Luc Jacquet présente son nouveau film : L’Empereur !

Publié par Cécile Champion le 16 février 2017 | Maj le 4 juin 2017

L'empereur

Lundi soir avait lieu la table ronde avec Luc Jacquet qui nous présentait son nouveau film : L’Empereur. Lambert Wilson, aussi présent, est la voix off de ce nouveau DisneyNature

L’Empereur, l’appel de l’Antarctique

Douze ans après le succès de La marche de l’Empereur, Luc Jacquet réalise un second film à propos des manchots du continent austral. On pourra y suivre les aventures d’un jeune manchot qui se prépare à son premier voyage. Nous observerons comment il se débrouillera pour survivre et rejoindre l’océan, traversant diverses épreuves pour accomplir son destin.

Les images sont à couper le souffle, immersives et totalement engageantes. On peut ressentir le froid dans lequel l’équipe a dû tourner, à travers des scènes glaciales et paisibles. Tout comme les autres Disneynature, on s’attache et un lien se crée avec le petit.

« Cet appel secret, cet instinct qui permet à l’Empereur de réaliser le prodige d’être vivant là où plus personne d’autre ne vit […]. Je ne l’avais pas perçu lorsque j’avais écrit « La Marche de l’Empereur. Cette fois j’ai côtoyé les Empereurs avec un regard apaisé, disponible, et j’ai été bouleversé par le magnétisme de l’Appel« , confie Luc Jacquet.

Interview de Luc Jacquet et de Lambert Wilson

Le réalisateur Luc Jacquet et Lambert Wilson, prêtant sa voix au film

Pouvez-vous nous faire le constat entre 2005 avec la Marche de l’Empereur et L’Empereur tourné l’année dernière ? 

Luc Jacquet : On savait ce qu’il se passait. Que le réchauffement était opérationnel avec des fontes absolument colossales. Ça va très vite, on avait +20° avant-hier par rapport aux moyennes normales en Antartique ; donc c’est considérable.

L’empereur est extrêmement lié comme vous l’avez vu dans le film au cycle de la banquise. Pas assez de banquise, il n’a pas de support stable pour élever son poussin, trop de banquise, il a trop à marcher et il n’a pas le temps de ravitailler son poussin avec des fréquences assez fortes. C’est ce qui est en train de se passer aujourd’hui. On a eu énormément de chance l’année dernière sur l’expédition d’avoir une colonie extrêmement bien portante. Cette année, absolument catastrophique, cet été austral qui se termine est aussi catastrophique, les deux années avant ont été catastrophiques. Ça veut dire que sur 3 générations donc sur les  2500/3000 poussins qui ont éclos, il n’y en a quasiment aucun qui survit. S’il n’y a plus d’empereur, ça veut dire que tout est déréglé y compris chez nous. C’est un signe en plus pour dire que notre avenir est extrêmement menacé. Moi ce que j’aimerais avec le film c’est que les gens se disent : « okay j’ai compris, c’est beau, c’est précieux c’est incroyablement adapté, c’est peut être le symbole de la lutte pour la vie et je ne veux pas perdre ça ». Et l’idée c’est d’arriver à mettre les gens en mouvement sur des valeurs qui sont des valeurs positives, des valeurs d’attachement. On a toute la technologie aujourd’hui, on a des sociétés qui sont stables, on a l’énergie pour ça alors mettons nous en route. Ça serait pour moi l’idéal car il se trouve que l’histoire ces derniers temps à tendance à me donner tort.

Lambert Wilson : Tu as répondu à toutes les questions là (rires).

Luc Jacquet : C’est un sujet qui, comme vous l’avez vu, me tient à cœur.

D’où vous est venue l’idée de tourner un nouveau film sur cette espèce ? Quel message avez-vous à rajouter par rapport au premier film ?

Luc Jacquet : Je pense souvent à ces réalisateurs qui sont obsédés par un acteur ou une actrice. Parce qu’il/elle dégage quelque chose, que nous, en tant que réalisateur, on essaye de saisir. On peut appeler ça un charme, on peut appeler ça une magie peu importe. Moi cette espèce me fascine. Il y a quelque chose que j’essaie de saisir et que je cherche à chaque fois. Ça ne veut pas dire que je vais en faire 10 ou 15. J’étais toujours resté dans la frustration pour La marche de ne pas avoir pu aller dans son univers sous marin. Là, j’avais à la fois les hommes qui me permettaient de faire ça et la technologie. J’avais envie aussi, parce que ça fait 5 long-métrages que je fais sur la nature, de me dire « est-ce que je suis capable, avec cette espèce qui est absolument unique et qui a mon sens est la seule à pouvoir autoriser ça, de travailler avec la grammaire du cinéma pour raconter une histoire ». Vous faites pas du chant contre chant avec un tigre ou un éléphant. L’Empereur le permet. Et c’était vraiment une forme de défi personnel que d’arriver à m’intéresser, à mettre en avant un personnage dans une foule car ils se ressemblent tous. C’était aussi pour moi une façon de me projeter dans quelque chose d’un peu plus compliqué.

Comment vous avez fait pour différencier le héros du film des autres congénères ?

Luc Jacquet : C’est au filmage et au montage. C’est à la prise de vue avec une caméra qui se focalise sur un individu et qui va laisser hors champs les autres.

Mais vous devez tout le temps les suivre à la caméra ? Parce qu’à un moment on s’y perd avec tous ces animaux…

Luc Jacquet : j’espère que le public ne s’y perdra pas trop !

Pouvez vous nous parlez de votre collaboration sur ce film avec le compositeur Cyrille Aufort ?

Luc Jacquet : Cyrille devient aujourd’hui un vieux complice qui a cette capacité à traduire des émotions qui sont toujours difficiles à formuler. Il a vraiment cette capacité de se mettre au service du film sans ego. C’est-à-dire que comme beaucoup de gens, il se dit : « je sais faire des choses, j’ai un talent que je mets au service du film et le reste ne compte pas ». Parce que ce qui compte, c’est quelque chose qui nous transcende tous. Et Cyrille le fait très très bien.

On a pu voir un petit making-off de votre expédition où on voyait des empereurs vagabonder autour de la caméra et de votre équipement. Comment avez-vous fait pour les éloigner ? Ou vous avez attendu ?

Luc Jacquet : Non, c’est juste qu’il faut aller doucement. Il y a toujours une distance de sécurité. Il y a un moment où on sent qu’ils commencent à vous éviter donc quand vous avez un peu ce feeling là, vous vous dites « ok je suis trop près » et juste en avançant, eux vont commencer à reculer. Ce qui m’a permis de reprendre ma caméra. Mais pour l’anecdote : j’ai attendu 8 jours avant que les petits se mettent à l’eau. La première fois qu’ils se sont mis à l’eau, ils se sont mis juste sous ma caméra. Je ne pouvais pas tourner. Je devais être quelque chose d’à peu près stable pour eux dans le paysage et ils sont venus. Donc c’est un peu agaçant pour tout vous dire.

Ma fille en voyant le film, voulait adopter un pingouin. Je voulais que vous lui expliquiez pourquoi elle ne pourra pas !

Luc Jacquet : Le manchot empereur a une température de base, où il est confortable, de -20. Donc ça veut dire qu’il faudrait habiter dans un gros congélateur pour qu’il soit à l’aise sinon il aurait vite trop chaud. Aussi, il n’y a rien qu’il aime autant que nager, et nager profond. Le 3e point, c’est un animal qui mange un poisson particulier qui ne vit qu’en Antarctique et seulement là-bas. Ça vous ferait donc cher d’envoyer des bateaux pour aller pécher jusque là-bas. Et le 4e point c’est que les animaux sauvages sont tellement beaux dans leur milieu naturel !

Comment se scénarise un document comme ça? Est-ce que vous savez à l’avance l’histoire que vous voulez raconter ou c’est en fonction des images que vous arrivez à filmer ?

Luc Jacquet : Là, l’histoire très objectivement, je la connaissais par cœur puisque le cycle des manchots empereurs est toujours le même. L’enjeu était vraiment de trouver un angle qui permettait de suivre un personnage et que la caméra aide le spectateur à suivre ce personnage. Ce que j’aime bien aussi, quand on ramène les rushs au studio de montage, c’est de s’apercevoir qu’il y a toujours des petites choses qui nous échappent. Il y a certaines images qui sont plus magiques que d’autres. A un moment, une image devient transcendante et j’aime bien aller chercher ça parce que ça a beaucoup plus de force que la simple description. Il y a un autre élément, c’est tout le travail que nous avons fait avec Lambert. C’est ramener par la voix une émotion et les éléments nécessaires pour qu’on comprenne l’histoire sans qu’on ait l’impression qu’il y ait quelque chose de plaqué. Et ça c’est du cinéma. Pas trop de voix mais assez, faire passer un maximum de choses par le jeu de l’acteur. C’est ça qui est intéressant de travailler avec Lambert. C’est qu’il va vous trouver une expression là où il aurait fallu plusieurs phrases.

A quel moment Lambert Wilson est arrivé sur le projet ?

Lambert Wilson : J’aurais bien aimé être sur le tournage mais je suis arrivé très tard. En fait, le film était déjà monté et Luc avait préparé le texte qu’il a continué d’écrire jusqu’au dernier moment. Ce qui est particulier dans ce travail là, c’est les metteurs en scène qui font ces films. Ils prennent énormément de temps, vivent avec les mots qui vont accompagner ce film qu’ils enregistrent et ont souvent une attente très particulière.  Cela nécessite une phase de direction de l’acteur pour que le metteur en scène retrouve son rêve. Parce que lui a vécu très longtemps avec ça. Il a entendu ses commentaires, il les a imaginés, peaufinés pendant des mois. A un moment donné, il les met en forme plus ou moins définitivement car il faut bien enregistrer. Luc est particulièrement exigeant et précis dans ses indications musicales, là où d’autres auraient pu être convaincus facilement. La matière est assez réduite et il ne faut pas se tromper quand à la façon de colorer ce matériel.

Vous êtes très attaché à la nature, ça ne vous tenterait pas de partir en expédition comme Luc ? 

Lambert Wilson : J’étais parti en expédition en Antarctique pour le tournage de l’Odyssée. C’est très particulier. L’image filmée m’intéresse, mais là, on parle du travail d’une vie, je n’ai pas de formation de biologiste. Je ne peux qu’être témoin de ce qui se passe autour de moi. Si Luc me propose de partir en Antarctique avec lui, j’irai. Pour moi, c’était la rencontre extraordinaire avec un continent, c’est le plus beau voyage que j’ai fait de ma vie. Je pense que ce qui m’a plu c’est qu’il n’y avait pas d’humains (rires). Je ne vais pas dire que je suis contre les humains mais en même temps, qu’il y ait un territoire ou leurs actions sont très limitées soit par les conditions physiques ou soit par la loi car on a pas le droit de s’emparer de ces territoires, ça fait du bien. A une époque où on dévaste tout et que les nouvelles ne sont pas très bonnes, au niveau de la protection de l’environnement, on est très ému par le fait d’être là sur ce territoire. Ça raconte surtout un voyage dans le temps, le temps où l’homme n’est pas encore en train de dévaster tout et où il n’existe même pas du tout.

Luc Jacquet : Moi je crois que je ne connais pas une personne qui soit allée en Antarctique qui ne dit pas ce qu’a dit Lambert. Les anglais ont un mot pour ça : l’Antarctique bite, la morsure de l’Antarctique. Et je vous assure que c’est quelque chose qui est inexplicable parce qu’en dépit du charme du lieu, qui est extrêmement loin, extrêmement dur, il faut un mois rien que pour y aller et revenir mais il y a un charme qui est incroyable. La beauté de ce paysage qui change en permanence au moindre changement de lumière, parce que tout est blanc donc le paysage accepte n’importe quelle lumière que lui donne le ciel ou le soleil. La confrontation avec la puissance de ce continent est quelque chose d’incroyable, dans cette dimension, dans le rapport au vent, dans le rapport à la tempête. C’est quelque chose qui est inimaginable et peut-être aussi le plaisir de se sentir petit à sa juste place et d’appréhender le défi que ça représente. Cette leçon de modestie ou de sagesse y est pour beaucoup dans le charme du lieu.

C’est le deuxième film que vous faites sur l’Empereur. Est-ce que vous avez d’autre histoires à raconter sur cette espèce pour des films à venir ? Ou est-ce que vous envisagez d’autres documentaires sur l’arctique ? Ou sur d’autres univers comme vous avez pu le faire pour Il était une fois la forêt ?

Luc Jacquet : Oui, j’avais juré que je ne referai pas de documentaire sur l’empereur et me revoilà 12 ans plus tard. Je ne vais pas vous faire une promesse que je ne vais pas tenir. J’ai un métier fabuleux. C’est un métier qui me permet d’être curieux dans ce que je fais et d’aller à peu près partout. Après il y a une dimension qui est plus militante avec cette mobilisation pour la biodiversité et pour un monde qui soit vivable. Ça c’est quelque chose qui m’agite beaucoup. Je crois que je suis toujours tiraillé entre l’amour que j’ai pour le cinéma, pour les films de fictions et ce plaidoyer permanent que j’ai. Alors oui, je dirais probablement en arctique. Je devais faire le passage du nord-est cette année. Je ne le ferais pas car les russes sont en train de durcir considérablement les autorisations sur ces lieux là. Mais oui ce sont des lieux qui m’attirent aussi. Différemment parce qu’il y a l’aspect culturel : l’homme habite l’Arctique depuis très longtemps.

Rendez-vous dès le 15 février au cinéma !

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