La chronologie des médias en France : le casse-tête résolu !

Publié par Séverine Jacquard le 26 avril 2020 | Maj le 26 avril 2020

Avec l’arrivée le 7 avril de la plateforme de streaming tant attendue des fans Disney, une question était sur toutes les lèvres : quel catalogue allait nous proposer Disney+ ? En effet, avec la promesse de la Walt Disney Company de proposer « tout Disney » dans son service de vidéo à la demande, certains spectateurs pouvaient s’attendre à retrouver la totalité du répertoire Disney après s’être acquitté des droits d’abonnement. Et c’est là que, peut-être, certains d’entre vous ont été déçus en se rendant compte qu’en réalité, un certain nombre de films manquaient à l’appel. L’une des raisons qui explique l’absence de certaines œuvres du répertoire Disney, en particulier les plus récentes, vient d’une exclusivité européenne, que l’on appelle la chronologie des médias. C’est ce qui explique, entre autres, que La Reine des Neige 2, par exemple, puisse être proposée sur Disney + aux États-Unis, alors que ce n’est pas le cas en France. Afin de ne plus être surpris par le décalage entre l’offre américaine et la nôtre, Radio Disney Club vous explique en détails le principe de cette chronologie des médias, typiquement européenne, et qui va, on l’espère, être soumise à des remaniements très prochainement.

Disney + logo

La nouvelle plateforme SVOD des fans Disney.

La chronologie des médias : une initiative pour défendre le répertoire cinématographique

Replongeons nous dans la France des années 80, à l’époque où ce n’étaient pas les plateformes SVOD qui inquiétaient les professionnels du grand écran, mais l’apparition des vidéos-cassettes, ainsi que la multiplication des postes de télévision chez les particuliers. Face à cette menace d’un nouveau genre, les exploitants du cinéma demandent une protection de l’état, afin que perdure l’industrie cinématographique, en particulier en France où elle a une symbolique toute particulière, puisque ce pays vit naître les Frères Lumière, célèbres pour leur contribution à l’histoire du cinéma, mais aussi par son impact économique important dans le secteur culturel. C’est ainsi que le ministre de la culture de l’époque, Jack Lang, se pencha sérieusement sur le sujet, et l’on vit apparaître des décrets ministériels, instaurant un délai entre la sortie d’un film sur grand écran et sa diffusion sur support physique. Le délai pour revoir des grands succès du cinéma dans son salon était alors fixé à un an.

Les différentes licences proposées par Disney +.

 

Puis, devant la menace que commence également à constituer la télévision, de nouveaux accords vont voir le jour : les chaînes pourront obtenir une exclusivité de diffusion pour un temps donnée, en échange du préfinancement de ces films. Ainsi, les chaînes n’ayant pas participé au financement du film devront attendre trois ans avant de pouvoir le diffuser à leurs spectateurs, là où celles qui auront co-produit le film verront leurs délais réduits. C’est sur ces principes que télévision, cinéma et distributeurs de vidéos vont travailler main dans la main pendant de nombreuses années, jusque dans les années 1990 précisément. C’est à cette époque que l’Union Européenne évoque la nécessité de ne plus faire intervenir l’État pour établir et gérer cette chronologie des médias, mais de l’élaborer entre les professionnels du secteur seulement. C’est ainsi qu’en 2009, professionnels du cinéma, de la télévision et distributeurs de supports vidéos se sont réunis pour remettre à jour les règles élaborées par l’État dans les années 80. Ce sont ces règles qui ont eu cours pendant de nombreuses années, et qui ont commencé à évoluer seulement à partir de 2019.

Différents délais pour différents types d’investissement dans le cinéma européen.

C’est pour cette raison qu’il existe aujourd’hui un délai entre le moment où vous verrez un film sur grand écran, et le moment où il sera disponible à la vente sur support DVD ou Blu-ray, ou encore accessible sur les chaînes de télévision. Les règles et les délais varient en fonction du mode d’exploitation (vente de supports vidéographiques, télévision payante de cinéma, télévision en clair…) mais aussi du succès du film lors de sa sortie en salle. En effet, un film ayant fait moins de 100 000 entrées après 4 semaines d’exploitation verra son délai d’exploitation réduit de quelques mois, par rapport à un film ayant fait un nombre d’entrée plus important. Les délais et les accords que nous connaissons aujourd’hui ont en fait été fixés en 2019, après une dizaine d’années sans avoir évolué. C’est donc ces accords qui régissent aujourd’hui la chronologie des médias telle que nous la connaissons.

Disney +, la plateforme SVOD de Disney

Disney +, la plateforme SVOD de Disney

Suite à ces discussions, il s’est avéré que Canal + était sorti grand vainqueur des négociations. En effet, avec un investissement conséquent de la part du groupe dans les productions cinématographiques européennes, celui-ci a pu négocier un délai de seulement 8 mois entre la sortie d’un film en salle et sa diffusion sur ses chaînes. Cependant, de nouvelles problématiques sont aujourd’hui à prendre en compte, qui nécessiteront certainement de nouvelles discussions en 2020, voir en 2021, comme par exemple la multiplication des plateformes de vidéos à la demande par abonnement (Netflix, Prime Vidéo et bien sûr Disney +). Ces nouvelles plateformes se trouvent effectivement lésées par cette chronologie des médias qui les dépossèdent de leurs propres licences sur le territoire français. De plus, la nouvelle façon de « consommer » des films et des séries de la part des spectateurs rend parfois obsolète cette chronologie des médias. En effet, des séries comme The Mandalorian, même si elles ne sont pas encore diffusées officiellement en France, sont facilement accessibles sur le net en téléchargement illégal. La chronologie des médias impose donc des délais trop longs pour un public qui a pris l’habitude d’accéder à des films ou des séries de manière quasi-instantanée. C’est donc en gardant en tête toutes ces nouvelles problématiques, et en impliquant tous ces nouveaux acteurs, que les principes régissant la chronologie des médias vont certainement de nouveau être débattus dans les années à venir.

Concrètement, qu’est-ce que la chronologie des médias signifie pour le spectateur ?

Un exemple avec le film Coco, sorti en 2017.

Pour vous aider à y voir un peu plus clair, rien ne vaut un petit exemple, qui permettra d’illustrer les délais des modes d’exploitation principaux qui existent sur le territoire français. Si l’on se base par exemple sur le film Coco, des studios Disney-Pixar, sorti le 15 novembre 2017 dans nos salles obscures, et qui a fait plus de 10 000 entrées au box-office, nous le retrouverons donc théoriquement accessible sous différents formats et dans différents délais :

– 4 mois plus tard, dès le 15 mars 2018 : vente et location de supports vidéos et accès en vidéo à la demande.

– 8 mois plus tard, dès le 15 juillet 2018 : télévision payante de cinéma ayant signé un accord avec les organisations du cinéma (Canal+ ,OCS)

– 17 mois plus tard, dès le 15 avril 2019 : télévision payante de cinéma

– 22 ou 30 mois plus tard (en fonction de leur investissement dans le financement d’œuvres européennes), dès le 15 septembre 2019 ou le 15 mai 2020 : chaînes gratuites (TF1, M6, France Télévision…)

– 36 mois plus tard – dès le 15 novembre 2020: vidéo à la demande par abonnement, plates-formes « non vertueuses » (Netflix, Amazon Prime, Disney +)

Par « non-vertueuses », on entend des plateformes qui ne respectent pas un certain nombre de critères établis par les professionnels de l’industrie cinématographique en Europe, comme par exemple le fait de s’acquitter de certaines taxes, de conclure des accords avec les professionnels du secteur cinématographique… On peut donc en conclure qu’un film comme Coco, pourtant sorti en 2017 sur grand écran en France, ne sera pas disponible avant le dernier trimestre de l’année 2020 sur la plateforme Disney +.

Alors, meilleure façon de défendre les intérêts du cinéma européen ou véritable porte ouverte au téléchargement illégal, chacun a sa propre opinion sur cette chronologie des médias. Mais dans tous les cas, il nous semble important que chaque spectateur soit informé de ce principe de fonctionnement, et ce dans le but d’être parfaitement au courant des délais de parution de ses œuvres favorites sur les plateformes SVOD. Ainsi, ne vous attendez pas à retrouver La Reine des Neiges 2 d’ici seulement quelques mois sur Disney +, il vous faudra faire preuve d’un peu plus de patience pour pouvoir en profiter. Cependant, on peut peut-être espérer que de plus en plus de films seront proposés directement en vidéo à la demande, comme ce sera par exemple le cas du film Artemis Fowl, afin de faire profiter les abonnés de quelques nouveautés de grande qualité, sans avoir à sortir de chez soi.

1 commentaires sur "La chronologie des médias en France : le casse-tête résolu !"
  1. Kamille

    Super

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