créatures, dans le doux royaume de la Lande. Mais lorsque la domination de l’armée envahit les limites de la forêt, la jeune femme n’a nul autre choix que de s’opposer à cette omniprésence. Suite à la trahison d’un être en qui elle avait légué tout son amour, la souffrance consume la ravissante fée qu’elle était en redoutable sorcière… Son seul désir de vengeance implique la malédiction de la descendance du Roi Stéphane : « avant le coucher du soleil de son seizième anniversaire, elle tombera dans un sommeil éternel » !

Un producteur de talent : Robert Stromberg

Avant de se prêter à la réalisation avec Maléfique, Robert Stromberg dispose d’un parcours glorieux en tant que chef décorateur, couronné de deux Oscars pour Avatar de James Cameron en 2009 et Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland) de Tim Burton en 2010 ; dans une suite logique, le produit final bénéficie d’un aspect visuel et d’un traitement de l’image semblable aux précédentes participations filmiques du réalisateur. Quant au scénario, il fut confié à Linda Woolverton, aussi auteure de La Belle et la Bête (The Beauty and the Beast) de Gary Trousdale et Le Roi Lion (The Lion King) de Rob Minkoff. L’histoire de Maléfique est née de la même manière que celle d’Oscar Diggs dans Le Monde Fantastique d’Oz (Oz, The Great and Powerful) de Sam Raimi ; pour comprendre un personnage, il faut explorer son passé le plus profond. La scénariste confie à cet effet : « après avoir vu le film [original], j’ai eu quelques idées qui m’ont permis de mieux cerner sa personnalité. Je lui ai imaginé un passé menant jusqu’au moment où elle jette le sort à Aurore puis j’ai adopté son point de vue jusqu’à la fin du film ». Justement, il faut reconnaître que la première partie du long-métrage génère un potentiel nettement plus intense que la seconde en terme d’imagination, là où la seconde s’intéresse davantage à démystifier la psychologie et les relations des personnages, et notamment celle de Maléfique. En cela, l’adaptation acquiert étonnement en réalisme, transmettant de nombreux messages déterminants à son spectateur, comme la puissance de l’amour face à la colère. En revanche, la sorcière n’endosse pas totalement le rôle de la vilaine, à tel point d’affirmer que jamais nous ne vîmes une méchante aussi douce ! La comparaison – presque antagonique – entre le personnage animé et filmique se relève indispensable ; la première affectionne faire régner le mal par nature tandis que la seconde, plus que d’y être contrainte, fait avant tout preuve de rédemption.

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Pourquoi étudier un anti-héros est-il si intéressant ?

Depuis Blanche-Neige et les Sept Nains (Snow-White and the Seven Dwarfs) de David Hand en 1937, les studios Disney accordent énormément d’importance à l’opposant du héros. Originaux et charismatiques à la fois, les spectateurs admirent et éprouvent de la sympathie pour ces méchants – parfois plus que les gentils – comme Hadès dans Hercule de Ron Clements, en 1997, ou Ursula dans La Petite Sirène (The Little Mermaid) du même réalisateur, en 1989. A titre informatif, on constate l’apparition d’une collection de DVD Disney à l’effigie des grands vilains. La popularisation de la figure de l’ennemi reste l’argument central dans la production de Maléfique. Pourquoi étudier un anti-héros est-il si intéressant ? La psychologie de l’ennemi – et plus spécialement de l’incompris – est plus riche en éléments narratifs ; on ne naît pas méchant, on le devient et c’est ce passage, cette transformation qu’il convient d’illustrer, tel est sans doute l’exemple le plus frappant avec la tragique métamorphose d’Anakin Skywalker en Dark Vador dans la saga Star Wars de Georges Lucas. Maléfique explore ainsi les deux sens, à savoir comment devenir méchant et comment (re)devenir gentil.

Quelle autre resplendissante comédienne qu’Angelina Jolie pouvait revêtir le costume de Maléfique ? Si sa conséquente filmographie (Alexandre, Lara Croft, Mr. et Mrs. Smith…) lui confère déjà le statut de star américaine, ce nouveau rôle est sans doute le plus important et le plus emblématique de sa carrière. D’ailleurs, sa performance est extrêmement travaillée, tant par sa gestuelle que ses expressions faciales et son caractère. Elle se retrouve également sublimée par l’incroyable maquillage de Rick Baker (La Planète des Singes de Tim Burton) – qui fait aussi l’objet d’une collection limitée proposée par MAC – et d’éblouissants costumes confectionnés par Anna Sheppard (La Liste de Schindler de Steven Spielberg). Angelina Jolie était elle-même motivée par le rôle qu’elle considère, encore aujourd’hui, comme son personnage favori, et cela s’en ressent grandement. Les différents plans mis au point par Robert Stromberg et ses cadreurs contribuent définitivement au charme et à la magnificence de Maléfique. Cependant, à l’exception du roi Stéphane campé par Sharlto Copley (District 9, L’Agence Tous Risques), l’ensemble des autres personnages ne sont pas suffisamment détaillés ; on récence par exemple la présence insupportable et presque inexistante des trois fées de couleur, renommées Hortense, Capucine et Florette dans cette version – interprétées respectivement par Imelda Staunton, Juno Temple et Lesley Manville –, l’inutilité du superflu prince Philippe (Brenton Thwaites) et les tristes apparitions du pourtant sympathique Diaval (Sam Riley), simulacre et loyal compagnon de Maléfique. Quand à la princesse Aurore, l’interprétation innocente d’Elle Fanning (Super 8), ne se contentant de produire qu’une multitude de sourire, est en vain contestable. Plus généralement, seul le personnage de Maléfique, parfait représentatif de l’œuvre, a été clairement étudié.

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Si le film doit être considéré comme une relecture totale du conte, nombreux sont les hommages à La Belle au Bois Dormant insérés dans le récit, comme la mythique scène du baptême – une partie du dialogue et de l’échelle des plans ont été conservés – ou celle de la fabuleuse piqûre sur la pointe du fuseau ; ces échos servent principalement à ne pas entièrement dépayser le spectateur. Comme expliqué précédemment, Stromberg est un génie de l’univers visuel fantastique ; on retrouve ainsi une légère inspiration, notamment dans la chromatique et dans les décors, de ses précédentes collaborations (Avatar,  Alice au Pays des Merveilles…). Tournés en écran bleu, ces somptueux décors, naturels et médiévaux, ont néanmoins été pensés par les chefs décorateurs Gary Freeman et Dylan Cole. On comprend rapidement pourquoi Maléfique bénéficie de l’exorbitant budget de deux cents millions de dollars. Devenue une tradition pour Walt Disney Pictures, la 3D est également proposée bien qu’elle soit, encore et toujours, tout à fait dispensable. La bande originale a été confiée au talentueux musicien James Newton Howard, connu de la sphère Disney pour ses compositions pour Dinosaure (2000) de Ralph Zondag ou La Planète au Trésor (2002) de Ron Clements, et mondialement renommé pour sa participation auprès de Hans Zimmer pour les deux premiers volets de la trilogie du Dark Knight par Christopher Nolan. En l’occurrence, les musiques sont incroyablement mélodieuses et enivrantes ; suite à cet ajout orchestral, ce qui était déjà sublime devient magistralement féérique. Le générique de fin reprend d’ailleurs le thème connu du classique de 1959 : « Once Upon a Dream » chanté par Lana Del Rey.

La conclusion du film Maléfique

La seule véritable erreur de Maléfique est d’avoir présenté le film comme un hommage direct à la Belle au Bois Dormant de 1959 et non comme une adaptation, une relecture du conte original ; la production est en soit une vision du réalisateur et pour pouvoir être totalement conquis, il faut préalablement se détacher du classique d’animation Disney auquel il sert uniquement de base générale. Cette version du conte donne la possibilité au spectateur d’offrir une seconde chance à la plus effrayante vilaine de l’univers Disney. Si l’on imaginait, de plus, un scénario semblable à Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton ou Le Monde Fantastique d’Oz de Sam Raimi, Robert Stromberg et Linda Woolverton proposent une histoire inégalable à travers un point de vue unique. Bien que le long métrage fait preuve d’illustration macabre, presque gothique, Maléfique mise avant tout sur sa féérie – par le biais de ses effets visuels saisissants et de sa musique – et son humour attendrissant. Et finalement, la ligne narrative éveille simplement et efficacement le rêve qui sommeille dans le cœur de chaque spectateur.

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