La chronologie des médias en France : le casse-tête résolu !

Publié par Séverine Jacquard le 26 avril 2020 | Maj le 23 juin 2021

Depuis l’arrivée de la plateforme de streaming tant attendue des fans Disney, beaucoup se pose la question de quel contenu arrivera à quel moment sur la plateforme ? En effet, avec la promesse de la Walt Disney Company de proposer « tout Disney » dans son service de vidéo à la demande, certains spectateurs pouvaient s’attendre à retrouver la totalité du répertoire Disney après s’être acquitté des droits d’abonnement. Et c’est là que, peut-être, certains d’entre vous ont été déçus en se rendant compte qu’en réalité, un certain nombre de films manquaient à l’appel. L’une des raisons qui explique l’absence de certaines œuvres du répertoire Disney, en particulier les plus récentes, vient d’une exclusivité européenne, que l’on appelle la chronologie des médias. C’est ce qui explique, entre autres, que La Reine des Neige 2, par exemple, puisse être proposée sur Disney + aux États-Unis, alors que ce n’est pas le cas en France. Afin de ne plus être surpris par le décalage entre l’offre américaine et la nôtre, Radio Disney Club vous explique en détails le principe de cette chronologie des médias, typiquement européenne, et qui vient d’être remise au goût du jour en juin 2021.

Disney + logo

La nouvelle plateforme SVOD des fans Disney.

La chronologie des médias : une initiative pour défendre le répertoire cinématographique

Replongeons nous dans la France des années 80, à l’époque où ce n’étaient pas les plateformes SVOD qui inquiétaient les professionnels du grand écran, mais l’apparition des vidéos-cassettes, ainsi que la multiplication des postes de télévision chez les particuliers. Face à cette menace d’un nouveau genre, les exploitants du cinéma demandent une protection de l’état, afin que perdure l’industrie cinématographique, en particulier en France où elle a une symbolique toute particulière, puisque ce pays vit naître les Frères Lumière, célèbres pour leur contribution à l’histoire du cinéma, mais aussi par son impact économique important dans le secteur culturel. C’est ainsi que le ministre de la culture de l’époque, Jack Lang, se pencha sérieusement sur le sujet, et l’on vit apparaître des décrets ministériels, instaurant un délai entre la sortie d’un film sur grand écran et sa diffusion sur support physique. Le délai pour revoir des grands succès du cinéma dans son salon était alors fixé à un an.

Les différentes licences proposées par Disney +.

Puis, devant la menace que commence également à constituer la télévision, de nouveaux accords vont voir le jour : les chaînes pourront obtenir une exclusivité de diffusion pour un temps donnée, en échange du préfinancement de ces films. Ainsi, les chaînes n’ayant pas participé au financement du film devront attendre trois ans avant de pouvoir le diffuser à leurs spectateurs, là où celles qui auront co-produit le film verront leurs délais réduits. C’est sur ces principes que télévision, cinéma et distributeurs de vidéos vont travailler main dans la main pendant de nombreuses années, jusque dans les années 1990 précisément. C’est à cette époque que l’Union Européenne évoque la nécessité de ne plus faire intervenir l’État pour établir et gérer cette chronologie des médias, mais de l’élaborer entre les professionnels du secteur seulement. C’est ainsi qu’en 2009, professionnels du cinéma, de la télévision et distributeurs de supports vidéos se sont réunis pour remettre à jour les règles élaborées par l’État dans les années 80. Ce sont ces règles qui ont eu cours pendant de nombreuses années, et qui ont commencé à évoluer seulement à partir de 2019.

Différents délais pour différents types d’investissement dans le cinéma européen.

C’est pour cette raison qu’il existe aujourd’hui un délai entre le moment où vous verrez un film sur grand écran, et le moment où il sera disponible à la vente sur support DVD ou Blu-ray, ou encore accessible sur les chaînes de télévision. Les règles et les délais varient en fonction du mode d’exploitation (vente de supports vidéographiques, télévision payante de cinéma, télévision en clair…) mais aussi du succès du film lors de sa sortie en salle. En effet, un film ayant fait moins de 100 000 entrées après 4 semaines d’exploitation verra son délai d’exploitation réduit de quelques mois, par rapport à un film ayant fait un nombre d’entrée plus important. Les délais et les accords que nous connaissions jusqu’à aujourd’hui avaient en fait été fixés en 2019, après une dizaine d’années sans avoir évolué.

Disney +, la plateforme SVOD de Disney

Disney +, la plateforme SVOD de Disney

Suite à ces discussions, il s’est avéré que Canal + était sorti grand vainqueur des négociations. En effet, avec un investissement conséquent de la part du groupe dans les productions cinématographiques européennes, celui-ci a pu négocier un délai de seulement 8 mois entre la sortie d’un film en salle et sa diffusion sur ses chaînes.

Cependant, avec les nouvelles problématiques qui sont aujourd’hui à prendre en compte, comme par exemple la multiplication des plateformes de vidéos à la demande par abonnement (Netflix, Prime Vidéo et bien sûr Disney +), la loi a enfin été changée. Ces nouvelles plateformes se trouvaient effectivement lésées par cette chronologie des médias qui les dépossèdaient de leurs propres licences sur le territoire français. De plus, la nouvelle façon de « consommer » des films et des séries de la part des spectateurs rend parfois obsolète cette chronologie des médias. En effet, des séries comme The Mandalorian, même si elles ne sont pas encore diffusées officiellement en France, sont facilement accessibles sur le net en téléchargement illégal. La chronologie des médias impose donc des délais trop longs pour un public qui a pris l’habitude d’accéder à des films ou des séries de manière quasi-instantanée. C’est donc en gardant en tête toutes ces nouvelles problématiques, et en impliquant tous ces nouveaux acteurs, que les principes régissant la chronologie des médias ont été de nouveau débattus en juin 2021, avec une application directement en juillet de la même année.

Concrètement, qu’est-ce que la chronologie des médias signifie pour le spectateur ?

Un exemple avec le film Coco, sorti en 2017.

Pour vous aider à y voir un peu plus clair, rien ne vaut un petit exemple, qui permettra d’illustrer les délais des modes d’exploitation principaux qui existent sur le territoire français. Si l’on se base par exemple sur le film Coco, des studios Disney-Pixar, sorti le 15 novembre 2017 dans nos salles obscures, et qui a fait plus de 10 000 entrées au box-office, nous le retrouverons donc théoriquement accessible sous différents formats et dans différents délais :

– 4 mois plus tard, dès le 15 mars 2018 : vente et location de supports vidéos et accès en vidéo à la demande.

– 8 mois plus tard, dès le 15 juillet 2018 : télévision payante de cinéma ayant signé un accord avec les organisations du cinéma (Canal+ ,OCS)

– 17 mois plus tard, dès le 15 avril 2019 : télévision payante de cinéma

– 22 ou 30 mois plus tard (en fonction de leur investissement dans le financement d’œuvres européennes), dès le 15 septembre 2019 ou le 15 mai 2020 : chaînes gratuites (TF1, M6, France Télévision…)

– 36 mois plus tard – dès le 15 novembre 2020: vidéo à la demande par abonnement, plates-formes « non vertueuses » (Netflix, Amazon Prime, Disney +)

Par « non-vertueuses », on entend des plateformes qui ne respectent pas un certain nombre de critères établis par les professionnels de l’industrie cinématographique en Europe, comme par exemple le fait de s’acquitter de certaines taxes, de conclure des accords avec les professionnels du secteur cinématographique… On peut donc en conclure qu’un film comme Coco, pourtant sorti en 2017 sur grand écran en France, n’a pas été pas disponible avant fin 2020 sur la plateforme Disney +.

Que vient donc chambouler le nouveau décret de juin 2021 ? Les plateformes « non vertueuses » vont pouvoir mettre en ligne les films seulement 12 mois après leur sortie au cinéma (contre les 36 ci-dessus), A LA CONDITION de consacrer au moins 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France à la production d’oeuvres cinématographiques et audiovisuelles européennes ou d’expression original française.

Les plateformes de streaming vont donc certainement tout faire pour entrer dans ce cadre et cela devrait chambouler la production cinématographique en France et en Europe ! Bien évidemment, si les plateformes ne s’adaptent pas, les explications précédentes seront toujorus valables.

Alors, meilleure façon de défendre les intérêts du cinéma européen ou véritable porte ouverte au téléchargement illégal, chacun a sa propre opinion sur cette chronologie des médias. Mais dans tous les cas, il nous semble important que chaque spectateur soit informé de ce principe de fonctionnement, et ce dans le but d’être parfaitement au courant des délais de parution de ses œuvres favorites sur les plateformes SVOD.

3 commentaires sur "La chronologie des médias en France : le casse-tête résolu !"
  1. Kamille

    Super

  2. FierDeLaFrance

    Il serait grand temps que le gouvernement français, le CSA et le CNC, suppriment définitivement cette chronologie des médias, spécificité française unique dans le monde.

    Cela permettrait de pouvoir bénéficier des derniers films et de catalogues de films bien plus complets pour toutes les plateformes de vidéos à la demande disponibles en France.

    Par exemple, il serait bien de permettre qu’une fois le film retiré des salles de cinéma, celui-ci puisse être disponible sur les plateformes SVOD environ 1 mois plus tard.

  3. Darkham

    Quel foutage de tronche cette chronologie des médias. Complètement obsolète, pénalisant totalement les consommateurs français et favorisant de ce fait les téléchargements illégaux. Bref, le comble de l’absurdité comme on sait si bien le faire en France. Cela me rappelle le début de la musique dématérialisée. Les majors y voyaient une menace absolue pour l’industrie musicale. On a donc mis en place des mécanismes pour traquer les vilains téléchargeurs, avec les résultats que l’on connait… A aucun moment on s’est dit dès le départ « Et si on créait un portail de contenu à la française ? Que l’on profite de ce nouveau mode de consommation pour se positionner solidement » et bein non.
    Cette chronologie est tout aussi absurde et à côté de la plaque. On nous promettait la fin des cinémas avec l’arrivée des contenus digitaux, hors le ciné fait de très bon chiffres. C’est n’est pas une simple réforme qu’il faudra, mais une suppression pure et simple.

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