Les origines de Mulan : une ballade pour base du classique d’animation

Publié par Séverine Jacquard le 15 décembre 2019 | Maj le 15 décembre 2019

Sorti en 1998, le 36ème classique d’animation des Walt Disney Studios a marqué les esprits pour l’originalité de son sujet mais aussi parce que son action se déroulait dans un pays et au sein d’une culture jusqu’alors inédits au sein des studios : la Chine ancienne. Dès lors, Mulan est devenu un véritable classique d’animation, en étant propulsé dès sa sortie au rang de meilleur film d’animation de l’année, et en s’imposant même comme second film au box-office américain de 1998. Et si beaucoup de fans Disney connaissent sur le bout des doigts le synopsis de ce film devenu culte, peut être ne savez-vous pas encore que cette histoire est basée sur une légende très populaire en Asie : La ballade de Mulan. Et à l’instar d’autres grands classiques, comme Blanche Neige ou La Belle au Bois Dormant, le dessin animé des studios Disney puise bel et bien son inspiration dans l’œuvre originelle, mais il s’en détache également par certains éléments de l’histoire. Pour les plus curieux d’entre vous, nous nous sommes amusés à dresser un petit comparatif entre ces deux versions, que nous avons hâte de vous dévoiler. Découvrez dès à présent les origines de Mulan

La ballade de Mulan : un conte populaire asiatique

Illustration de la ballade de Mulan (source : Wikipédia)

Comme tous les contes classiques que nous connaissons en Europe, les origines de Mulan trouvent d’abord une existence orale. Cette légende racontait comment une jeune fille nommée Mulan s’était faite passer pour un homme durant de nombreuses années, et ce dans le but de remplacer son père trop vieux lors de son appel sous les drapeaux pour combattre les Ruanruan (tribu nomade aux frontières de la Chine). Puis, la légende s’est popularisée à partir d’un poème, écrit par un auteur anonyme au VIème siècle, et intitulé La ballade de Mulan. C’est au fur et à mesure que cette histoire fut racontée et réécrite que certains détails firent leur apparition, comme le nom de famille de Mulan, qui changea à de nombreuses reprises avant de devenir définitivement Hua. Malgré les modifications des différentes versions, la trame générale de l’histoire reste la même. Voici une version condensée des origines de Mulan.

L’atmosphère de départ de l’histoire est conviviale, chaleureuse, puisqu’elle débute dans le confort du foyer de la jeune femme. On sait d’elle qu’elle exécute des tâches attribuées à l’époque essentiellement aux femmes, puisque la ballade commence ainsi « Grince et crisse, frôle et puis grince et crisse, c’est Mulan qui a son [métier] tisse » (extrait du site Vent du Soir). Puis, l’ambiance du poème change, la jeune femme doit s’arrêter et quitter son ouvrage car l’appel de mobilisation de son père a été lancé. Le voyant trop âgé pour mener bataille, et n’ayant pas de frère aîné, elle décide de revêtir un attirail de soldat, de s’acheter un cheval, puis de s’enrôler dans l’armée à la place de son père. Même si le texte original ne présente que très peu de mots, il fait passer le lecteur par différentes étapes de la vie de la jeune femme. On quitte en effet l’univers doux et feutré du cercle familial, pour se retrouver en quelques lignes dans une ambiance martiale, où Mulan enchaîne les exploits pendant une dizaine d’années. On ressent petit à petit à travers ces lignes différentes émotions, comme la nostalgie de la jeune femme envers son foyer, la gloire qui auréole ses succès militaires, ainsi que la joie de rentrer chez elle, 12 ans après le début de la guerre. La fin du poème nous montre enfin la révélation de l’identité de Mulan, auprès de ses anciens compagnons d’armes. Comme dans la version animée, ceux-ci ne se sont pas doutés une minute de la véritable identité de la jeune femme. Ce qui nous amène au second point que nous souhaitions aborder au sujet de La ballade de Mulan, celui de la quête identitaire de la jeune femme.

Mais qui est Hua Mulan?

Mulan : une femme guerrière.

En effet, derrière ce poème qui vante les mérites et le courage de cette jeune femme, héroïne de guerre et meneuse de troupes, une question assez contemporaine vient finalement se poser : celle de l’identité de Mulan. Une femme qui parvient pendant 12 ans à se faire passer pour un homme auprès d’un bataillon de soldats et qui revient ensuite à la maison, sans pour autant avoir accompli ce que son statut de femme lui impose, à savoir le mariage, pose la question de sa véritable identité.

Contrairement à la version animée des studios Disney, à la fin du poème, Mulan n’a pas noué d’intrigue sentimentale durant ces 12 années de guerre, elle n’a donc pas réintégré le rôle qui était attendu d’elle au début de l’histoire, comme c’est le cas de notre Mulan contemporaine. Celle-ci devait se marier au début du long-métrage, et c’est effectivement ce que le dénouement de l’histoire laisse apparaître : elle a bien atteint ses buts de femme et de fille en trouvant un homme avec lequel elle souhaite se marier. Ainsi, même si elle passe une grande partie du film en homme, la question de son identité ne se pose pas tellement : elle est une jeune femme courageuse, qui a fait ce qu’elle devait pour sauver son père, mais avec des aspirations de jeune femme.

Dans La ballade aux origines de Mulan, rien de tel. A la fin de l’histoire, elle reprend certes ses attributs féminins et son métier à tisser, mais elle reste indépendante, ce qui pose vraiment la question de son identité et de ses aspirations, surtout à une époque où le mariage était considéré comme un passage obligé. Et si cette quête d’identité est bien présente dans le dessin-animé de 1998, il ne se pose pas dans les mêmes termes que dans le poème originel. Et ceci n’est que le début des différences entre ces deux versions. D’ailleurs, nous vous avons dressé un petit récapitulatif des divergences principales entre ces deux chefs-d’œuvre, que plusieurs siècles séparent.

Points communs et différences entre la version animée et les origines de Mulan

mulan

Image extraite du dessin animé de 1998

Pour commencer, le début de l’histoire est assez similaire, par son ambiance. On retrouve une fille dévouée, qui se consacre aux rôles qui lui sont dévolus : le tissage pour l’un, le mariage pour l’autre. Mais, alors que seul le sens du devoir pousse la Mulan originelle à prendre la place de son père, on voit bien que notre héroïne de 1998 possède des émotions beaucoup plus complexes. En effet, ce sont aussi ses doutes identitaires, ainsi que son manque de confiance en elle qui la poussent à se travestir en homme, afin de prouver aux autres, mais surtout à elle-même, qu’elle est capable de faire quelque chose de bien.

Le classique des studios Disney nous montre également une jeune femme bien intentionnée, mais maladroite et qui peine à trouver sa place dans ce monde essentiellement masculin. Cela semble en effet correspondre davantage à nos préoccupations contemporaines puisque Hua Mulan, elle, ne semble jamais éprouver de difficultés physiques ou techniques à être déguisée en homme. On se souvient tous de la scène épique de la baignade où notre Mulan découvre la complexité de cacher son mensonge aux regards de ses compagnons. Dans les origines de Mulan, rien de tel, tout semble couler de source. Mulan devient même une héroïne de guerre, sans qu’il ne soit jamais fait mention de ses difficultés ou de ses doutes.

Pour ce qui est de l’entourage de Mulan, là encore des différences apparaissent puisque dans la version de 1998, Mulan est fille unique, là où elle semble avoir un jeune frère et une jeune sœur dans la version du VIème siècle. De même, alors que la Mulan de la version animée fuit dans la nuit pour rejoindre le camp militaire, et prend sa décision seule, sans en informer ses parents, la Mulan du poème, elle, expose son idée à son père, qui la soutient dans sa décision. Cette différence est essentiellement due à l’écart entre les générations à qui sont destinées les deux œuvres.

Enfin, les protagonistes de l’histoire sont bien plus présents dans la version de 1998 puisqu’une pléiade de personnages, non présents dans la version d’origine, font leur apparition. On note par exemple la présence des ancêtres de Mulan, qui envoient sans le vouloir son célèbre acolyte, Mushu, pour la sauver ; le trio comique formé par le criquet porte-bonheur, Mushu et le cheval Khan, ainsi que les trois compagnons d’armes de Mulan : Yao, Ling et Chien-Po. N’oublions pas non plus la présence de Shang, le supérieur militaire de Mulan qui semble devenir un peu plus à la fin du film. Bref, tous ces personnages crées par les animateurs Disney imposent un ton comique mais aussi une émotion qui ne transparait pas dans les origines de Mulan. La ballade de Mulan semble être tournée davantage vers la nature, avec l’évocation des points cardinaux, et les noms des différents lieux traversés par la jeune femme, alors que le film se concentre sur les personnages et sur leurs interactions. Notons également que les adversaires de Mulan ne sont qu’évoqués dans le poème, alors que dans le dessin-animé, ils sont personnifiés par le peuple des Huns et par leur chef terrifiant, Shan-Yu.

En bref, le dessin-animé de 1998 est un chef-d’œuvre à part entière, qui a su s’inspirer de l’ambiance et de la culture du poème originel pour en faire une matière beaucoup plus contemporaine et axée sur les émotions, les relations entre les personnages, mais aussi sur le rire. Reste à savoir désormais quelle sera la tendance adoptée par les studios dans leur remake en live-action prévu pour 2020 : vont-ils s’orienter davantage vers la culture asiatique et la nature, comme le laisse penser l’absence du personnage comique de Mushu, ou vont-ils malgré tout conserver ces liens et ces émotions fortes entre les personnages, qui caractérisent la version animée ? Quoi qu’il en soit, avec une matière si touchante et si authentique, on espère que ce remake sera un franc succès, comme le furent ses deux prédécesseurs en leur temps.

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