Bannière La Belle et la Bête le musical

Après les nombreuses actualités liées à l’arrivée du musical La Belle et la Bête à Paris, nous avons le plaisir de vous présenter la première partie de notre grand dossier consacré au musical depuis sa création aux Etats-Unis. Un dossier retraçant la genèse du projet, les personnalités incontournables qui ont fait de l’oeuvre un classique du genre, le scénario et les différentes mises en scène ainsi que l’analyse et une critique supplémentaire de la version française fraîchement débarquée à Mogador. Commençons aujourd’hui par la genèse du spectacle et ses différentes productions depuis 20 ans.

INTRODUCTION de la Belle et la Bête

Le public comme les professionnels du monde du spectacle en France appréhendent toujours autant l’arrivée d’un musical made in Broadway dans un théâtre parisien. Qui plus est, quand ce dernier a un caractère inédit… l’affaire n’est pas mince. Rajoutons à cela que ce spectacle est une production Disney du groupe Walt Disney Theatrical Group, et l’on ne peut imaginer une telle adaptation d’envergure que sous l’égide du groupe Stage Entertainment, société  internationale de production et de création de spectacles originaux, représentée à Paris par la filiale Stage Entertainment France. En effet, de 2007 à 2010, SE (Stage Entertainment France) a accueilli au théâtre Mogador, sa propriété depuis 2005, sa seconde production, Le Roi Lion – Le Musical de Broadway, un monstre sacré de la scène new-yorkaise et européenne. Ce spectacle a fait le bonheur de SE qui s’est vu battre tous les records pour un musical type Broadway en France, engrangeant pas moins d’1,3 millions de places vendues, le tout couronné de trois Molières en 2008 dont celui du meilleur théâtre musical. Partant de cette expérience durable et fructueuse, relever le défi en 2013 d’accoucher d’une seconde adaptation Disney sur la scène de Mogador et de viser les hautes strates du succès rencontré par Le Roi Lion aurait pu s’apparenter à du tout cuit pour SE, qui ne démérite pas, par ailleurs, dans sa diversité de spectacles proposé depuis une dizaine d’années. Si Le Roi Lion avait semble-t-il tous les atouts pour réaliser la success-story qu’on lui connait, qu’en est-il de l’adaptation française de La Belle et la Bête – Le Musical, à l’affiche depuis maintenant deux semaines à Paris ?

Si les 35 millions de spectateurs depuis sa création originale en 1994, les treize années d’exploitation à Broadway et les 28 productions différentes à l’international confortent définitivement la qualité et la notoriété du spectacle, l’ovation escomptée n’est jamais chose aisée pour le public français, extrêmement difficile concernant le made in Broadway, et ce depuis fort longtemps… Une tâche ardue à laquelle certains producteurs se sont démenés, pour certains en vain, pour d’autres, succès à la clef. Et s’il fallait mettre de côté les prises de risques du secteur public, payantes au bout du compte, (on pensera avant tout au théâtre du Châtelet qui accueille depuis plusieurs années des productions comme West Side StorySunday in the Park with GeorgeI Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the SkyCarouselLa Mélodie du BonheurSweeney Todd, le Barbier Démoniaque de Fleet Street…), le monopole quasi-unique de la production Broadway en France s’est imposé du côté de SE. La société n’a plus à prouver sa maîtrise parfaite dans ce domaine, et, confortée de moyens importants sous la houlette de Laurent Bentata, rayonne de par son hégémonie dans le secteur privé des théâtre parisiens notamment. Par ailleurs, l’adaptation française de La Belle et la Bête est-elle finalement à la hauteur, outre le spectacle original, du long-métrage d’animation Disney ? Les racines françaises du mythe tout comme les inspirations insufflées par Jean Cocteau ont-elles trouvé leur résonance dans une mise en scène se voulant « à l’américaine » ? Toute une mission à remplir par SE qui ne manque pas de préserver l’estampillé Disney comme valeur sûre tout en s’accommodant d’une culture d’un mythe français bien moins disneyen pour le coup… Quelle est la bonne mesure ?

Avant de décrire le spectacle en lui-même, quelques points sur les origines du conte seraient les bienvenus. La Belle et la Bête puise ses racines dans le recueil Magasin des enfants de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont paru en 1757. Une version antérieure mais bien moins célèbre du conte fut connue sous la plume de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740, là aussi, dans un recueil de contes, La jeune Américaine et les contes marins. La plupart des adaptations modernes sur différents supports se baseront dès lors sur le mythe relaté par Madame de Beaumont. Une histoire intemporelle qui ne cesse de faire couler de l’encre et stimuler la création. Romans, bandes-dessinées, pièces musicales, pièces de théâtre, chansons, opéras, ballets, séries télévisées et bien évidemment films. Les adaptations sont nombreuses et variées.

LES PRODUCTIONS

Alan Menken

« Il n’y a rien de plus gratifiant que de travailler sur un spectacle de Broadway et surtout sur un spectacle à succès. J’ai grandi dans une famille qui adorait les musicals de Broadway. Assez souvent, nous nous rassemblions autour de mon père qui était au piano, et, tandis qu’il jouait et que nous chantions en chœur, la maison raisonnait au rythme des mélodies de Rodgers et Hart, des Gerschwins, de Rodgers et Hammerstein, Frank Loesser, Lerner et Loewe, et tous les autres grands compositeurs de Broadway.

Quand j’étais petit, j’ai découvert la puissance des musicals américains à travers des spectacles comme My Fair Lady, Fiorello et La Mélodie du Bonheur. C’est donc une formidable expérience pour moi de voir toute une génération vivre une expérience similaire avec La Belle et la Bête. Il n’y a rien de comparable à l’expérience d’un musical. Il pénètre à l’intérieur de nous, il nous hante, et d’une certaine façon, nous transforme et nous rend meilleurs.

Premiere Of Walt Disney Studios' "Beauty And The Beast" Sing-A-Long DVD - Arrivals

Je dois admettre que, lorsqu’on m’a informé que Disney voulait faire de La Belle et la Bête sa prochaine production, j’avais quelques doutes. Disney n’avait jamais produit un musical de grande envergure, encore moins adapté un long métrage animé sur la scène de Broadway. Dans mon esprit, je me figurais un spectacle de parc à thèmes rempli de personnages avec des costumes en mousse s’agitant sur de la musique pré-enregistrée.

Mais toutes les craintes que j’avais ont été balayées quelques mois plus tard, lorsque j’ai été invité à Los Angeles à une présentation donnée par le metteur en scène Rob Roth, et l’équipe créative dont il s’était entouré. Ils nous ont montré les croquis des décors et des costumes, et nous ont expliqué les changements qu’ils envisageaient dans la structure de l’histoire. Leur sérieux m’a impressionné. Non seulement, c’étaient de vrais fans du film mais c’était également une équipe enthousiaste et talentueuse, complètement dévouée au théâtre. Leur exaltation créative était contagieuse, et l’excitation a duré tout au long de l’élaboration du spectacle. Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg se sont également révélés être des producteurs formidables, extrêmement généreux, mais durs lorsqu’il le fallait. Ça a été une expérience fantastique, du début à la fin.

L’un des aspects les plus gratifiants de porter La Belle et la Bête à la scène fut la possibilité d’introduire une « nouvelle » chanson que Howard et moi avions écrite dans le projet. Des années après la mort de Howard, « Human Again » renaissait sur les planches.

Howard possédait un talent remarquable. C’était un metteur en scène, un scénariste et un parolier incroyable. Sa contribution a été déterminante aux débuts de la création de La Belle et la Bête ; c’est lui qui a trouvé comment transposer l’histoire en film d’animation, et comment renforcer l’intrigue des personnages principaux en inventant « les objets », ces serviteurs qui ont succombé au même sortilège que la Bête. Howard n’a pas vécu assez longtemps pour voir le film achevé ; il est mort en mars 1991, six mois avant sa sortie. Il n’a jamais su à quel point les gens ont pu aimer le film, encore moins à quel point les gens se sont précipités sur les billets du musical de Broadway.

Dans tout notre travail, que ce soit pour la scène ou à l’écran, Howard et moi nous nous inscrivons dans la tradition musicale de Broadway. Nos chansons s’efforcent de faire avancer l’histoire tout en élevant son contenu émotionnel. La musique y est essentielle pour réellement ressentir l’histoire – d’une manière qu’il est impossible de retransmettre dans un livre. Dans les meilleurs musicals, on doit être capable de comprendre le sens de l’histoire rien qu’en entendant la mélodie, sans avoir recours aux mots.

En gardant ça à l’esprit, Howard et moi avons toujours choisi de placer les chansons à des moments où le style musical pourrait être très marqué, permettant d’associer la musique à des images précises, tout en vous amenant vers une autre scène. La Belle et la Bête est rempli de moments comme ceux-là.

Dans le prologue, par exemple, la musique est intentionnellement « impressionniste », suggérant un monde de conte de fées et une intrigue se déroulant « Il y a fort longtemps et dans des contrées reculées ». Ensuite, la musique change pour suggérer une pastorale idyllique, pendant que Belle se rapproche vers la ville en chantant « Little town, it’s a quiet village… ». Lorsqu’elle arrive dans la ville, au son des villageois qui la saluent – Bonjour ! Bonjour ! Bonjour ! – la musique surgit dans un style classique… Comme dans une opérette de Mozart. A travers Belle, le « pacte de lecture » est scellé avec le public. C’est un véritable un conte de fées où le chant sert les pensées, les caractères et l’intrigue pour faire de cette histoire, un musical comique et romantique.

L’histoire de La Belle et la Bête est constituée de couleurs primaires et de contrastes puissants. Lorsque la musique est idyllique, l’histoire est merveilleuse comme dans un conte de fées. A contrario, lorsque la musique est sombre, elle l’est sinistrement, implacablement et mélodramatiquement. Les feux d’artifices hyper-optimistes de « Be our guest » sont juxtaposés avec les lamentations d’introspection de la Bête dans « If I Can’t Love Her ».

Bande-originale de la production originale de Broadway Beauty and the Beast - A New Musical (1994)

Jaquette de la bande-originale de la production originale de Broadway Beauty and the Beast – A New Musical (1994)

Lorsque le rideau de l’Acte I retombe, si nous avons bien fait notre travail, le public est en plein suspense. Tout semble perdu, puisque la Bête a laissé partir Belle, et pourtant, il subsiste une lueur d’espoir. La musique promet que tout peut arriver. Les comédies musicales racontent la vie de personnages qui vont vaillamment de l’avant, contre toutes les adversités. Ils racontent comment dépasser les obstacles pour réaliser ses rêves.

Je pourrais parler de chaque chanson de La Belle et la Bête séparément mais la réussite du show tient à son mélange unique de styles et de couleurs qui compose la partition. J’espère qu’en parcourant à nouveau les paroles des chansons reproduites dans ce livre, certains d’entre vous seront assez familiers avec la musique pour véritablement « entendre » les chansons. Et pour ceux qui n’ont pas encore fait l’expérience du spectacle La Belle et la Bête, j’espère que les images et les mots que vous trouverez dans ce livre vous permettront de ressentir les frissons du spectacle vivant. »

Les origines de la création du musical

« Cela fait longtemps que nous pensons à investir les planches de Broadway », déclare Michael Eisner, le président de Disney en 1994. « La Belle et la Bête nous semblait être le choix parfait pour ce premier essai. Même lorsqu’elles étaient chantées a capella, sans aucun décor ni costumes, les chansons attiraient l’attention du public. Mais il y avait deux obstacles majeurs pour pouvoir porter le film sur scène : Comment rendre les Objets Enchantés crédibles dans un spectacle live et comment conserver la magie de la transformation de la Bête » ?

Eisner a fait appel à Ron Logan et Robert McTyre, président et vice-président de Walt Disney Theatrical Production en 1994, qui ont rassemblé autour d’eux une équipe créative à la recherche d’idées. L’équipe du metteur en scène Robert Jess Roth, le scénographe Stan Meyer, le scénariste Tom Child et le chorégraphe Matt West, qui avaient collaboré sur plusieurs productions pour les parcs à thèmes Disney ont rapidement eu l’idée d’un nouveau retournement dans l’histoire : lorsque l’Enchanteresse ensorcelle le château, les serviteurs ne se changent pas immédiatement en objets, comme dans le film. A la place, ils apparaissent d’abord sous des traits humains et se transforment peu à peu en objets, au fur et à mesure que les pétales de la rose tombent.

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Robert Jess Roth

Scène après scène, Roth, Meyer et West ont esquissé les plans pour transformer le film de 85 minutes en show de Broadway de 2h30. « Nous avons cherché à quel moment ajouter de nouvelles chansons », indique Roth. « Et à chaque endroit que nous avons déterminé, il y a maintenant une chanson du show. Les chansons en elles-mêmes ont beaucoup changé, mais les endroits où nous les avions placées sont restés quasiment les mêmes ».

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De gauche à droite : Matt West, Stanley Meyer, Robert Jess Roth (production originale)

A ce moment-là, il était temps d’ajouter un peu de magie. Le producteur associé Donald Frantz a fait appel à Jim Steinmeyer et John Gaughan qui avaient créé des illusions pour de grands magiciens comme David Copperfield et Doug Henning. Frantz s’est également tourné vers la créatrice de costumes Ann Hould-Ward, qui avait prouvé qu’elle pouvait recréer des personnages de conte de fées sur scène tout en restant fidèle à une œuvre originale, dans son fabuleux travail pour Into the Woods et Sunday in the Park with George.

Armés des croquis pour les costumes, de deux prototypes d’illusions et d’environ 140 storyboards, l’équipe réussit à convaincre Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, président des Walt Disney Studios en 1994, de continuer le projet. La prochaine étape, était de rassembler les membres de l’équipe créative originale de La Belle et la Bête : l’écrivain Linda Woolverton, le compositeur Alan Menken, et le parolier Tim Rice, qui avait travaillé avec Menken sur Aladin après la mort de Howard Ashman, et avait écrit les chansons des spectacles Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat, Jesus Christ Superstar, Evita et Chess.

« Au départ, quand j’ai entendu parler du projet, j’ai cru que c’était impossible, parce que le film était trop réussi », admet Rice. « Mais lorsque j’ai vu ce qu’ils avaient en tête, j’ai réalisé que cela pouvait devenir un musical magnifique, à la fois classique et contemporain ».

S’en est suivi une intense période de collaboration, où chacun échangeait tout excité ses idées avec les autres. Le but n’était pas seulement d’adapter mais de réinventer le film pour Broadway. « Nous marchions sur des œufs », explique Alan Menken. « Nous voulions que le spectacle semble à la fois familier et complètement neuf. Et nous devions nous assurer que l’histoire gagnait quelque chose à être portée sur les planches ».

La clé du succès reposait dans le pouvoir de l’histoire elle-même. « Avant tout La Belle et la Bête est une histoire d’amour touchante, que nous voulions retranscrire en une expérience théâtrale émouvante pour les spectateurs », raconte le producteur Robert McTyre. L’accent devait être porté aussi bien sur le portrait de l’amour véritable qui se construit entre Belle et la Bête, que sur le désir poignant qu’ont les Objets Enchantés de redevenir humains.

Quand le spectacle a été en phase de répétition et pendant les previews au Houston Theatre Under the Stars, Eisner était présent, offrant ses suggestions et ses encouragements. Parfois, l’équipe créative essayait de conserver des éléments du film qui ne pouvaient pas fonctionner sur scène. « Enlevez-le », les pressait Eisner. « Même si l’on doit conserver l’essence du film », disait-il aux créatifs, « C’est une production différente. Son succès repose sur l’expérience théâtrale qui sera produite ».

Le fait de voir les acteurs en vrai intensifie la portée dramatique. « Je peux le regarder chaque soir » assure Jim Harker, le régisseur de New York, « et toujours être étonné quand les objets se transforment – ce qui sera toujours le cas, puisqu’ils sont incarnés par de vraies personnes ». C’est la magie du théâtre.

Théâtre Lunt-Fontanne à Broadway

Théâtre Lunt-Fontanne à Broadway

La genèse du musical

En s’intéressant à la création du musical à Broadway, il est intéressant de se pencher en arrière. Si il est naturellement admis que le film d’animation de 1991, 30ème classique du nom des studios Disney est directement à l’origine du show, on peut citer aussi un autre précurseur, un spectacle créé spécialement pour le public des parcs Disney. Au vu du succès du film doublement oscarisé pour sa musique et sa meilleure chanson, Disney a effectivement lancé Beauty and the Beast: Live on Stage au parc Disney’s Hollywood Studios à Walt Disney World, spectacle qui fait toujours sa renommée au Theater of the Stars. La même version du show a également fait son apparition au parc Disneyland à Disneyland Paris de 1992 à 1995 à Vidéopolis ainsi qu’à Disneyland Resort durant la même période. Ce spectacle optimisant l’intrigue à 23 minutes, certes moins élaborée, plonge les spectateurs dans la magie du film d’animation. Et c’est en partant du succès et de l’aspect très comédie musicale du spectacle que Disney a souhaité relever le défi en 1994 d’adapter pour la première fois l’une de ses histoires favorites sur une scène de Broadway.

La production originale à Broadway

Bien que des représentations tests eurent lieu à Houston quelques semaines auparavant, le musical nouvellement créé fut présenté au théâtre Palace pour la première fois le 18 avril 1994, sous l’ovation d’un public new-yorkais conquis d’avance, et ce jusqu’au 5 septembre 1999, où le spectacle a été transféré au théâtre Lunt-Fontanne toujours produit par Disney Theatrical via sa filiale Disney on Broadway. La grande première de gala dans ce nouvel écrin a lieu le 16 novembre 1999. C’est après treize années de bons et loyaux services que le spectacle se joue une ultime soirée le 29 juillet 2007, après pas moins de 46 avant-premières et 5464 représentations. Un score notable classant le musical au huitième rang  des productions Broadway les plus jouées de l’histoire. Cette production battant tous les records fut confiée au metteur en scène Robert Jess Roth et au chorégraphe Matt West. La distribution originale comptait les plus grandes figures de Broadway du moment : Susan Egan (Belle), Terrence Mann (la Bête), Burke Moses (Gaston), Gary Plage (Lumière), Beth Fowler (Mme Samovar), Heath Lamberts (Big Ben), Tom Bosley (Maurice)… On peut penser qu’à cet époque, Disney souhaite avant tout surfer sur la vague déferlante de succès du film d’animation, tout en y apportant de nombreux éléments inédits permettant d’approfondir l’intrigue, la psychologie des personnages et le catalogue musical par conséquence. Mais l’étroit rapport avec le film réside avant tout dans le choix des équipes créatrices. Danny Troob qui avait collaboré brillamment à l’orchestration et à certains arrangements de la musique d’Alan Menken pour le film releva le défi haut la main d’orchestrer l’ensemble du spectacle. Et de grands noms de la profession furent intégrés à cette équipe comme Stan Meyer à la scénographie, Ann-Hould Ward aux costumes ou Natasha Kaltz à l’éclairage. Partant d’un socle commun tout simplement efficace, la musique d’Alan Menken, les paroles d’Howard Ashman et Tim Rice et le livret de Linda Woolverton, on ne pouvait que prédire pour le show qu’une longévité record et un pari assurément remporté pour Disney qui faisait ses premiers pas à Broadway, ouvrant des portes plus qu’intéressantes pour l’avenir.

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Linda Woolverton

La raison officielle de la clôture du spectacle fut son remplacement par The Little Mermaid (La Petite Sirène) adapté sur scène en novembre 2007, Disney craignant la concurrence entre les deux productions se basant tous deux sur des Princesses Disney. Il faut savoir qu’entre temps, Disney on Broadway avait fait son petit bonhomme de chemin avec la création du (Le) Roi Lion, de Julie TaymorTarzan et Mary Poppins. Il faut savoir aussi qu’après treize années de production, et en dépit des rafraîchissements de la mise en scène et des nouveaux ajouts technologiques (pyrotechnie, magie, nouveaux décors), le spectacle original de Robert Jess Roth se faisait de plus en plus vieillissant, bien qu’intemporel aux yeux des fans et de la profession, et Disney avait bien compris que son devenir résidait désormais plus dans son exploitation à l’étranger, tant son potentiel est immense, que dans son exploitation originale dans son berceau de New-York.

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La production originale à Londres

Si le succès outre-atlantique ne s’est pas fait prier en 1994, il a fallu attendre trois ans avant de voir débarquer à Londres au West End le musical. C’est le 29 avril 1997 qu’a lieu la grande première londonienne avec en tête d’affiche Julie-Alanah Illuminez (Belle) et Alasdair Harvey (la Bête) sur une mise en scène semblable à la version originale de Broadway, malgré quelques réorchestrations minimes. La production britannique prend fin en décembre 1999, après avoir remporté en 1998 l’Olivier Award (équivalent de nos Molières français) du meilleur musical contre des poids-lourds comme Enter the Guardsman ou The Fix.

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Les tournées nationales

Dans le même temps, d’immenses tournées sont organisées à partir de l’année 1995 que ce soit aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. La première outre-atlantique débute le 15 novembre 1995 et se termine en 1999 mettant en vedette Kim Huber en Belle et Fred Inkley qui incarne la Bête. La suivante, toujours aux Etats-Unis, s’étend de 1999 à 2003. Susan Owen y interprète Belle tandis que Grant Norman y campe la Bête. Une troisième tournée vient se télescoper à la deuxième à partir de 2001 jusqu’en 2003. C’est cette fois-ci Jennifer Schraeder (Belle) et Roger Befeler (la Bête) qui tiennent les premiers rôles. Au total, les trois troupes se sont installées dans 90 villes américaines réalisant des records à chaque fois : ce ne sont pas moins de 5,5 millions d’américains et canadiens qui ont ainsi pu profiter de la magie de Broadway non loin de chez eux durant une dizaine d’année. L’année 2010 renoue sur le sol américain avec les tournées exceptionnelles du spectacle Beauty and the Beast.

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C’est à Providence (Rhodes Island) en février 2010 qu’a lieu la grande première du musical qui se refait une nouvelle beauté pour l’occasion tant d’un point de vue scénographique qu’au niveau des costumes qui s’apparenteront désormais plus à un style baroque et fantaisiste par rapport à la production originale. La mise en scène de Robert Jess Roth demeure quant à elle intacte avec certaines modifications par-ci par-là. Liz Shivener obtient le rôle de Belle et Justin Glaser celui de la Bête.

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Une grande tournée nationale au Royaume-Uni voit triompher la production du West End de novembre 2001 à avril 2003 passant par le théâtre Empire à Liverpool, Bristol, Birmingham, Dublin, Southampton, Manchester et Edimbourg. Certains premiers rôles de la production londonienne signent avec plaisir pour cette tournée (Belle, la Bête, Lumière, Big Ben…).

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Les autres productions américaines

Par ailleurs, et Disney ayant bien cerné son caractère populaire, la propagation du musical ne désemplit pas dès 1995 et de nouvelles productions émergent peu à peu. C’est le cas pour Los Angeles qui accueille au théâtre Shubert à partir du 12 avril 1995, et ce, jusqu’au 29 septembre 1996, la plupart de la distribution originale de Broadway : Susan Egan, Terrence Mann, Gary Beach, Beth Fowler, Burke Moses et Tom Bosley reprennent ainsi leurs rôles. A noter, James Stacy Barbour, nouvelle recrue, reprend le rôle de la Bête. Une production californienne qui va très vite devenir l’une des incontournables du moment, marquant à tout jamais le musical au sommet du genre. Los Angeles scelle définitivement le sort heureux du spectacle qui peut désormais s’offrir le monde entier.

L’ensemble des décors, des costumes et de la technique est transféré de Los Angeles à Mexico durant l’année 1997 qui devient la première ville d’Amérique du Sud à accueillir le spectacle made in Broadway.

Le Canada connait lui aussi son heure de gloire avec Beauty and the Beast – The Musical of Broadway qui s’installe à Toronto à partir du 8 août 1995. Trois ans à guichet fermé pour le théâtre Princess of Wales. La production connaît vite un succès démentiel avec Kerry Butler (Belle) et Chuck Wagner (la Bête) à l’affiche notamment. La mise en scène de la production se décline légèrement sous la direction de Ron Ulrich d’avril à juillet 2007 au sein du célèbre théâtre Neptune à Halifax, réalisant là aussi des records pour le théâtre (127 représentations). Julie Martell joue Belle tandis que George Masswhol est la Bête.

De productions en productions, le spectacle à succès prend bientôt des allures de mythe sacré parmi quelques musicals privilégiés (Cats, Le Fantôme de l’Opéra…). Et là, où Disney Theatrical réussit haut la main son pari d’expansion, naît un nouveau genre à Broadway, singulier et innovant au milieu des années 90, l’adaptation non seulement de films d’animation célèbres mais d’œuvres cinématographiques en général sur scène. Disney, précurseur du genre, l’avait bien compris.

Les productions internationales

Le 15 juillet 1995, le théâtre The Princesse de Melbourne en Australie présente pour la première fois le musical original. La production passe ensuite par Sidney. La distribution d’origine se compose de Michael Cormick dans le rôle de la Bête, Rachael Beck dans celui de Belle et un certain Hugh Jackman dans celui de Gaston.

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La même année, c’est le Japon qui accueille le musical notamment au théâtre Shiki puis pour une longue tournée à travers les terres nippones.

En décembre 1997, c’est au tour de la ville de Stuttgart en Allemagne, au théâtre Palladium de recevoir le spectacle jusqu’en février 1999. Leah Delos Santos (Belle), Uwe Kröger (la Bête) et Marc G. Dalio (Gaston) ont l’honneur de partager l’affiche de cette toute nouvelle production européenne.

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La Chine, elle aussi, n’attend pas très longtemps pour adapter le show. C’est en 1999 que Beauty and the Beast s’exporte là-bas.

Du côté de l’Amérique du Sud, le pari restait incertain pour Disney. Mais finalement, après le succès surprenant du spectacle en Argentine en 1999, une adaptation brésilienne prend forme à partir de 2002 au théâtre Abril, l’une des plus grandes institutions théâtrales du pays. Là aussi, un franc succès durant un an et demi. Le retour quelques plus tard du show au Brésil ne fera néanmoins pas le même effet au public qui le boudera assez vite.

On ne peut que s’attarder sur un cas fulgurant dans l’histoire du spectacle. Celui de l’Espagne qui s’est vu accueillir trois productions différentes du spectacle. La première fut basée sur la mise en scène originale de Broadway. Du 2 décembre 1999 au 3 mars 2002, le théâtre madrilène Lope de Vega fait salle comble chaque soir, soit un total de 27 mois d’exploitation pour 900 représentations. La distribution originale comprenait Xenia Reguant (Belle), Carlos Marín (la Bête), Lisardo Guarinos (Gaston), Víctor Ullate Roche (Lefou), Germán Torres (Lumière), Kirby Navarro (Mme Samovar), David Venancio Muro (Big Ben), Dulcinée Juárez (Plumette), Laura Inclán (Madame de la Grande Bouche) et Miguel de Grandy (Maurice). La production bat alors tous record détenus jusqu’à maintenant. L’année 2007 profite à la société de production (la voilà enfin) Stage Entertainment qui présente à partir du 3 octobre de la même année une deuxième version du musical au théâtre Coliseum, toujours à Madrid. Et ce qui devait durer six mois au départ s’étendra finalement jusqu’au 11 janvier 2009. Un succès non démérité là aussi qui oblige la production à s’exporter à Barcelone à partir du 26 février 2009 jusqu’au 10 janvier 2010.

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On compte finalement selon Disney pas moins de 21 pays pour 116 villes ayant adaptés le musical depuis 1995. Une prouesse rarement égalée dans le genre.

Synthèse : l’Argentine (1998 et 2010), l’Australie (1995), l’Autriche (1995), le Brésil (2001 et 2009), Canada (1995), Chine (1999), Allemagne (1997), l’Irlande (2002 dans le cadre de la UK National Tour), le Japon (1995), le Mexique (1997), Israël (2006), la Corée du Sud (2004), en Espagne (1999 et 2007), la Grèce (2007), la Pologne (2008) et le Royaume-Uni (1997).

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La Belle et la Bête en Europe

Depuis 2005, une nouvelle approche, totalement inédite du spectacle, est donc en marche chez SE qui rompt les codes avec Broadway pour mieux accommoder le spectacle avec un public européen certes friand mais difficile quand il s’agit de productions Broadway. Tâche non sans mal pour SE, leader incontesté de la production made in Broadway en Europe, mais qui réussit avec brio à remettre à plat la vision des décors et des costumes imaginée dix années auparavant. La nouvelle mise en scène est confiée à Glenn Casale et est présentée pour la première fois aux Pays-Bas le 2 octobre 2005 au théâtre Koninklijk à Amsterdam puis part en tournée pour atterrir à Anvers notamment en Belgique.

S’en suit une longue série d’adaptations dans différents pays alors que SE est en plein essor lui-même et que ses filiales se créent au fur et à mesure. La mise en scène, certes innovante et moderne, mais n’égalant pas en terme de budget la mise en scène de Broadway, se décline ainsi à nouveau en Allemagne qui avait déjà accueilli l’ancienne version du musical de 1997 à 2000 à Stuttgart au théâtre Palladium. La grande première de gala a lieu le 18 décembre 2005 au théâtre Metronom à Oberhausen. Puis vient le tour de l’Espagne, qui, comme mentionné précédemment, accueille une première fois le show à Madrid entre 2007 et 2009 puis à Barcelone de 2009 à 2010.

La Russie, étonnamment friand des shows musicaux, adapte elle aussi la mise en scène de Casale et présente le spectacle de 2008 à 2010 au théâtre MDM à Moscou.

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L’Italie n’est pas en reste du phénomène, et le théâtre national de Milan finit à son tour par accueillir le spectacle à succès de 2009 à 2010. Le musical est transféré par la suite à Rome au théâtre Brancaccio de 2010 à 2011.

La troisième version espagnole du spectacle dont nous vous avons fait part précédemment n’est autre qu’une tournée d’un an du spectacle qui s’est achevée en août 2013. L’ensemble des décors et des costumes ayant servi en Espagne est transféré à la rentrée à Paris au théâtre Mogador, propriété de SE France, où le spectacle s’exporte dans sa langue maternelle (si l’on peut dire) pour la première fois. Le 24 octobre 2013, le musical est officiellement à l’affiche à Paris pour une durée minimum de six mois d’exploitation.

La Belle et la Bête en France

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Parallèlement, la production de Broadway continue son périple à travers le globe. La ville de Mexico s’est offerte une seconde fois le spectacle à partir de septembre 2007 tout comme Hiroshima au Japon en février 2008. L’Afrique du Sud a également adapté le spectacle de septembre 2008 à mars 2009. En 2004, Disney a levé son monopole d’acquisition des droits d’adaptation du show. SE fut la première grande société de production à acquérir les droits. Dès lors, des compagnies professionnelles ou amatrices furent autorisées à adapter la pièce musicale. Depuis, ce classique du genre est un must pour toutes les compagnies amatrices ou universitaires de théâtre, chant et danse à travers le monde.

Le compositeur Alan Menken avait un moment suggéré l’idée d’une captation vidéo du musical, idée pour l’instant toujours en conserve.