L’année 2026 restera comme celle d’une profonde cure de rationalisation chez Disney. Entre plusieurs vagues de licenciements, un plan de départs volontaires visant les cadres et un retour au bureau nettement durci, le groupe a resserré son organisation tout au long de l’année. Le plus frappant reste le paradoxe : ces coupes interviennent alors même que les résultats financiers et le box-office affichent une santé éclatante. Décryptage.

Trois vagues de licenciements en un an
Le mouvement a commencé fort. En avril 2026, environ un millier de postes ont été supprimés, principalement dans le cadre d’une réorganisation du marketing d’entreprise. Une première salve suivie, le 21 juillet, d’une deuxième vague touchant plusieurs centaines d’employés répartis entre Pixar, National Geographic, ESPN, ABC News et Disney Entertainment Television.
Le détail de cette vague estivale en dit long sur les priorités du groupe. Chez Pixar, une centaine de postes ont été concernés sur un effectif d’environ 1 100 personnes, dans la production et les équipes opérationnelles. National Geographic a été particulièrement visé, de la chaîne câblée aux fonctions éditoriales. Du côté d’ESPN, les coupes ont frappé les équipes de l’ombre comme des figures d’antenne de longue date, à l’image du vétéran de SportsCenter Karl Ravech ou de l’analyste Ryan Clark. Enfin, le 29 septembre, une nouvelle réduction de plusieurs centaines de postes a été rapportée par Deadline puis Variety, visant cette fois en priorité les ressources humaines et l’informatique.
Un plan de départs volontaires pour les cadres
En parallèle des licenciements contraints, Disney a joué la carte du départ négocié. Fin août 2026, un mémo signé de Sonia Coleman, directrice des ressources humaines du groupe, a ouvert une offre de retraite anticipée volontaire aux cadres américains, du niveau director jusqu’aux vice-présidents exécutifs. Le dispositif ciblait les salariés cumulant un certain nombre de points d’ancienneté et d’âge, avec à la clé une indemnité, le maintien de certains avantages et la conservation du fameux Silver Pass donnant accès aux parcs. Une manière de réduire la masse salariale sans multiplier les départs imposés. Nous avions détaillé ce dispositif dans notre article consacré au plan de départs anticipés de Disney.
Le retour au bureau se durcit
Au-delà des effectifs, c’est l’organisation du travail qui change. Disney applique désormais de manière stricte une politique de quatre jours de présence hebdomadaire au bureau pour l’ensemble de ses équipes, réduisant drastiquement la place laissée au télétravail. Cette orientation, dans l’air du temps chez plusieurs géants américains, accompagne la volonté affichée de resserrer la culture d’entreprise et de favoriser la collaboration en présentiel. Pour les salariés, elle marque un net retour en arrière par rapport aux habitudes prises depuis 2020.
Une austérité qui tranche avec des résultats solides
C’est tout le paradoxe de cette séquence. Ces coupes budgétaires surviennent alors que Disney affiche des comptes robustes. Au troisième trimestre de son exercice 2026, le groupe a battu les attentes des analystes, porté par un segment Experiences record et par un streaming devenu rentable. Dans le même temps, ses studios sont devenus le deuxième du secteur à franchir les 4 milliards de dollars de recettes mondiales sur l’année. Nous sommes revenus en détail sur ces chiffres dans nos articles sur les résultats du troisième trimestre et sur le cap des 4 milliards au box-office.
Alors pourquoi tailler dans les effectifs quand les caisses se portent bien ? Parce que l’objectif n’est pas de combler un trou, mais d’améliorer les marges. Selon la presse spécialisée américaine, la direction, autour de Josh D’Amaro arrivé à la tête de l’entreprise en 2026 et du directeur financier Hugh Johnston, s’est dite résolument concentrée sur la réduction des coûts à l’échelle de tout le groupe, avec d’autres ajustements annoncés pour les mois à venir.
Ce que révèle la stratégie de Disney
Derrière ces décisions se dessine une logique de recentrage. Le groupe cherche à bâtir une structure plus légère et plus réactive, parfois résumée par la formule d’une organisation plus agile. Chez Pixar, cette philosophie prend la forme d’une approche dite plus resserrée, avec moins de projets menés de front et des équipes de production réduites, d’autant que certains films récents ont déçu en salles. Ailleurs, la transformation passe aussi par l’automatisation de certaines tâches grâce aux technologies les plus récentes, une allusion à peine voilée à l’intelligence artificielle.
Ce mouvement ne concerne d’ailleurs pas que Disney. Depuis la fin de la bulle du streaming, la plupart des grands groupes de divertissement américains ont engagé des plans d’économies comparables, sur fond de consolidation du secteur et de pression sur les marges. Disney avance toutefois ses propres arguments : après des années d’investissements colossaux dans ses plateformes, l’heure est à la rentabilité. La difficulté consiste à tailler dans les coûts sans abîmer ce qui fait la valeur du groupe, à savoir la qualité de ses productions et l’expérience vécue dans ses parcs. C’est tout l’enjeu des arbitrages menés division par division.
En clair, Disney arbitre. Le groupe continue d’investir massivement dans ses parcs, comme l’ont montré les annonces spectaculaires du D23, et dans ses contenus phares, tout en comprimant les fonctions support et les activités jugées moins stratégiques. Pour les salariés concernés, l’année 2026 aura été douloureuse. Pour la direction, elle vise à préparer une entreprise plus rentable, au moment où la bataille du streaming et la rénovation des parcs mobilisent des milliards. Reste à voir, en 2027, si cet équilibre entre rigueur budgétaire et ambitions créatives tiendra la distance.