Les Nouveaux Héros : Disney crée son univers Marvel

Publié par Florian Mihu le 28 septembre 2014 | Maj le 13 juin 2016

Le 54ème long-métrage d’animation produit par les Walt Disney Animation StudiosLes Nouveaux Héros (Big Hero 6) se dévoilera dès le 7 novembre 2014 chez nos amis outre-Atlantique. Chez The Walt Disney Company France, le choix s’est porté judicieusement vers une sortie planifiée après les fêtes, soit le 7 février 2015. C’est dans cette longue attente que Disney a bien voulu nous faire patienter en nous conviant, le mercredi 24 septembre, à une Master Class autour du film, dirigée par son producteur Roy Conli. Cet événement a été suivi dans la journée d’une Table Ronde avec ce dernier, où, en cercle plus restreint, furent invités à y participer quelques sites de Fans et médias français spécialisés.

Il est évident que pour un pur Fan d’animation « made in Disney« , l’arrivée d’un tel projet est attendue avec enthousiasme. Il va sans dire qu’après la déflagration culturelle du phénomène La Reine des Neiges dans le monde, la sortie du long-métrage animé du label Walt Disney Animation Studios rendait la tâche encore plus ardue. Alors quand il s’agit, en outre, de voir pour la première fois dans ce catalogue mythique, une adaptation cinématographique dans la veine Disney d’une série de comics books édités chez Marvel Entertainment, entité sous le joug de la Maison de Mickey, on peut vraiment se dire qu’on a de la chance. Le studio mythique, cœur des activités de The Walt Disney Company, continue dans la droite lignée historique de son existence, à proposer encore et toujours de nouveaux défis artistiques. Pour la frange de la communauté de passionnés et pour les critiques qui, toutes deux, auraient pu douter de la légitimité qu’a Disney à vouloir accoucher d’un univers totalement inédit et à l’opposé des thèmes jusque là abordés, en passant par son studio, sans doute le plus prestigieux, ces deux événements que nous avons pu vivre nous ont conforté dans l’idée que la démarche créative primera toujours sur le contenu.

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Des super-héros chez Disney

A plusieurs égards, le mérite est grand. S’attaquer à des super-héros alors que plusieurs filiales dédiées au petit comme au grand écran y sont spécialement consacrées au sein de la Maison des Idées, qui maîtrise à la perfection la mise en valeur et l’édification de ses univers, est un pari en soi. Dénicher une bande de personnages assez peu connus dans la culture populaire super-héroïque peut là aussi s’avérer difficile à entrevoir. Et pourtant, Disney prend tous les risques, aux heures glorieuses de son influence, après les succès de La Princesse et la Grenouille, Raiponce, Les Mondes de Ralph et bien sûr l’incontournable La Reine des Neiges en 2013.

Si la recette peut assurément marcher auprès des américains, qu’en-est-il du ressenti français ? Car nous ne sommes pas sans ignorer que le Gaulois peut toujours surprendre quand lui-même se voit un peu trop surpris par ce qu’il voit et entend. Certes, le super-héros dans sa forme la plus contemporaine reprend ses droits dans le folklore populaire depuis quelques années et le public, qu’il soit français ou américain, n’en est que plus friand, de production en production. Mais la qualité des œuvres adaptées est, elle, toujours discutable. Disney n’échappe pas à cette règle, et, dès lors, le défi de séduire le public français peut relever de l’exploit avec un scénario qui va a contrario du Disney de Noël que nous avons dans l’esprit. En misant sur les vacances de février de 2015, Disney vise, selon nous, juste. A tous points de vue, Les Nouveaux Héros ne peut figurer dans la liste des long-métrages Disney attendus avant Noël dans l’Hexagone.

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A cinq mois de sa sortie dans nos salles, Les Nouveaux Héros donne la bonne impression que le film pourrait remporter toutes les ovations. Loin d’un univers vidéo-ludique ressenti comme trop abstrait pour beaucoup de français (Les Mondes de Ralph), la ville de San Fransokyo, décor unique et foisonnant des péripéties de nos six héros, séduira assurément tous les publics. C’est en tout cas l’impression que nous en avons eu. Ce film semble de bonne augure…

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La Master Class de Roy Conli pour les Nouveaux Héros

S’il en est un qui en impose dans la stratosphère Walt Disney Animation Studios, c’est sans aucun doute Roy Conli. Ce grand monsieur (en taille physique comme en charisme). Ce producteur émérite, natif de Los Angeles, a d’abord fait ses classes en art dramatique. Ce gros bagage en poche, il devient le directeur des opérations du Pasadena Playhouse en 1979, et ce, durant quatre ans. Il participe à la restauration du théâtre pour le faire rouvrir en 1983. Il finit réellement par spécialiser ses activités dans la production théâtrale du côté de Boston, puis Los Angeles, tant dans les salles que les festivals. Roy Conli intègre les studios de Mickey dès l’année 1993. Il y démarre sa carrière de producteur pour la firme avec Le Bossu de Notre-Dame, où il rassemble de nombreux talents. C’est alors qu’il séjourne en France pour superviser une partie de la production du film basée au sein de l’antenne française de l’époque, à Montreuil. Après ces deux années d’intenses travaux, le francophile dans l’âme aide John Musker et Ron Clements à créer Hercule, puis Kevin Lima et Chris Buck pour Tarzan, sur le sol français. Il retourne au siège de Burbank après ces trois monuments du répertoire des studios, où Disney lui confie la charge de produire La Planète au Trésor – Un Nouvel Univers, de Ron Clements encore. Le dernier projet en date pour Roy Conli est Raiponce, en 2010.

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C’est depuis le Cinéma Publicis aux Champs Elysées que l’événement s’est déroulé. Avant d’entamer à proprement parler la présentation du film, les équipes de The Walt Disney Company France ont pu faire bénéficier aux représentants des sites de Fans présents d’un petit moment privilégié avec le producteur, à l’entrée du cinéma. A la façon d’un tapis rouge improvisé, ce joyeux petit monde s’est réuni autour de l’un des cadors des studios Disney pour une séance photo de groupe.

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Une fois installés dans la salle, le PDG de Disney France & Benelux, Jean-François Camilleri, a passé en revue l’année riche qu’a rencontré Disney France en guise d’introduction. Le producteur Roy Conli a ensuite démarré l’événement, et ce fut avec une agréable surprise qu’il introduisit son discours par la présentation du traditionnel court-métrage qui précédera la diffusion des (Les) Nouveaux Héros en salles. Roy a expliqué l’impact positif que ce type de projet peut engranger sur les activités artistiques des Walt Disney Animation Studios, repoussant toujours plus loin les limites des technologies et l’esthétique visuelle.

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Festin

Toute première réalisation de son confrère Patrick Osborne (responsable de l’animation sur le court-métrage Paperman), Festin (Feast) est une fois de plus l’aboutissement du développement de techniques, de visions et de talents artistiques. Là-aussi, les genres se mélangent habilement entre crayon à la main et production numérique 3D. Par ailleurs, l’art et la manière de film étaient visiblement au centre des préoccupations de la réalisation d’Osborne. Le cadre est continuellement fixé à ras du sol, fixant l’échelle de visionnage à celle du petit chiot dénommé Winston. Le résultat n’en est que plus saisissant et démontre l’engouement et la motivation de John Lasseter à promouvoir ces projets au sein du studio de Mickey. Le film a été plébiscité au Festival international du film d’animation d’Annecy cette année, à l’occasion de son avant-première mondiale. L’audience présente a donc eu la chance de découvrir ce nouveau bijou de l’animation avant sa sortie en France, le 11 février 2015.

FEAST

Roy Conli est entré dans le vif du sujet, après la diffusion du court-métrage, en nous dressant les principes généraux qui régissent la production des derniers films Disney au sein des Walt Disney Animation Studios. L’attachement de John Lasseter, directeur artistique des studios, au processus de l’histoire reste la base du travail de tous les collaborateurs des projets Disney. Trouver l’histoire est le facteur-clef pour entamer sereinement la production. L’intrigue de base est essentielle à toute source de création future et il est important de s’y référer à chaque étape de l’avancée du projet. Le producteur du (Le) Bossu de Notre-Dame a souligné le plaisir et l’excitation permanente à travailler aux côtés des équipes de WDAS. Toutes les dernières œuvres du catalogue des studios s’inscrivent dans la même veine que Les Nouveaux Héros, en ce sens qu’ils s’attardent à révéler « the story trust » dans chacun de leur scénario : Volt, Star Malgré Lui ; La Princesse et la Grenouille : Raiponce ; Winnie l’Ourson : Les Mondes de Ralph ; La Reine des Neiges. Autant de films qui sont passés par des réunions de groupe entre réalisateurs et scénaristes instaurées par John Lasseter, et qui ont permis à chaque projet de se sublimer grâce aux apports artistiques de chacun. Le but étant de rendre à chaque intrigue une fin unique, servie avec cœur et passion. Les ingrédients pour concrétiser la vision des scénaristes sont tout aussi différents selon les films mais certains paramètres demeurent récurrents selon Roy : la construction d’un univers où le spectateur peut aisément s’immerger, la mise en scène d’une histoire poignante et la création de personnages attrayants. Et il ne s’en cache pas, pour toutes ces raisons, Roy Conli est devenu, non sans difficulté, un adorateur des (Les) Nouveaux Héros, de Chris Williams et Don Hall.

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En revanche, il est évident que Les Nouveaux Héros n’est pas un film comme les autres et, sur plusieurs aspects, ne peut pas être comparable à ses prédécesseurs, bien qu’il s’ancre dans leur droite lignée. Loin d’être un changement à 180 degrés par rapport à des contes de fées Disney dans son essence, il n’en reste pas moins l’adaptation d’un comics de super-héros, un terrain de jeu inexploré à cette échelle jusque là, si l’on omet Les Indestructibles, long-métrage des Pixar Animation Studios, qui avait la particularité de découler de la pure imagination des scénaristes. Ici, la donne est différente. Disney, propriétaire de la Maison des Idées, s’en donne à cœur joie en proposant un registre à succès dans un genre inédit. Le cap est non seulement fixé mais assumé. Disney fait du Disney et étend toujours plus loin les frontières des matériaux à adapter. Roy Conli remonte en arrière, plus précisément en 2010. Quelques mois après le rachat de Marvel Entertainment, l’inspiration et le désir de muer sont vives chez certains créateurs Disney. Aussi, le désir se fait sentir dans l’esprit de deux artistes de talent, à savoir Don Hall et Chris Williams, dont Roy ne tarit pas d’éloges à leur égard. Ces derniers souhaitent partir du principe que l’adaptation stricto senso d’un comics Marvel à la sauce Disney est non seulement un rêve plausible mais une aubaine. Le scénariste Don Hall, qui finissait de monter le nouveau Winnie l’Ourson, en bon employé, est donc venu demander la bénédiction de son patron John Lasseter, espérant qu’il accepte son idée de départ, un court-métrage. Quelle ne fut pas sa surprise quand le papa de Toy Story lui a demandé expressément de voir les choses en plus grand. C’est donc après des semaines de recherche de la perle rare dans l’écurie Marvel qu’ils tombent sur des personnages et un univers peu reconnus et dont la popularité révolue pouvait laisser planer le doute. Et pourtant, Big Hero 6 illustre tout à fait la puissance fondée de l’esprit marvellien : une équipe soudée à l’image des Vengeurs, un univers dense et détaillé, un balancement permanent entre humour et action.

Exit New York, les super-pouvoirs, les délires cosmiques. L’oeuvre retenue, perdue dans le catalogue Marvel, il faut bien le dire, n’aura aucune interférence avec le Marvel Cinematic Universe puisqu’il s’agit d’un monde bien à part. N’omettons pas le fait qu’il s’agit là d’une reprise d’un monde par Disney : l’adaptation, pourvue qu’elle puise le matériel dans l’univers de ces jeunes héros singuliers apparus pour la première fois dans la série Sunfire & Big Hero 6 #1 en septembre 1998, reste très libre. Les Etats-Unis ont leur équipe (les Vengeurs), le Canada, Alpha Flight et l’ex-Union Soviétique les Supers Soldats : le Japon arbore fièrement les couleurs des super-agents Big Hero 6. Disney n’a pas cherché à recréer ce qu’il maîtrise déjà à la perfection avec les Marvel Studios. Bien au contraire, le virage super-héroïque se fait à 180 degrés. Du comics, il n’en reste que la moelle. Les personnages ont subi un petit lifting de nom et de physique dans l’écriture de Don Hall. Certains personnages ont carrément été supprimés pour des raisons de droits d’adaptation. Le Samouraï d’Argent, leader de l’équipe des comics n’apparaît pas dans le scénario des studios Disney, la 20th Century Fox détenant le personnage, ancien vétéran de la Confrérie des Mutants dans Marvel Comics et qui a côtoyé le mutant Logan dans le film Wolverine : Le Combat de l’Immortel. Don Hall et Chris Williams se sont attardés à créer de toute pièce un lieu unique pour caler l’intrigue : une ville hybride entre San Francisco et Tokyo, baptisée San Fransokyo. Ce joli coup créatif est l’aboutissement de plusieurs raisons : sceller le mélange des genres entre un urbanisme américain authentique et célèbre et une architecture nippone riche et moderne, mais aussi insuffler le folklore et l’esthétisme manga omniprésents dans la série comics, bref, mêler habilement deux cultures, l’une occidentale du comics, l’autre orientale du manga en une seule et même scénographie cinématographique. Le jeune héros en est d’ailleurs la personnalisation. Le résultat visuel est bluffant. La touche Disney est primordiale, par ailleurs, puisque Roy Conli nous explique que l’histoire de cette équipe est bien plus sombre sur papier glacé.

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Mais contrairement aux dires, Roy Conli a révélé s’être entretenu, lui et ses équipes, quelques fois avec certains pairs de Marvel comme Joe Quesada, directeur artistique de la filiale et Jeph Loeb, producteur télé. Ces derniers ont ajouté leur grain de sel dans le « story trust » pour parfaire l’aspect super-héroïque du film et respecter par la même occasion certains codes marvelliens. Mais le partenariat, soyez-en assurés, s’arrête aux paroles du producteur. La Maison des Idées n’a pas eu plus d’influence que ça dans la conception du film, à aucune étape d’ailleurs. Disney avait donc une totale liberté d’adaptation de ces personnages, sans se soucier de l’authenticité originelle des comics. Par ailleurs, il convient de rappeler que Marvel Entertainment n’a pour l’instant pas encore surfé sur la sortie du film, la maison d’édition aurait très bien pu ressortir les séries pour l’occasion.

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Dans les changements majeurs que l’on peut recenser entre la BD et le film, on peut noter celui du héros principal. Ainsi, Hiro Takachiro devient Hiro Hamada et est imaginé physiquement avec des traits japonais et caucasiens.  Ce jeune prodige de la robotique peut tout à fait s’apparenter à la jeunesse technologique orientale ou occidentale. Âgé de 14 ans, ce petit cerveau voue sa passion à l’électronique. Les résultats de son labeur connaissent un véritable succès dans les milieux « undergrounds » de San Fransokyo, où ses robots high-tech participent à des joutes. C’est son grand frère, Tadashi, qui le somme d’utiliser ses talents à d’autres causes plus nobles, en le poussant à entrer à l’Institut Technologique de la ville.BIG HERO 6

Roy Conli est revenu, avant d’aborder la liste des autres personnages, sur l’autre relation essentielle du film : celle de deux frères. Après les sœurs d’Arendelle, ce sont les frères Hamada qui marquent l’affection familiale du film. Tadashi Hamada est un garçon fiable ainsi qu’un grand frère exceptionnel.

Roy Conli explique : « Nous voulions avant tout que Hiro et Tadashi soient de vrais frères. Tadashi se montre un mentor intelligent vis-à-vis de son cadet. L’air de rien, il le présente à ses amis du San Fransokyo Tech, ce qui permet à Hiro de découvrir leurs travaux. Lorsque le jeune garçon voit Wasabi, Honey, Go Go et même Fred en action, il prend conscience qu’il existe autre chose que les combats de robots, quelque chose de bien plus intéressant. » (Pré-notes de production)

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La famille se complète par la présence de Tante Cass, qui veille à la fois sur Hiro et sur Tadashi. Cette dernière est propriétaire d’une très populaire boulangerie-pâtisserie-coffee de San Fransokyo. C’est une femme fière, exubérante et éperdue d’admiration pour ses deux petits génies de neveux, qu’elle soutient éperdument.

Un événement va venir perturber la vie du jeune Hiro (revirement dévoilé par le producteur en images) et lui faire prendre conscience de la maturité qu’il se doit d’acquérir. C’est alors que débarque dans son existence un certain robot nommé Baymax qui deviendra très vite son plus fidèle acolyte. C’est dans cette relation singulière que se forgera l’esprit des héros high-tech propulsés dans une mission de la plus haute importance…

C’est donc tout au long de cette présentation que le producteur nous a offert pas moins de 30 minutes d’images inédites (ou pas) du film. A travers ces multiples extraits, nous avons pu non seulement en apprendre davantage sur les tenants et les aboutissants de cette adaptation, mais nous nous sommes aussi familiarisés avec ses personnages. Les séquences diffusées durant cette prévue n’étaient pas finalisées pour certaines, avoue Roy Conli, à commencer par la bande sonore en cours d’achèvement. Au niveau de la musique, le groupe Fall Out Boy a collaboré avec les équipes de Disney pour certaines scènes. Par ailleurs, quelques effets visuels seront rajoutés aux images diffusées. Mais nous avons pu découvrir un aperçu assez abouti pour juger de la qualité du contenu.

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Revenons sur la présentation des personnages par Roy Conli. Si la relation qui unit les deux frères est l’un des fils rouges de l’intrigue, celle qui démarre avec Baymax la surpasse, et on comprend pourquoi avec les scènes des deux amis. D’une certaine manière, le lien entre Baymax et Hiro n’est que le prolongement de celui des deux frères, pour la simple et bonne raison que Baymax est une pure création de Tadashi. Baymax est à n’en point douter la future star des personnages du répertoire des Walt Disney Animation Studios. Sous ces traits rondelets, le nouveau personnage, qui crève assurément l’écran, a tout de la recette miracle, cumulant l’émotion de Disney, l’action et la dérision si chère au genre comics et enfin l’esthétique japonisante des mangas. Ce véritable condensé de genres qui lui vaut l’émerveillement du public est d’autant plus attirant que Baymax réussit à faire passer l’émotion sans réellement exprimer ses sentiments pourtant bien palpables. Sa condition de robot-soignant lui impose une apparence souvent figée, sereine et constante. Et pourtant, la voix de Scott Adsit, qui le double dans la version originale, fait passer toute l’affection, l’attention mais aussi la drôlerie du personnage. Véritable exercice de style !

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Baymax a longtemps préoccupé les têtes pensantes des studios qui cherchaient à trouver un design encore jamais vu pour un robot. Roy Conli nous raconte que les créateurs du personnage sont partis s’inspirer dans des universités américaines, notamment en Pennsylvanie. Dans ces centres de recherche comme Pittsburgh, certains universitaires planchaient sur une forme nouvelle de robotique conçue à partir de revêtements particuliers, en vue d’obtenir des résultats visuellement très organiques. Roy Conli nous a présenté, par exemple, un bras articulé gonflable, prouesse d’ingénierie, capable d’exécuter quelques tâches primaires. Les animateurs Disney se sont largement inspirés de ces travaux pour en sortir Baymax, oeuvre technique et artistique. Enfin, Roy parle du mouvement qui a été créé pour Baymax. Les créateurs se sont arrêtés sur le choix d’une démarche de bébé et celle d’un pingouin. Là encore, on est scotché devant le résultat.

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Enfin, Les Nouveaux Héros est avant tout un film de super-team. Et Roy Conli nous présente l’ensemble des coéquipiers qui allient non pas leurs super-pouvoirs comme on pourrait le penser, mais plutôt leur super-talents. Ces petits cerveaux mettent leurs capacités au service de la technologie. Les images diffusées nous présentant l’équipe sont totalement irrésistibles. Une longue scène du film se consacre ainsi à la découverte de leurs nouvelles(s) aptitude(s). Ces héros se composent ainsi de Fred, geek dans l’âme, mordu de comics et de monstres, Go Go Tomago, fille au moral d’acier et fonceuse, qui n’a jamais froid aux yeux, Wasabi, grand costaud maniaque, et peut-être le moins dégénéré d’entre tous, ce qui en fait l’œil du spectateur et enfin Honey Lemon, chimiste brillante et excentrique. Là aussi, on assiste à un revirement dans l’évolution des personnages des comics au grand écran. Les traits sont adoucis, américanisés pour certains, et les couleurs sont très pop. Ces personnages n’en restent pas moins très attachants, incarnant ce cocktail savant de l’esprit Disney, de la culture Manga et du divertissement Marvel, le tout servi avec une célébration des méninges au sens propre du terme, chose assez rare pour le souligner dans la culture populaire, où trop souvent la réalité est faussée.

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D’autres scènes saisissantes nous ont permis de mieux appréhender l’ensemble global de l’ambiance du film, comme le vol de Hiro sur le dos ailé de Baymax dans le ciel de San Fransokyo, une scène qui a sans doute nécessité plusieurs années de travaux. Baymax et Hiro sont, on l’a précisé plus haut, au centre de toute l’histoire. La scène de leur rencontre mais aussi celle de l’équipement de Baymax, appelé à devenir un super-soldat, et enfin celle d’une poursuite sont tout bonnement délectables et équilibrées. Toutes ces images en prévue confirment avec les bandes-annonces qu’il faut s’attendre à un grand cru de la part des Walt Disney Animation Studios. Roy Conli réaffirme sa fierté d’avoir pu mettre les moyens pour valoriser la vision de ses réalisateurs, empreinte de multiculturalisme, de modernité et de complexité graphique et scénaristique. Ce féru de comics (révélant sa préférence pour Thor et Superman) noue avec cette production un lien fort. Et il va sans dire que le long-métrage peut tout naturellement se réclamer d’une suite, même si le producteur insiste sur le fait que ses équipes n’ont jamais travaillé dans cette optique mais que si les réalisateurs étaient partants et avaient d’autres histoires dans leurs tiroirs, il ne verrait pas d’objection à accomplir un nouveau challenge.

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La Table Ronde avec Roy Conli

Suite à la Master Class sur les Champs Elysées, une dizaine de blogs de Fans Disney ou spécialisés en cinéma ont eu l’honneur de participer à une entrevue plus restreinte avec le producteur, au Park Hyatt Vendôme, durant une bonne vingtaine de minutes. Voici notre compte-rendu de cet événement :

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[Média] Quelles sont les différences principales du film et de la série comics ?

[Roy Conli] Il y a une bonne différence entre les comics et le film d’animation. L’idée de départ était que nous voulions nous inspirer d’un univers Marvel pour aboutir au film. Alors Don [Hall] a tout d’abord commencé à chercher le bon titre. Alors qu’il était en plein travail sur Winnie L’Ourson, il cherchait dans le même temps ce que la page Wikipédia avait concernant Marvel. Il a mis des semaines à chercher et finalement a retenu le titre de Big Hero 6, celui qu’il lui convenait le mieux. Il a trouvé ça cool car cela abordait la ville de Tokyo, le Japon. Pour lui, c’était vraiment à la base une déclaration d’amour à la culture pop nippone. Pour développer ce film, nous voulions vraiment partir de l’univers Marvel et progressivement aller vers un vrai film d’animation Disney et son univers. L’un des talents que nous prônons au sein des Walt Disney Animation Studios est la capacité à créer des histoires et des mondes uniques. Donc, John [Lasseter] et Don [Hall] se sont demandés s’il ne fallait pas mieux mêler deux mondes, pour que le résultat ait l’air à la fois familier et qu’en même temps soit assez évasif. L’une des grosses différences entre le film et les comics est le cadre : la ville s’appelle San Fransokyo alors que le comics voit son action se dérouler à Tokyo. Les personnages eux-mêmes : d’abord, Baymax n’est pas un robot nurse dans la série, Wasabi n’est pas afro-américain. L’esthétique des personnages a radicalement changé et l’histoire a été retravaillée aussi. Voilà ce que Marvel et John Lasseter ont voulu en souhaitant aborder un comic book et en faire un film.

[Radio Disney Club] Les Nouveaux Héros peut-il s’inscrire réellement dans la lignée des films précédents (La Reine des Neiges, Raiponce…) sans casser les codes mis en place, de par l’univers installé ?

[Roy Conli] Je pense que c’est un monde à part, un nouvel univers, des nouveaux personnages. J’ai expliqué que San Fransokyo est la ville d’un nouveau futur, d’un univers parallèle. Dès les premiers plans, le spectateur est ébloui par des vues magnifiques et immergé dans cet univers, comme avec le Golden Gate Bridge, qui a une architecture Shinto, puis après le port de la ville. Dès le départ, le public se sent dans un autre endroit familier et en même temps très éloigné. Nous voulions construire un futur qui soit réconfortant et attirant et non pas sombre. Voilà ce qu’est San Fransokyo. C’est un peu comme dans Blade Runner, il y a une ville qui semble normale et pourtant…

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[Médias] Avez-vous collaboré avec Steven T. Seagle et Duncan Rouleau, les créateurs du premier comics ?

[Roy Conli] Oui, bien-sûr. Nous avons travaillé avec eux dans un premier temps puis avec Joe Quesada et Jeph Loeb, qui avaient un droit de visionnage sur le film.

[Médias] Ce film se déroule au Japon. Pensez-vous que l’amitié entre John Lasseter et Hayao Miyazaki y est pour quelque-chose ?

[Roy Conli] Oui, c’est une question intéressante. Non, parce que l’histoire originale se déroulait à Tokyo, c’est quelque-chose qui a heurté Don au début. Par ailleurs, quand on a cherché plusieurs types de robots, les robots occidentaux sont plutôt considérés comme destructeurs pour l’humanité, tandis que les robots japonais sont plus doux et ont tendance à protéger et aider les humains. Et Miyazaki a fait effectivement plusieurs robots de ce genre. J’aime à penser que le film rend hommage à l’union de l’est et l’ouest du Pacifique et au multiculturalisme.

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[Médias] Est-ce qu’un court métrage inédit consacré à Baymax pourrait figurer dans les bonus du DVD/Blu-Ray du film ?

[Roy Conli] Oui, nous travaillons actuellement sur le DVD dans le département vidéo. Il y aura effectivement du contenu inédit.

[Médias] Comment avez-vous procédé pour la musique de ce film et comporte-t-il des chansons pour ses personnages ?

[Roy Conli] [Ravi que vous me posiez cette question.] Une chanson est présente, en fait non, deux morceaux. Mais une vraie chanson a été développée pour le score. Le compositeur Henry Jackman, à qui l’on doit la bande-originale Kick Ass, l’une de mes favorites, Capitaine Philipps, X-Men : Le Commencement ou Les Mondes de Ralph. Il adore l’animation. Il est conscient du fait que dans ce genre, l’univers est toujours exagéré. La méthode est presque simple. On se donnait rendez-vous une fois par semaine au studio, après le travail. C’était au studio de Santa Monica. On s’asseyait et il jouait pendant 10 à 15 minutes. Non, en fait, nous allions avant tout dîner, car nous sommes des gens bien élevés. On prenait d’abord des notes, nous partions ensuite. Et on revenait la semaine suivante en réécoutant 10 à 15 minutes de plus que la semaine précédente et nous parlions encore… Nous avions une collaboration très proche. Nous nous sommes donc mis d’accord sur le fait que la première scène du film, celle de Hiro et Baymax en vol, devienne la scène clef du film au niveau de l’ambiance musicale de l’ensemble.  Il est important pendant cette scène que le public ressente les sentiments d’évasion et de joie d’Hiro. En ce qui concerne les chansons, il ne s’agit pas d’une comédie musicale. La vraie chanson du film est du groupe Fall Out Boy. Patrick Stump, le leader chanteur du groupe, est une véritable boule d’énergie. On leur a montré la scène où nous voulions la chanson et ils nous ont fait plusieurs propositions. Il y avait une chanson magnifique mais un peu lente. Il était important de trouver le rythme adéquat. Ils ont retravaillé leurs morceaux et ont fait plein d’expérimentations, alors qu’ils étaient en tournée de concerts à ce moment-là. Un très bel investissement qui a abouti sur un morceau parfait.

[Médias] Parlons technique, il s’agit sûrement d’un des films CGI avec le plus de décors, est-ce que vous avez inventé un nouveau logiciel pour cette fameuse ville ?

[Roy Conli] C’est une bonne question. Il y a un certain nombre de logiciels que nous avons utilisés et d’autres que nous avons créés de toutes pièces. Nous avons d’abord travaillé avec un logiciel qui permet de construire des villes. Nous avons pu utiliser les cartes géographiques et géologiques officielles des États-Unis, en particulier de San Francisco, et les mettre dans notre logiciel. Ce que nous avons fait ensuite, c’est une exagération ou une caricature de San Francisco. Les bâtiments sont devenus un peu plus grands, les vallées un peu plus profondes. Nous avions presque une photo exacte de la ville que nous avons pu modeler selon notre besoin. Nous avons ainsi construit 80 000 structures uniques pour la ville ! C’était très rigoureux, presque rationnel mais nous avons pu y rajouter ensuite une multitude de détails, en particulier lors des scènes importantes avec Hiro. A côté de ça, nous avons beaucoup joué la carte de l’intervention artistique pour donner vie à la ville, comme les panneaux publicitaires et tout ce genre de choses qui font de l’urbanisme animé un lieu de vie. L’autre logiciel important a été celui qui a permis de développer la foule. Déjà, dans Le Bossu de Notre-Dame, un tel logiciel avait été mis en place pour l’animation 2D. A cette époque, c’est ce qui se faisait de mieux. Si l’on regarde, depuis, beaucoup de films en CGI, le procédé n’a pas forcément beaucoup évolué : on voit que les gens dans une foule sont globalement créés via un copier/coller, en changeant les couleurs et/ou les costumes. Denizen, le logiciel que nous avons développé, nous a, lui, permis de recréer individuellement les personnages. Chaque personnage dans la foule est unique ! La chose amusante, c’est que l’on a pu demander à chacun des 400 personnes travaillant sur le film, et tous ceux qui travaillaient dans le studio, de créer leur propre personnage et donc d’être dans le film. Ainsi, chacun a modélisé un personnage un peu à son image et c’est pour cela que dans la foule, il y a beaucoup de nos animateurs ! Le troisième logiciel d’importance que nous avons utilisé agit, pour sa part, sur la circulation dans la ville. Nous voulions que San Fransokyo soit une vraie ville, pas une ville artificielle, sans vie, sans mouvements. Enfin, le dernier logiciel du projet est Hyperion, un développement étonnant fait en interne qui permet de créer des effets de lumières jamais vus auparavant. (Traduction : Chronique Disney).Les nouveaux héros Baymax

[Médias] Il semble que d’une année sur l’autre, il y ait un film pour les filles, un film pour les garçons ? Que penser de celui-ci ?

[Roy Conli] Je ne pense pas que nous faisons des films pour filles ou garçons. Nous les faisons pour tout le monde. Si vous regardez les statistiques de ceux qui ont aimé Frozen, vous aurez la même part de garçons et de filles. Nous avons fait une projection test en juin dernier en Arizona et avons établi des statistiques à la sortie de la séance. Il s’avère que le film a plu autant aux filles qu’aux garçons. Il y a un grand dénominateur commun dans Les Nouveaux Héros : son nom est Baymax. On ignore pour quelles raisons, mais ce personnage est adulé de tous immédiatement : filles ou garçons. Ce qui est amusant, quand il s’agit de produire un film comme Raiponce ou ce projet, ce n’est pas de faire un film pour des filles ou des garçons, non, mais de faire des productions diversifiées. Avec, pour moi, je pense, toujours un facteur commun : Les Nouveaux Héros est un comics, Raiponce est un conte, Le Bossu de Notre Dame ou La Planète au Trésor – Un Nouvel Univers sont des romans. Donc, je pense que je suis le producteur qui adapte des livres en film. Merci.

La Table Ronde s’est ainsi achevée, nous laissant surexcités à l’idée de patienter plusieurs mois avant la sortie du nouveau Disney, Les Nouveaux Héros. Assurément, le film promet moult surprises, qu’elles soient visuelles ou scénaristiques. Cette prévue nous aura permis de confirmer nos premières impressions : Disney a trouvé le bon équilibre pour recréer un univers spécifique de chez Marvel, sans en altérer l’essence, tout en y affirmant sa patte. Ce future chef d’oeuvre s’annonce flamboyant, épique et émouvant !

Les Nouveaux Héros : Disney crée son univers Marvel
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