Pantoufle de verre ou de vair ? La vraie histoire de Cendrillon

Publié par Fiona Rodrigues le 18 juin 2026 | Maj le 18 juin 2026

« Pantoufle de verre ou de vair ? » Voici la réponse claire, avant tout débat : dans le conte de Charles Perrault (1697), il s’agit bien d’une pantoufle de verre. C’est la seule forme attestée dans le texte original, et c’est aussi celle qu’a reprise Disney en 1950. La théorie de la « pantoufle de vair » (fourrure d’écureuil), popularisée par Honoré de Balzac au XIXe siècle, est aujourd’hui considérée comme une erreur par les linguistes et par l’Académie française. On vous explique pourquoi.

La pantoufle de verre de Cendrillon dans le film Disney de 1950

La pantoufle de Cendrillon vue par les Studios Disney

Pantoufle de verre ou de vair : la réponse en une phrase

La pantoufle de Cendrillon est de verre. C’est le mot employé par Charles Perrault dès le titre de son conte en 1697, et aucune version recueillie avant le XIXe siècle ne parle de « vair ». L’idée d’une pantoufle de vair, c’est-à-dire d’une chaussure en fourrure, est une hypothèse tardive née sous la plume de Balzac. Elle repose sur l’homophonie entre « verre » et « vair », deux mots qui se prononcent de la même façon mais n’ont rien à voir.

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Autrement dit : si la question « verre ou vair ? » revient sans cesse, la réponse historique et linguistique est tranchée. Le verre l’emporte.

Le conte de Perrault : « la petite pantoufle de verre »

Le conte de Cendrillon traverse les siècles, mais sa version la plus connue est celle que Charles Perrault publie en 1697 dans Les Contes de ma Mère l’Oye. Dès le titre, l’auteur indique la matière de la chaussure :

« Cendrillon ou la petite pantoufle de verre »

Le mot « verre » apparaît aussi dans le corps du texte, sans la moindre ambiguïté, au moment où la marraine la bonne fée transforme la tenue de Cendrillon :

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« Sa maraine ne fit que la toucher avec sa baguette, & en même tems ses habits furent changez en des habits de drap d’or & d’argent, tout chamarrez de pierreries : elle luy donna ensuite une paire de pentoufles de verre, les plus jolies du monde. »

Le texte est en français du XVIIe siècle, mais le mot « verre » a gardé exactement la même orthographe à travers le temps. Membre de l’Académie française, Perrault maîtrisait parfaitement sa langue : une confusion involontaire entre deux mots aussi différents paraît hautement improbable. Pour lui, le verre était une matière rare, récente et précieuse, parfaite pour souligner le caractère féerique de la chaussure magique.

La théorie de Balzac : d’où vient la « pantoufle de vair » ?

L’idée d’une pantoufle de vair ne vient pas d’un manuscrit ancien, mais d’un roman du XIXe siècle. En 1841, dans son roman Sur Catherine de Médicis, Honoré de Balzac fait dire à l’un de ses personnages, un pelletier (artisan qui travaille les peaux et les fourrures), que la pantoufle de vair aurait dû être en fourrure, et non en verre :

« La difficulté de se procurer les fourrures, qui tirées du Nord exigeaient de longs et périlleux voyages, donnait un prix excessif aux produits de la pelleterie. […] On distinguait le grand et le menu vair. Ce mot, depuis cent ans, est si bien tombé en désuétude que, dans un nombre infini d’éditions de contes de Perrault, la célèbre pantoufle de Cendrillon, sans doute de menu vair, est présentée comme étant de verre. »

Le vair est une fourrure issue du petit-gris, une variété d’écureuil au pelage gris et blanc. Au Moyen Âge, ce vair était une matière de luxe, réservée à la noblesse, aux ducs et aux seigneurs, et utilisée pour récompenser les héros de guerre. Cette fourrure tirée du Nord, difficile à se procurer après de longs et périlleux voyages, valait très cher. L’argument de Balzac est séduisant : selon lui, le mot « vair » étant tombé en désuétude, les imprimeurs l’auraient remplacé « par erreur » par « verre », par simple effet d’homophonie. Cette hypothèse sera ensuite reprise par le lexicographe Émile Littré dans son célèbre dictionnaire, puis par des auteurs comme Anatole France, Arsène Houssaye ou Pierre Larousse, « au nom de la raison ». La pantoufle de vair entrait ainsi dans la légende.

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Pourquoi la théorie du vair est-elle fausse ?

Aussi répandue soit-elle, la version « pantoufle de vair » ne résiste pas à l’examen des faits. Plusieurs arguments la contredisent :

  • Le texte d’origine dit « verre » : aucune édition ou version recueillie antérieure à Balzac (1841) ne mentionne le vair. La correction est une reconstruction tardive, pas une découverte.
  • Perrault ne pouvait pas se tromper : académicien et lettré, il connaissait les deux mots. L’erreur d’imprimerie répétée sur deux homophones aux sens si éloignés est invraisemblable.
  • Le verre sert le récit : une chaussure de verre est magique, fragile et ne peut chausser qu’un seul pied. Cela explique pourquoi personne d’autre que Cendrillon ne peut la porter. Une pantoufle de fourrure, souple, irait à beaucoup de pieds et ferait perdre tout l’enjeu du conte.
  • Le vair ne couvre pas le talon : les chaussons de fourrure de l’époque laissaient le talon à découvert, ce qui contredit l’image de la pantoufle perdue dans l’escalier.
  • La magie disparaît : remplacer le verre par de la fourrure ôterait toute la dimension féerique des pouvoirs de la marraine la bonne fée, ce qui n’est pas le but d’un conte.

La plupart des spécialistes y voient donc une invention poétique délibérée de Perrault, et non une faute. Balzac reste à ce jour le premier à avoir évoqué une pantoufle en fourrure animale.

L’avis des linguistes et de l’Académie française

Le débat « verre ou vair » est revenu jusque sur le bureau de l’Académie française. Sa position est aujourd’hui claire : elle retient bien la pantoufle de verre, conforme au texte de Perrault, sans condamner totalement la variante du vair restée dans l’imaginaire collectif. Les linguistes rappellent que la forme attestée est « verre » et qu’il n’existe aucune preuve écrite, avant le XIXe siècle, d’une « pantoufle de vair ».

Le débat est donc surtout un beau cas d’homophonie : deux mots qui se prononcent pareil, mais dont un seul, « verre », correspond à ce qu’a réellement écrit Charles Perrault. La théorie du vair est une légende savante, élégante mais erronée.

Et chez Disney ? La pantoufle de verre, sans hésitation

C’est en 1950 que les Studios Disney portent Cendrillon à l’écran pour la première fois, en s’inspirant directement du conte de Charles Perrault. Sans surprise, le film choisit des escarpins en verre, pour leur côté authentique et féerique. Disney va même plus loin : la fragilité du verre devient un ressort dramatique, puisque la marâtre brise la pantoufle juste avant que Cendrillon ne puisse l’essayer.

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Ce choix a définitivement ancré la pantoufle de verre dans l’imaginaire mondial. On la retrouve d’ailleurs comme un symbole fort parmi les héroïnes du studio, à découvrir dans notre liste officielle des princesses Disney.

Les autres versions de Cendrillon : ni verre, ni vair

Le conte de Cendrillon, conte de fées par excellence, existe sous des centaines de variantes à travers le monde, et la matière de la chaussure y est rarement précisée. En France, sur la trentaine de versions du conte populaire recensées, seules quelques-unes évoquent des pantoufles de verre, d’autres parlant d’or, de souliers en verre ou en cristal. Selon les éditions et les interprétations, la matière du soulier change donc d’un texte à l’autre.

Les Frères Grimm, eux aussi séduits par l’histoire, en ont écrit une version intitulée Aschenputtel. Pas de verre ni de vair cette fois, mais des pantoufles brodées de soie et d’argent :

« Alors l’oiseau lui lança une robe d’or et d’argent, ainsi que des pantoufles brodées de soie et d’argent. »

Quant au vair, s’il avait existé dans le conte, il poserait un problème supplémentaire à notre époque : on imagine mal la douce Cendrillon, amie de tous les petits animaux, porter des escarpins en fourrure d’écureuil. On ne voudrait pas d’une seconde Cruella d’Enfer !

FAQ : pantoufle de verre ou de vair

La pantoufle de Cendrillon est-elle de verre ou de vair ?

Elle est de verre. C’est la matière indiquée par Charles Perrault dans son conte de 1697, et c’est aussi le choix de Disney en 1950. La version « de vair » est une théorie du XIXe siècle considérée comme erronée.

Pourquoi parle-t-on de « pantoufle de vair » ?

À cause de l’homophonie entre « verre » et « vair » (une fourrure d’écureuil). En 1841, Honoré de Balzac a suggéré que « verre » était une erreur pour « vair ». Émile Littré et d’autres ont repris l’idée, mais elle n’est appuyée par aucun texte ancien.

Qu’est-ce que le vair exactement ?

Le vair est une fourrure issue du petit-gris, une variété d’écureuil au pelage gris et blanc. Très prisée au Moyen Âge, c’était une matière de luxe réservée à la noblesse. Le mot est ensuite tombé en désuétude.

Que dit l’Académie française sur la pantoufle de Cendrillon ?

L’Académie française retient la pantoufle de verre, conforme au texte de Perrault, tout en reconnaissant que la variante du vair s’est installée dans l’imaginaire. La forme attestée reste « verre ».

De quelle matière sont les pantoufles chez les Frères Grimm ?

Dans la version des Frères Grimm (Aschenputtel), les pantoufles ne sont ni en verre ni en vair, mais brodées de soie et d’argent.

Alors, pour vous, la pantoufle de Cendrillon est de verre ou de vair ? Le verdict des linguistes est tombé : c’est bien le verre. Mais la légende du vair, elle, a la vie dure.

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6 commentaires sur "Pantoufle de verre ou de vair ? La vraie histoire de Cendrillon"
  1. DA CRUZ

    Sans aucun doute, la pantoufle ne peut être que de vair comme décrit à l’initiale. Une pantoufle à la différence du sabot se doit d’être souple et confortable, une princesse ne pouvait porter que ce qu’il y avait de plus riche et de plus beau, même de nos jours c’est ce qui fait rêver.

  2. Ferras

    A l’Opera Bastille qui donne en avril 2022 le Cendrillon de Massenet le sous-titrage fait état d’une pantoufle « de verre » et non pas « de vair »; ça m’a beaucoup choqué lors de la représentation… mais l’article ci-dessus sur le sujet autorise les deux orthographes…

  3. Sobriquet

    Pour moi, quand j’étais petit, c’était « de verre ». Alors ça restera « pantoufle de verre » et pis c’est tout :p

  4. a

    C’est choquant : pantoufle de verre, les enfants ne comprennent pas !
    Lorsque j’étais enfant, je déclarais qu’il était impossible de fabriquer des chaussons avec du verre, qu’on inventait
    n’importe quoi, pour attirer les enfants, j’étais alors railléepar mes camarades de classe

  5. de RUS MaiTH

    CENDRILLON est conte et « un rêve » car elle est l’Amie des oiseaux, souris, chevaux, et écureuils… Elle leur parle d’ailleurs et vont jusqu’à l’habiller….
    Donc ne détruisons pas ce rêve et cette magie qui fait que sa chaussure était en verre. Car seule la magie pouvait lui permettre d’y mettre son pied et de pouvoir rejoindre son PRINCE.
    La pantoufle en peau de petit écureuil ne fait pas du tout rêver! Même si « Vair » peut être admis par les « puristes » insensibles à ce petit animal si charmant
    (J’en ai qui viennent manger les graines de mes oiseaux, je ne leur dirais pas!).
    Gardons notre Ame d’enfant.

  6. Garcia

    c’est choquant une pantoufle de verre ? Et un carrosse qui se transforme en citrouille ? c’est vrai qu’on en voit tous les jours… et le Père Noë ? et le loup qui mange la grand mère du petit chaperon rouge ? et j’en passe….
    il faut un peu réfléchir à ce qu’on écrit. dans un conte on entre dans un univers féerique.Dans ce monde onirique et magique les enfants peuvent appréhender des situations complexes et adhérer à des solutions extraordinaires. Ainsi une pantoufle de verre, comme l’a orthographié l’auteur, Charles Perrault, est un terme pertinent qui ne choque pas l’imaginaire fertile des enfants.

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