L’évolution des Princes des Héros de Disney

Publié par Colombe le 9 janvier 2018 | Maj le 9 janvier 2018

Depuis Blanche Neige et les sept nains, les films Disney ont bien évolué ! Que cela soit par le style des dessins, par leur message caché derrière le scénario ou par l’image que renvoient les princesses, comme nous l’avons montré dans un précédent article : L’évolution des princesses Disney ! Cependant, on s’est beaucoup moins penché sur le rôle des personnages masculins (car il y a nettement moins de princes que de princesses Disney) et leur évolution. Mais qu’en est-il du rôle de nos héros ? Eux aussi ont le droit à leur petite transformation ! Après tout, pourquoi la princesse serait-elle la seule à évoluer ? C’est ainsi que nous avons mené notre petite enquête pour vous présenter l’évolution des Princes et des autres hommes dans l’univers de Walt Disney Company !

Par une rencontre princière

Avant de vous parler de l’analyse, nous nous sommes inspirés de la chanson des princes du film Into the Wood. Et on retiendra particulièrement ce passage-là… :

[Le prince de Cendrillon]

« Ne suis-je pas sensible, spirituel, bien élevé, attentionné, passionné, charmant, aussi aimable que bien fait, et héritier d’un trône ? »

Princes chantant dans le film « Into the Woods. »

Vous trouvez cette chanson amusante n’est-ce pas ? Et pourtant, elle n’est qu’une introduction à un long constat : que savent faire les princes des contes de fées, si ce n’est surtout d’aimer et de sauver l’être aimé ?

A l’instar de beaucoup de contes de fées, le prince n’est pas maître de son destin : il vit uniquement dans le but certain de sauver sa princesse, d’en faire son épouse et de lui donner beaucoup d’enfants.

Véritable fresque vivante à elle seule, Walt Disney Company adapte chaque film d’animation à son temps. Mettez ces derniers les uns à côté des autres par ordre chronologique : vous obtiendrez alors une toile historique et évolutive sans précédent sur les conditions humaines et sociales des femmes… et des hommes. Comme nous le voyons parfaitement sur la condition féminine (soumise puis indépendante et maîtresse de son destin), la condition masculine a eu aussi son lot d’évolution sociale, même si elle est beaucoup plus subtile et variée dans le temps.

Ainsi, cette analyse est là pour nous permettre d’en savoir plus sur ce tournant moral. Et bien sûr, pour commencer dans les meilleures conditions, penchons-nous sur les classiques !

1930 à 1950 : Des princes sauveurs, avec peu de personnalité

Les premiers héros, le prince Floriant (1937), le prince Henry (1950) et le prince Philippe (1959), sont associés aux « princesses classiques » des années 1930 jusqu’aux années 1960. Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore ont été surnommées ainsi puisqu’elles subissent leur destin ; leur caractère était grandement influencé par les idées sur la femme « parfaite », qui devait être naïve, douce et soumise. Elles ne pouvaient donc pas affronter les dangers et seul un homme pouvait les aider. Mais bien sûr, pas n’importe quel homme. A cette époque, les princes représentaient ainsi les qualités de l’homme parfait : aussi beau que dans un rêve, arrivant sur son blanc destrier et qui était « bien élevé, attentionné, passionné, charmant ».

D’ailleurs ces trois princes sont peu présents dans les films. Ils sont même rarement nommés par leur prénom, car le but à cette époque n’est pas de créer un personnage avec une personnalité aboutie, mais seulement de mettre en avant leurs qualités et ce qu’ils caractérisent : des princes charmants. De fait, leur rôle principal était de mettre en valeur les princesses classiques.

Durant cette période, les héros suivent tous le même schéma : ils n’ont pas le choix. Ils sont obligés d’être l’incarnation de l’homme parfait et de subir les dangers, avant d’obtenir la main de leur promise. Ils n’ont même pas le droit d’être caractérisé par ce qu’ils sont au fond d’eux, mais seulement par leur statut social et leurs valeurs.

Et les autres personnages…

Durant cette période, un autre personnage masculin et principal fait son apparition : Peter Pan (1953). Ce dernier peut être considéré comme une exception, puisqu’il n’est pas un prince et qu’il ne recherche pas une femme à épouser. Pourtant, il correspond bien aux codes des princes de cette époque, puisqu’il ne remet pas en question les obligations morales de l’époque. Au contraire, il renforce les caractéristiques de la femme en faisant un geste symbolique : il emmène Wendy pour qu’elle devienne la maman des enfants perdus. Cette dernière ne doit « pas danser« , mais « aller chercher bois« , tout en prenant le temps de raconter des histoires aux enfants.

Peter Pan sera ainsi le dernier représentant de la condition « princière » des hommes à sauver sa promise sans se poser la moindre question. Puis les années passent, l’évolution morale de la société évolue au point de commencer à réveiller les princes qui s’interrogent sur leurs interventions.

1960 à 1990 : Des princes « éveillés » qui ne sont pour la plupart… pas des princes

Les années 1960 marquent un tournant dans l’évolution descriptives des princes. Car pour la majorité d’entre eux, ils deviennent des « princes de cœur » sans avoir forcément du sang bleu dans les veines. Ils subissent toujours leur destinée, mais ils cherchent à comprendre pourquoi ils la subissent ; ce qui permet de comprendre la transition visible entre les princes de la première partie et celle-ci.

Pour commencer l’analyse, penchons-nous sur l’évolution du jeune Arthur du film Merlin l’enchanteur (1963). Ce dernier part de rien, mais il apprend à devenir le roi d’Angleterre grâce à l’aide de l’enchanteur… même si c’est contre son choix ; ce qui fait un rappel aux princes de la génération précédente. Néanmoins, Arthur se différencie d’eux à cause du contexte même du film, qui ne se concentre pas sur son règne, mais sur son apprentissage, fourni par Merlin : apprendre à devenir un homme avec ses obligations, ses responsabilités et ses valeurs. C’est le premier film Disney qui met en avant un voyage initiatique.

Puis nous avons le personnage Mowgli du Livre de la jungle (1967). Mowgli se différencie radicalement des personnages précédents, car il n’est pas un prince, il ne recherche pas de princesse à sauver, ni de maman et ne veut même pas devenir un homme. Et la différence est flagrante comparée à ses prédécesseurs : il tente de se battre contre son « destin« . Même si les loups et Bagheera souhaitent qu’il parte vivre dans un village d’hommes, Mowgli refuse et affronte même Sher Khan afin d’éviter cela.

Pourtant la fin peut laisser un arrière-goût de film inachevé, puisque Mowgli quitte tout de même la jungle à cause des yeux doux d’une jeune fille. Mais le message du film reste quand même frappant : c’est le premier film d’animation qui sous-entend qu’un homme est capable de choisir ses actes.

Taram et ses amis

Un autre exemple illustre parfaitement cette idée. Dans le film «Taram et le chaudron magique» (1985) le jeune héros Taram est un jeune valet de ferme, qui doit s’occuper de la truie Tirelire qui possède des dons divinatoires. Le jeune garçon ne rêve que de devenir un grand guerrier ; alors lorsqu’il doit emmener la truie dans un endroit secret, il ne prend pas cette mission au sérieux. Cela va permettre au seigneur des ténèbres de la kidnapper et d’utiliser les pouvoirs de la truie, afin de localiser le chaudron magique. Au fil de sa quête pour retrouver Tirelire et détruire le chaudron, Taram va se lier d’amitié avec la créature Gurki, la princesse Eilonwy et le barde Ritournelle. Ensemble, ils vont retrouver le chaudron, mais pour le récupérer, Taram sera obligé d’abandonner l’épée magique qu’il avait trouvée et qui aurait pu lui permettre de devenir un guerrier. Il aura une chance de la récupérer à la fin du film, mais il la refuse, afin de pouvoir sauver la vie de son ami Gurki. Taram a ainsi su montrer qu’un simple valet de ferme pouvait posséder dans son cœur autant de force et de valeur qu’un prince.

Mais un seul prince, parmi tous ces héros énumérés, représente l’aboutissement de ce réveil moral : Éric de « la Petite Sirène » (1989). Contrairement à ses prédécesseurs, Éric a un rôle important tout au long du film. Autre indice notable, il est toujours appelé par son prénom, contrairement aux premiers princes de l’histoire de Disney.

Qu’est-ce qui a pu justifier ces changements ? Eh bien, peut-être que l’évolution parallèle des femmes aura eu un impact sur la princesse qu’il aime : Ariel. En effet, cette dernière, n’étant pas considérée comme docile, n’est pas du genre à aimer le premier prince qui viendrait à son aide, puisqu’elle se sort elle-même des dangers. Rien que dans les premières minutes du film, elle se retrouve nez à nez avec un requin, qui cherche à la tuer. Il fallait donc, pour cette entreprenante princesse, un nouveau style de prince avec une personnalité plus forte et courageuse. Un prince qui, contrairement aux autres, n’est pas montré en train d’admirer la princesse pendant les premières images du film…

En effet, dans « La Petite Sirène », la scène sur le bateau a pour but de présenter le prince pour donner son nom, montrer qu’il aime son chien, qu’il joue de la flûte et qu’il cherche la femme qui fera battre son cœur.

Bien que le style de héros ait changé, il garde quand même un lien avec ses anciens homologues, puisque qu’il viendra à bout d’Ursula, pour sauver Ariel.

A ce stade de l’analyse, on peut remarquer deux choses importantes. Premier point, chaque période a son exemple de personnages évolués qui représentent tous les autres : les princes Charmants pour la première époque, le prince Éric pour la seconde. Second point et peut-être le plus important, le Prince Éric est la conclusion de son époque, puisqu’il amène à une réflexion sur la question de son statut en tant que sauveur.

Car que peuvent sauver réellement les princes ? … Si ce n’est d’abord de se sauver eux-mêmes ?

1990 à 2000 : des hommes évolutifs

La petite Sirène pose ainsi les bases d’une nouvelle réflexion sur la condition des princes. Ils peuvent désormais avoir conscience de leur situation et aller à l’encontre de cela pour davantage suivre leurs sentiments ou leur instinct. Cela montre d’une part qu’ils ont le droit d’exister en tant que personne et d’une autre part, qu’ils sont dotés d’une histoire complète. Une véritable claque évolutive depuis le prince Charmant de Blanche-Neige ! Et quoi de mieux pour répondre à cette nouvelle problématique que de démarrer sur… un prince ?

La Bête avant

Enfin Adam de La Belle et la Bête (1991) ne se comporte pas réellement comme un prince. Plutôt comme quelqu’un qui assume sa condition de créature sauvage : une bête qui va évoluer dans un environnement maudit grâce à la douceur d’une femme qui n’est pas une princesse : Belle.

La particularité d’Adam est encore plus complexe, dans le sens où il accepte sa condition de prince déchu pour tous les méfaits qu’il a accompli. Il est responsable de son malheur et doit vivre avec. Et pourtant il n’est pas dénué d’intelligence. Il fait même preuve de sacrifice pour Belle et apprend à tendre l’oreille, à ouvrir les yeux sur les beautés aux alentours, jusqu’à voir cette jeune femme magnifique pour ce qu’elle est … et jusqu’à se voir lui-même. Adam ne fait pas qu’apprendre à aimer une femme ; il apprend à s’accepter tel qu’il est, à faire fi de ses pulsions pour apprendre le recul, la réflexion, la curiosité et la tendresse. Ce sont tous ces petits détails anodins qui font de lui à la fin, un prince amoureux, dévoué et courageux.

La Bête après: Adam!

Ainsi, le Prince de La Belle et la Bête marquera le tournant de la troisième époque évolutive et sera le seul représentant (voire précurseur) d’une longue lignée de héros par la suite. Car après lui, il n’y aura plus de « princes » pour ponctuer une époque, mais des héros pour marquer une évolution morale perpétuelle.

La tendance désormais n’est plus de se réveiller comme entre 1960 et 1990. Il faut désormais apprendre à savoir qui on est et où on doit aller. Pour cette interprétation, deux tableaux se profilent à l’analyse.

Des héros qui doutent et qui recherchent à être aimé

Aladdin – Alias Prince Ali

Nous pourrions démarrer avec Aladdin (1992) qui change complètement de l’archétype du prince : C’est un voleur et un vaurien. Mais il n’est pas sans cœur puisque qu’il offre ce qu’il a volé à ceux qui sont plus démunis que lui. Le jeune homme est aussi un grand rêveur qui pense que la vie de palais doit être plus plaisante que sa propre condition. Mais au fur et à mesure de l’histoire et par le contact de son ami le Génie, il se rend compte que la richesse de la royauté ne vaut pas la richesse d’une amitié et d’un amour sincère. Ce qui le pousse à sacrifier tous ses rêves pour la liberté de vivre et d’aimer qui il souhaite.

Quasimodo du Bossu de Notre Dame  (1996) a pu vivre aussi la même histoire : privé d’une famille puis maltraité et surprotégé par un homme machiavéliquement pieux, le bossu ne rêve que d’une chose : voir le monde d’en-bas et vivre en harmonie avec ces gens qui sont loin d’être cruels. Néanmoins, sa curiosité l’amène à être gravement puni par son précepteur Frollo. Mais pour lui permettre de rencontrer la plus belle personne au monde : Esmeralda. Elle représente pour lui un idéal de liberté et de beauté qu’il n’aura peut-être jamais, mais pour lequel il s’accroche. Le contact de la gitane le pousse à vaincre ses peurs et à s’armer de courage contre Frollo pour défendre ses droits et ses sentiments. Un tel geste mérite des remerciements. Et même s’il n’a pas conquis le cœur de la jeune femme, il a su conquérir le cœur de tout Paris.

Et que dire de ce bon vieil Hercule (1997) qui tire le banco et devient le héros de toute la Grèce antique ! Demi-dieu et fils de Zeus, Hercule a toujours su qu’il était différent des autres et qu’il serait capable de faire de grandes choses ! Mais comment faire quand on ne sait même pas se maîtriser pour un simple lancer de javelot ? Il aura eu besoin d’aide, surtout pour défier Hadès qui tenait en otage la vie de sa tendre promise, Megara. L’histoire d’Hercule est surtout intéressante pour une valeur qui permet de bifurquer sur un autre plan d’analyse : Il cherchait d’abord la reconnaissance des autres mortels au lieu de chercher la reconnaissance des dieux. Mais en changeant de but pour se consacrer au sauvetage de la seule personne qu’il aime (et se sacrifier par la même occasion), il apprend que seul un acte venant du plus profond de son cœur pouvait être considéré comme un acte héroïque.

Des héros qui voient leur but changer grâce à l’être aimé

Revenons au Bossu de Notre Dame avec notre chevaleresque Phoebus. Doté d’un sens de la justice aigu et d’une loyauté sans défaut, il commence à se révolter contre les actes honteux du Juge Frollo qui est prêt à brûler vivant une famille pour retrouver Esmeralda. Qui est donc cette femme pour entraîner à ce point la mise à mort de la liberté et du libre arbitre ? Phoebus la protège au péril de sa vie et comprend qu’il n’est pas toujours bon de suivre les lois au travers d’un supérieur qui les utilise à mauvais escient. L’amour qu’il éprouve pour la bohémienne et réciproquement lui confirme alors sa bonne décision d’avoir bravé l’interdit pour la sauver…  et sauver aussi une partie des parisiens.

Cette rébellion des ordres nous rappelle aussi John Smith, qui découvre le nouveau monde et le peuple si libre de Pocahontas (1995). Au travers de ses connaissances et de celles de l’indienne, il comprend que la différence de culture, de politique ou de religion n’est pas un mal. Mais que le véritable danger est d’obliger une ethnie pacifiste à se soumettre par la force à une autre qui se croit supérieure car mieux développée. Pocahontas lui ouvre les yeux sur la tolérance. Sa communauté vit à sa manière, avec son temps. Et pourtant, les conquistadors venant d’un autre continent décident de tout détruire pour amasser de l’or inexistant. John se révolte et se bat ; il amène ses amis à changer leur position sur cette guerre qui n’a aucun sens. Et même si John doit partir pour son bien à la fin du film, son cœur restera près de celle qui lui aura ouvert les yeux à jamais.

Ce sentiment, on le retrouve aussi chez Shang dans Mulan (1998). Le capitaine et digne fils de son père est chargé de préparer sa nouvelle et insolente armée pour vaincre les Huns. Mais comment aurait-il réagit s’il avait su qu’une jeune femme nommée Mulan se cachait dans ses rangs pour sauver l’honneur de son père ? Il l’aurait obligé à rentrer chez elle bien sûr mais pourtant il n’en a rien su. Avant d’apprécier Mulan pour sa féminité, il l’a appréciée pour ses valeurs comme son courage ou son audace. Et quand il a enfin su qui elle était, pouvait-il vraiment la punir ? Elle avait été plus courageuse que lui ou que mille hommes réunis et pour cela, il avait sa confiance.

Et avoir confiance en une femme, Tarzan (1999) en a bien une bonne idée et il conclura cette partie car il sera le dernier représentant des héros de son siècle. Tarzan est l’exemple même du héros qui cherche à s’intégrer à une communauté alors qu’il en appartient à une autre. Il soulève la question de l’adoption et de l’appartenance à une famille. En découvrant l’arrivée de ces gens qui lui ressemblent dans sa jungle, Tarzan délaisse les responsabilités de sa famille qui l’avait enfin acceptée tel qu’il est. Bien sûr, il s’éloigne pour une bonne raison : pour comprendre d’où il vient et pourquoi il ressemble à ces étrangers. Jusqu’au jour où il doit faire un choix : partir de sa maison pour découvrir davantage ses origines ou rester avec sa famille. Le choix est cornélien et c’est par le soutien de deux femmes Kala et Jane qui lui permettront de faire le choix le plus judicieux.

Et pour une fois, le choix n’est pas de suivre sa bien-aimée. Ayant déjà une notion de responsabilité envers sa famille, la mort de Kerchak lui fait l’effet d’un coup de fouet moral : il ne peut pas abandonner sa famille.

Par l’ensemble de ces exemples, on comprend que l’évolution des héros et des princes est soumise à une question morale qui est différente pour chacun et dont le but est de leur apprendre quelque chose d’important. Ainsi, sauver l’héroïne marque l’aboutissement de leur voyage initiatique, comme la récompense de leur expérience personnelle. Par ailleurs, cela marque un autre tournant dans l’échelle évolutive. Sont-ils désormais obligés de sauver des princesses pour démontrer qu’ils ont évolué ?

2000 à aujourd’hui : des héros à but divers

C’est de là que tout devient différent pour ces héros masculins : leur voyage est certes à but initiatique mais pour des raisons qui ne sont plus liées véritablement aux princesses. Les hommes ainsi se diversifient pour leur valeurs et leurs besoins, et quel que soit leur âge ! Jeunes, adultes, ou seniors, les héros ont besoin d’apprendre une leçon supplémentaire pour atteindre quelque chose de plus complexe que l’amour : un bonheur complet où l’amour peut s’y mêler. Et c’est ainsi qu’ils arrivent à égalité avec les princesses qui ont besoin aussi d’une expérience pour apprendre et évoluer.

Et notamment, les héros ont pu changer grâce à leur histoire, ou grâce à quelqu’un. Mais généralement, les deux vont de mise. Le premier à montrer cet énorme changement fut Kuzcol’empereur mégalo (2000). Cet empereur était plus qu’égoïste et gâté. Il ne savait pas faire preuve de gentillesse, ni d’amabilité. En effet, il faisait jeter par la fenêtre la première personne qui lui pourrissait son groove. Il était aussi capable d’expulser tout un village entier, afin d’avoir sa piscine privée. Ce qui marque un tournant important dans sa vie, fut sa transformation en lama, à cause des manigances de son ancienne conseillère Yzma. Sans cela, Kuzco n’aurait jamais été obligé de passer du temps avec Pacha, le chef du village qu’il voulait expulser. Et petit à petit, les petits gestes amicaux de Pacha et sa présence eurent un effet bénéfique sur la façon de penser de l’empereur. A la fin du film, Kuzco n’est plus un empereur mégalo : il s’excuse pour ses erreurs et est plus proche de son peuple. Notez que ce film ne fait pas référence au sauvetage d’un personnage féminin, qui est assez peu représentatif d’ailleurs.

Au contraire de Kuzco, nous pouvons parler de l’histoire très effacée de Milo, qui apprendra à s’affirmer en tant que personne douée d’intelligence. Vous souvenez-vous de lui dans le film d’animation Atlantide, l’Empire perdu (2001) ? C’est peut-être l’un des rares films d’animation peu connus de Walt Disney Company et pourtant son histoire est pleine de symboles, notamment autour du personnage de Milo qui se montre au début très chétif et mal dégourdi. Pourtant, passé, présent et futur vont se relayer autour de lui : le passé pour honorer la mémoire de son grand-père et prouver l’existence de l’Atlantide ; le présent en découvrant la cité perdue et la farouche Kida ; et enfin le futur où il décide de protéger ce secret qu’il voulait autrefois révéler. Contraint de faire fi de ses peurs, Milo doit s’armer de courage et de réveiller le gaillard qui se cache derrière ses lunettes de savant. Car aussi belle soit sa découverte, elle ne vaut pas le sacrifice d’une civilisation entière. Et grâce à la présence de la princesse à ses côtés, Milo est sûr d’avoir accompli le meilleur choix de sa vie. Il a de fait appris deux choses importantes : savoir s’affirmer et savoir écouter.

Ce lien familial d’abord troublé puis renforcé, se retrouve parfaitement dans la famille Parr du film Les Indestructibles (2004). Notamment au travers de Bob Parr qui était autrefois un grand super-héros, mais qui a été contraint de sombrer dans l’oubli par la force des choses. Et la vie est dure pour ce surhomme qui ne sait rien faire d’autre que de sauver des vies et combattre le mal et l’injustice ! Soumis à la pression sociale de son travail et de ses obligations familiales, Bob ne se voit pas comme un père ou un bon travailleur mais comme l’ombre de ce qu’il a été quelques années auparavant : un héros glorieux, aimé et célèbre. Montrant alors les prémices d’une bonne crise de quarantaine, Bob désire plus que tout au monde de retrouver l’adrénaline de sa jeunesse. Et si Mirage lui donne l’occasion d’accomplir cet exploit, elle n’en est pas moins sans risque. Car en voulant protéger sa famille et garder secret ses activités héroïques, Bob a risqué la vie de sa femme et de ses enfants qui essayaient de le retrouver. Et il fallait bien un tel extrême pour lui faire comprendre ses erreurs. Aveuglé par son passé, il en avait oublié l’essentiel : le présent. Sa femme et ses enfants qui lui font bien comprendre une chose : Une famille s’aime et se protège mutuellement. Et c’est sur cette confiance retrouvée que combattre le crime devient une affaire de famille !

Et puis, nous changeons de décors. La princesse et la grenouille (2009) met en avant le jeune prince Naveen, qui voulait d’abord se mettre la bague au doigt, afin de redevenir riche. Au début du film, il ne s’intéresse ni à l’amour, ni à la personnalité de sa futur épouse, il veut juste s’amuser et profiter de la vie. Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Tiana. A cause d’un sort vaudou, ils finissent tous les deux en grenouilles et sont obligés de s’entraider pour retrouver forme humaine. Au fil du voyage, Naveen va voir Tiana sous un autre jour. Et grâce à Mama Oodie, il va comprendre qu’il l’aime. L’argent n’a alors plus la même valeur à ses yeux, puisqu’il est amoureux. Pour Tiana, il serait prêt à rester pauvre et à travailler avec elle, plutôt qu’être triste mais riche en épousant Charlotte. Grâce à Tiana et ses amis, Naveen a compris ce dont il avait réellement besoin.

Tout comme notre cher Eugene… enfin Flynn Rider dans Raiponce (2010). Flynn a tout du mauvais garçon qui avait pourtant gardé son idéal d’enfant : devenir un hors-la-loi qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Mais le temps n’ayant pas été en sa faveur, il a surtout volé les riches… pour se donner à lui-même. Bandit de petit chemin, négociant des contrats frauduleux avec des personnes toutes aussi frauduleuses, Flynn devient avec l’âge un adulte sans rêve ni envie. Il cherche à joindre les deux bouts pour éviter la corde ou le fusil et son seul rêve désormais est de s’échouer sur une belle île paradisiaque entouré de tout plein de jolies pièces d’or. Mais cela le comblerait-il ? Avec le temps, on comprend qu’il a eu la vie dure. Et sa rencontre avec Raiponce le bouleverse plus qu’il ne le pense. Même s’il la taquine énormément, il est touché par son innocence fragile qui la pousse à se battre pour ses rêves, alors que lui a arrêté de croire aux siens depuis longtemps. La présence de la jeune fille lui fait du bien et lui prouve qu’il peut devenir ce gars héroïque qu’il aurait voulu devenir étant petit. Et la plus grande marque d’héroïsme qu’il fera à la fin sera de couper la chevelure de Raiponce pour la sauver de sa fausse marâtre… quitte à en mourir par amour.

L’amour d’ailleurs, quel en est sa véritable définition ? Kristoff de La Reine des Neiges (2013) et sa famille auraient pu y répondre avec beaucoup d’arguments, aussi actuels et vrais que ceux que l’on explique aujourd’hui aux enfants. L’amour n’est pas forcément lié à l’argent, à la richesse, à la prestance. Il n’est pas forcément unique entre un homme et une femme. L’amour est multiple, à différentes échelles entre les membres de sa famille, ses amis et la personne que l’on aime. Même si Kristoff n’est pas forcément le personnage le plus présent du film d’animation la Reine des Neiges, son intervention prouve que les contes de fées peuvent être réinterprétés en fonction des circonstances. Et l’on arrive à un tournant dans l’évolution des personnages masculins : car Kristoff fait partie de ces héros qui affirment et prouvent leur long apprentissage de vie. Il sait de quoi il parle, il est là pour conseiller Anna et la sauver, même si ce n’est pas forcément lui qui la sauvera de sa malédiction. Bref : un Kristoff adulte et responsable, mature, juste et droit avec un poil d’humour. Un prince en devenir sous une tonne de vêtements d’hiver ! Mais hélas, si cette maturité est présente, elle ne l’est qu’au second plan de l’histoire. Car il reste surtout un personnage secondaire qui tient le rôle du conseiller et non du sauveur. De fait, on ne peut pas vraiment dire qu’il participe à l’évolution des héros. Mais il est la preuve que chaque héros peut atteindre son niveau de maturité !

D’ailleurs, devenir quelqu’un de bien, cela nous rappelle le dernier personnage, Maui, provenant du film Vaiana la légende du bout du monde (2016). Héros parmi les hommes qui sera le dernier point de notre analyse. Ce dernier est un dieu qui possède des pouvoirs incroyables grâce à son hameçon. Il agissait pour les hommes, mais avant tout pour avoir leur reconnaissance. C’est pourquoi il a fait apparaître des îles (notamment l’île du nord de la Nouvelle-Zélande), il a rapporté le feu, il a créé le cocotier etc… C’est d’ailleurs cette idée de reconnaissance qui va l’inciter à suivre Vaiana, afin de rendre le cœur de Te Fiti. Pourtant au fil de leur aventure, la présence de Vaiana va avoir un impact important sur lui. En étant présent pour Maui, ce dernier reprend confiance en lui et en sa destinée, qui est de rendre le cœur de Te Fiti, même si pour cela, il doit d’abord affronter Te Ka. Il est même prêt à abandonner son hameçon et accepter une vie sans pouvoir, afin de protéger Vaiana. Il n’agit alors plus seulement pour la reconnaissance, mais pour ce qui est juste. Et quoi de mieux pour pouvoir protéger ceux qui lui sont chers.

Finalement, ce ne sont pas seulement les princesses qui ont subi des changements au fil des années. Les personnages masculins sont passés de l’archétype du prince, qui suivait les codes, à des héros avec leurs propres valeurs. Ils ne sont plus les « princes de » : ils ont une identité et un passé qui est mis en avant. D’ailleurs, ils ne sont plus obligés d’être des princes. Ils peuvent être des voleurs, des chercheurs, des dieux, des sauvages, des aventuriers…

Cette modification dans le rôle masculin a aussi influencé les scénarios des films. En effet, les premiers Disney offraient une histoire linéaire, avec le prince qui sauve la princesse. Mais depuis 1960, l’histoire soumet le héros a une insécurité : il est obligé de faire des choix, souvent à la suite d’un voyage. Parfois, il doit abandonner son objectif, laisser partir la personne qu’il aime (bien que souvent, l’amour les réunit). Pour que le héros fasse ses choix, il a souvent besoin d’un soutien. Autrefois il prenait la forme d’une princesse, mais de nos jours, cela peut aussi bien être un père, un animal, une fille de chef.

La route qui mène à son destin n’est plus prédéfinie, le héros peut alors prendre le chemin, qui lui paraît le plus juste. Et choisir ce qu’il veut être.

L’évolution des Princes des Héros de Disney
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1 commentaires sur "L’évolution des Princes des Héros de Disney"

  1. Iris

    Bonsoir!
    je viens de découvrir cet article et s’il est pertinent sur bien des points, je suis néanmoins en désaccord avec votre analyse du prince Phillip qui a bel et bien une personnalité et un nom des le début du film, et joue un rôle primordial tout au long. Il n’est pas seulement « l’amour au premier coup d’œil » et l’image de fin (ce qui est le cas de Florian par exemple) mais se retrouve tout au long de la trame comme héros, amoureux, victime, prince et sauveur.
    Toutes proportions gardées, il est très semblable à Eric, qui joue exactement les mêmes rôles. On retrouve même la rencontre ignorée entre le prince et sa princesse (Ariel est amoureuse d’un prince par l’intermédiaire d’une statue, Phillip, même s’il l’ignore, est déjà engagé avec Aurore)
    La grande différence entre ces deux personnage est la modernité de l’approche du sentiment, mais si l’on superpose leurs actions, elles sont étonnamment semblables. Le baiser qui remplace la princesse aurore est juste remplacé par la magie qui donne des jambes à Ariel, permettant dans les deux cas des retrouvailles sinon impossibles.

    Sinon, trés belle analyse!

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