Cendrillon porte-t-elle des pantoufles de verre ou de vair ?

Publié par Fiona Rodrigues le 15 avril 2019 | Maj le 14 avril 2019

Classique de la littérature française mais aussi l’un des films classiques de la firme Disney, Cendrillon continue de faire rêver un grand nombre de jeunes filles. Pourtant, entre la version que nous connaissons chez Disney et les contes d’origine, la matière de la pantoufle n’est pas la même… Alors plutôt verre ou vair ?

La pantoufle de Cendrillon vue par les Studios Disney

Une homophonie très ancienne

Ancien conte et écrit il y a maintenant plusieurs siècles, Cendrillon est une histoire pour enfant mais aussi pour adulte puisque, comme tous les contes, il présente une fin moralisatrice. Le conte prend vie en 1697 dans sa version la plus connue grâce à Charles Perrault. Pourtant, depuis le XIXème siècle, un débat revient souvent en France autour de la composition des pantoufles. Cette question est bien entendue propre à la langue française.

Dans son ouvrage Les contes de ma Mère l’Oye, Charles Perrault indique déjà la matière de la pantoufle dans le titre du conte :

« Cendrillon ou la petite pantoufle de verre »

C’est en 1950 que la version de Disney sera pour la première fois présentée au cinéma en choisissant des escarpins en verre pour un côté plus authentique et féerique, en suivant de près le conte de Charles Perrault. Pourtant, lorsque l’on regarde la version écrite de Perrault, il fait clairement mention du verre :

Sa maraine ne fit que la toucher avec sa baguette, & en même tems ses habits furent changez en des habits de drap d’or & d’argent, tout chamarrez de pierreries : elle luy donna ensuite une paire de pentoufles de verre, les plus jolies du monde.

Le texte étant en vieux français, certains mots auraient pu être mal compris. Cependant, le mot verre a gardé la même écriture à travers le temps.

Pourtant, cette version n’est pas du goût de tous.  Et pour cause, c’est avec un roman, Sur Catherine de Médicis, écrit par Honoré de Balzac que la question sur la matière de ses escarpins a commencé. L’un des personnages, qui est pelletier (artisan qui travaille les peaux d’animaux) parle en effet d’une paire de pantoufles de « vair » et non de verre. Pour le personnage, la matière des souliers est mal orthographiée et devrait être, selon l’époque du conte, plutôt en vair, c’est-à-dire en fourrure d’écureuil gris. De plus, cet avis est personnel  mais cela n’a pas empêché pour autant que cela devienne une réelle interrogation, depuis, pour un grand nombre d’entre nous. Voici l’extrait à l’origine de tous ces maux :

La difficulté de se procurer les fourrures, qui tirées du Nord exigeaient de longs et périlleux voyages, donnait un prix excessif aux produits de la pelleterie. Alors comme à présent, le prix excessif provoquait la consommation, car la vanité ne connait pas d’obstacles. […] On distinguait le grand et le menu vair. Ce mot, depuis cent ans, est si bien tombé en désuétude que, dans un nombre infini d’éditions de contes de Perrault, la célèbre pantoufle de Cendrillon, sans doute de menu vair, est présentée comme étant de verre.

Or les chaussures faites en vair ne couvrent aucunement le talon, ce qui vient à l’encontre du sens même du conte. Balzac est donc à ce jour le seul à faire part d’une pantoufle en fourrure animale.

De plus, vu le niveau de langue de tous ces auteurs, très peu de chance que cette controverse soit née d’une mauvaise traduction. De plus, cette homophonie enlèverait tout côté fantasque et magique des pouvoirs de la Marraine La Bonne Fée de Cendrillon.

L’histoire de notre héroïne n’aurait alors qu’une dimension platonique et non féerique, ce qui n’est pas le but d’un conte. L’homophonie désigne, par ailleurs, deux mots dont la prononciation est la même, mais de sens différents. Tout comme ici entre le vair et le verre.

Une controverse préférée à la version originale de Cendrillon

On remarque pourtant que dans les 38 versions qui existent en France, la matière des pantoufles est très rarement évoquée.

Les Frères Grimm ont aussi été tentés par la jeune femme et ont à leur tour écrit une version de Cendrillon sous le nom d’Aschenputtel. Dans cette version, pas d’escarpins en verre ni en vair mais en soie et d’argent !

Alors l’oiseau lui lança une robe d’or et d’argent, ainsi que des pantoufles brodées de soie et d’argent.

Les autres versions, comme celle de Charles Perrault, sont tournées vers la pantoufle de verre, qui serait donc magique et n’irait qu’à un seul pied. Ce qui expliquerait pourquoi personne d’autre, hormis Cendrillon, ne pourrait la porter, alors qu’une chaussure en fourrure serait plus souple et pourrait être portée par un plus grand nombre de personnes.

Cendrillon étant très proche de nombreux petits animaux tous plus mignons les uns que les autres, il serait mal vu que la belle porte des escarpins en fourrure d’écureuil.

Surtout à notre époque où la défense des animaux et du non-port de la fourrure est au plus haut. On ne voudrait pas d’une seconde Cruella d’Enfer.

Cette notion d’escarpin en écureuil nous paraît inconcevable à l’heure actuelle. Cependant, le vair était une fourrure très couteuse et prisée. Il était utilisé généralement pour les nobles ou pour récompenser les héros de guerre.

A l’époque de Charles Perrault, le verre est une matière rare et dure à travailler car elle est une découverte récente. Nouvelle et très à la mode, cette matière translucide faisait rêver. On comprend donc pourquoi, pour l’auteur, l’escarpin en verre est une prouesse qui relève du fantastique et donc du summum de la beauté.

Alors pour vous, sa pantoufle est de verre ou de vair ?

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