Soul : questions et réponses avec l’équipe du film

Publié par Séverine Jacquard le 21 décembre 2020 | Maj le 21 décembre 2020

Le 25 décembre 2020 sort sur Disney + le dernier né des studios Pixar : Soul. Pour ceux qui ignorent encore tout de l’intrigue, en voici un petit aperçu : le film met en scène le personnage de Joe Garner, un professeur de musique qui depuis toujours rêve à de plus hautes aspirations. Alors qu’il se voit enfin offrir l’opportunité de sa vie, jouer du jazz dans le meilleur club de New-York, un accident va provoquer la séparation de son enveloppe corporelle et de son âme. Celle-ci va alors se retrouver dans « The Great Before » (qu’on peut traduire littéralement par « Le Grand Avant »). C’est là que les nouvelles âmes acquièrent leurs personnalités et leurs caractères, avant d’être envoyées sur Terre. Déterminé à retrouver sa vie, Joe va alors faire équipe avec 22, une âme qui, malheureusement, ne voit absolument pas l’intérêt d’entamer une nouvelle vie sur Terre. Joe va essayer par tous les moyens de lui prouver à quel point l’existence est formidable, et en faisant cela, il découvrira lui-même le sens profond de la vie. A l’occasion de la sortie très prochaine de ce film tant attendu, nous avons eu le privilège d’assister à une visioconférence avec l’équipe du film, qui a pu nous en dire davantage sur leur dernière création.

Soul, le dernier-né des studios Pixar

Les membres de l’équipe présents lors de cet événement étaient :

  • Pete Docter, réalisateur du film Soul et directeur créatif des studios Pixar,
  • Kemp Powers, co-réalisateur du film,
  • Dana Murray, productrice du film.

Pete Docter, Dana Murray, Kemp Powers et Mike Jones lors de la D23.

L’équipe de Soul

S’il n’est plus besoin de présenter Pete Docter, qui réalise avec Soul son 4ème long-métrage d’animation pour les studios Pixar, et qui n’est autre que le directeur créatif dudit studio, Kemp Powers et Dana Murray sont quant à eux pour la toute première fois crédités au générique d’un long-métrage d’animation. Pour nous, ils sont revenus longuement sur leurs rôles respectifs dans ce long processus créatif.

Kemps Powers

Si Dana Murray travaille depuis longtemps aux studios Pixar, Kemp Powers met quant à lui pour la première fois un pied dans le monde de l’animation. Avant sa présence au générique du film Soul, la carrière de Powers reposait avant tout sur l’écriture de pièces de théâtre. Ce dramaturge a d’ailleurs été connu pour le succès de sa pièce One Night in Miami, qui a été adaptée cette année dans un film du même nom, et pour lequel Powers est crédité en tant que scénariste. Interrogé sur ce changement d’orientation dans son parcours professionnel, il explique avoir toujours aimé les films d’animation Pixar, et être particulièrement intéressé par le monde de l’animation en général, une passion qui remonterait à ses années étudiantes, alors qu’il avait déjà un véritable engouement pour les comics. Pour lui, le grand intérêt de réaliser un film d’animation est de pouvoir travailler séquence par séquence, ce qui permet un lien constant entre l’œuvre en devenir et le scénario d’origine, et c’est ce qui lui a apparemment manqué dans le travail d’adaptation qu’il a réalisé pour monter sa pièce de théâtre sur grand écran. Il avait en effet du mal à reconnaître sa pièce originelle dans la réadaptation cinématographique qu’il en a proposé. Interrogé sur son rôle au sein de l’équipe, et en particulier sur sa collaboration avec Pete Docter, il répond qu’il se voit comme « un co-pilote », dont la présence a permis de mettre en évidence de nouvelles idées, de nouveaux points de vue, et de pouvoir en discuter ensemble pour trouver les solutions les plus intéressantes et efficaces.

Dana Murray

Cette animatrice et productrice est surtout connue pour avoir produit le court-métrage L.O.U, nominé en 2018 pour un Academy Award : celui du meilleur court-métrage d’animation. Même si elle n’est pas une novice dans le monde de l’animation, elle avoue que son expérience passée, bien qu’ayant été une excellente entrée en matière, n’était pas exactement la même chose que le travail qu’elle a pu effectuer sur le long-métrage Soul.Cette fois-ci, tout lui a semblé démultiplié : le nombre de collaborateurs ayant besoin de son aide ou de son aval, la quantité de séquences réalisées, le temps investi dans le projet ainsi que la place de la musique, qui est évidemment beaucoup plus importante dans un film de cet ampleur. Tout lui a semblé beaucoup plus « grand » et imposant.

Pete Docter

Et nous en venons maintenant au vétéran de notre équipe, qu’il n’est plus besoin de présenter, tant ses films sont représentatifs de l’esprit Pixar.  Pour lui, la question qui se posait principalement était de savoir s’il avait ressenti beaucoup de changements entre ses premières collaborations avec les studios Pixar et celle-ci. A cette question, Pete Docter répond avec humour que pour son premier film, Monstres et Compagnie, il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait, ni par où commencer… et que cela n’est finalement pas tellement différent de ce qu’il ressent aujourd’hui. Pour expliquer ce sentiment, le réalisateur évoque une image tout à fait parlante, utilisée par l’un de ses anciens acolytes, Joe Ranft, aujourd’hui disparu, mais qui avait l’habitude de comparer le processus créatif dans un film d’animation à une voiture embourbée : plus on essaie de forcer le moteur, plus les roues de la voiture se bloquent. Il faut alors arrêter de chercher à tout prix les idées, et les laisser venir à nous en s’inspirant d’un tout petit rien qui va attirer notre attention et cristalliser autour de lui tout le processus de création. Il peut s’agir d’un sentiment, d’un thème… Pour Soul, cette inspiration première est venue des personnages, et tout s’est déroulé ensuite très naturellement autour d’eux. Pour conclure cette prise de parole pleine de bon sens et riche d’enseignement, Pete Docter avoue avec beaucoup d’humour qui si on pouvait savoir à l’avance quelle serait cette idée première, l’équipe gagnerait beaucoup de temps… et d’argent. Mais pour lui, la recherche et la découverte de cette première étincelle est l’essence même de la création d’un film d’animation.

Le processus de création de Soul

Soul, affiche originale du film.

Interrogé d’ailleurs sur le processus créatif qui a amené Soul à voir le jour, Pete Docter nous a donné à voir les différentes étapes qui ont amené l’équipe de tournage à faire du film ce qu’il est devenu aujourd’hui. Il a notamment évoqué le fait qu’il a été très difficile pour lui de se lancer dans un nouveau projet après avoir réalisé Vice-Versa. Ce film était tellement novateur par son thème et son traitement à l’écran qu’il lui semblait très difficile de trouver une nouvelle idée qui vaille la peine d’en faire un nouveau projet. Cependant, il évoque deux idées qui lui ont permis de retrouver l’inspiration. D’abord, s’il était un jeune papa lors de la réalisation de Monstres et Compagnie, il est aujourd’hui le papa de deux jeunes adultes. Et en les regardant grandir, il n’a pas pu s’empêcher de regarder en arrière et de se dire que leurs personnalités et leurs traits de caractère étaient déjà bel et bien présents dès le tout début de leur vie. Cette idée l’a poussé à se demander d’où leur venaient ces caractéristiques. Pouvaient-elles venir d’un « Great Before » (ou « Grand Avant ») ? Il n’en fallait pas plus pour enflammer l’imagination de cet artiste émérite et le pousser à traiter ce thème. Mais il évoque également une deuxième idée, proche de la première, qui l’a aidé à construire sa vision du film. Il s’est en effet demandé si nous venions tous au monde avec un but, si nous connaissions déjà le sens de notre vie, ou si au contraire il nous fallait le chercher afin de nous faire notre place dans le monde. Voilà pour lui les deux idées principales à l’origine de la naissance de ce nouveau long-métrage, qui même s’il est novateur par son thème et son origine, n’est pas non plus complètement étranger au processus créatif propre à Pete Docter, qui l’a déjà amené à nous proposer plus d’un chef-d’œuvre d’animation.

Les thématiques principales du film Soul

Soul

Le personnage de 22

Après avoir abordé le processus de création qui a amené Soul à voir le jour ainsi que la façon de collaborer et de travailler sur un film de cette envergure, la question des thèmes traités dans Soul a bien évidemment été évoquée au cours de la conférence. Et il est étonnant de constater qu’une fois encore, par leur façon d’aborder ces différents thèmes, les équipes du film se sont à la fois imprégnées de questionnements et de thématiques ancestrales, mais en leur apportant un regard totalement novateur.

Le thème de la vie

Pour Pete Docter et son équipe, aucun doute là-dessus, le film traite avant tout de la vie. Alors quand on leur pose la question du traitement de la mort de Joe Garner, et le rapport que les plus jeunes spectateurs pourraient avoir avec ce thème en particulier, ils répondent tout naturellement qu’à aucun moment le public n’est confronté directement à la mort. En effet, Kemp Powers insiste là-dessus en montrant bien qu’on voit ce qu’il se passe avant que l’âme de Joe ne se détache de son corps, on assiste également à l’arrivée de l’âme dans le « Grand Avant », mais on ne montre jamais explicitement la mort du personnage principal. Cela étant dit, Powers avoue que la question s’est posée pour l’équipe de savoir s’ils n’avaient pas été trop loin dans la thématique, si le film n’allait pas être traumatisant pour le jeune public. Pour répondre à cette question, ils ont organisé des projections tests et se sont rendus compte que les plus jeunes n’étaient absolument pas traumatisés par ce qu’ils voyaient à l’écran. Il a d’ailleurs ajouté de manière tout à fait à propos que lui-même avait été traumatisé dans sa jeune enfance par le film Pinocchio, et que pour lui, Soul était bien loin d’être aussi effrayant. Il voit même ce film comme une forme de réponse que Pixar apporterait aux enfants qui se demanderaient ce qu’il se passe après la vie, pour lui « quand les parents répondent à leurs enfants : « tu sauras cela plus tard », et bien Soul apporte quant à lui une forme de réponse ».  Et en effet, on peut se dire qu’une réponse nouvelle et sous forme d’animation à cette question immémoriale peut-être tout à fait indiquée pour aborder la question de la vie en douceur avec le public le plus jeune. Une autre question a été de savoir comment le studio s’était placé dans cette thématique par rapport aux différentes religions, qui apportent toutes leurs propres réponses à ce qui se passe après la vie. Pete Docter a répondu à cela en expliquant que durant la création du film, ils s’étaient tournés vers différents prédicateurs de différentes religions, pour s’assurer que la façon de traiter le sujet ne blessait aucune confession et, pour lui, c’est le cas. En effet, le studio a tout simplement repris une idée partagée par tous les humains, selon laquelle l’âme existe en dehors de son enveloppe charnelle, et qu’elle est incarnée par une entité vaporeuse et évanescente.

La musique de Soul

Durant la visioconférence, plusieurs questions se sont tournées vers le choix de la musique proposée par l’équipe pour traiter ce nouveau film Disney-Pixar. Quand on demande à Pete Docter pourquoi avoir choisi le jazz pour illustrer les propos du long-métrage, il répond que le lien entre le jazz et le monde de l’animation est profond et ancien, car l’un et l’autre se correspondent plutôt bien. Il a d’ailleurs évoqué à ce propos l’exemple de Betty Boop, création animée des frères Fleisher qui, déjà à l’époque, adaptait des chefs-d’œuvre du jazz dans ses courts-métrages. Mais le rapport entre la musique jazz et l’animation ne s’arrête pas là pour lui. En effet, il prouve que les deux domaines sont intrinsèquement liés par leur essence même. Il a cité à ce propos un exemple très parlant du célèbre musicien de jazz, Miles Davis, qui lors d’un concert, avait joué une fausse note mais qui, au lieu de s’en inquiéter ou de stopper la représentation en avait au contraire profité pour créer quelque chose de nouveau à partir de cette erreur. Et pour Pete Docter, cette improvisation, qui est l’essence même du jazz, correspond tout à fait au processus créatif nécessaire pour un film d’animation.

S’est ensuite posée la question de l’équipe choisie par les réalisateurs pour porter à l’écran la musique du film. Pete Docter a rappelé à cette occasion que l’artiste de jazz Jon Batiste avait été choisi pour composer les musiques de jazz que nous allons entendre dans le film, alors que deux autres artistes, Trent Reznor et Atticus Ross avaient quant à eux été chargés de réaliser la partition du film. Il explique ce choix du fait que les artistes eux-mêmes avaient différentes choses à apporter au film, en fonction du sujet évoqué à l’écran, ce qui expliquait cette différence de traitement de la musique en fonction de l’intrigue.

Les personnages et le lieu de l’action de Soul

Quand on pense jazz et États-Unis, nos pensées se tournent tout particulièrement vers La Nouvelle-Orléans, qui est le berceau de la musique jazz. Interrogé à ce propos, Kemp Powers reconnaît que pour cette raison, le film aurait très bien pu se dérouler en Louisiane, mais cet univers avait déjà été évoqué dans d’autres films d’animations. Voilà pourquoi le choix d’installer l’action à New-York a été fait. D’ailleurs pour lui, cette ville comporte les clubs de jazz les plus iconiques, ce qui se prêtait très bien aux aspirations du personnage principal, qui rêve de se produire dans l’un de ces clubs.

soul

Les personnages de Terry, 22 et Joe, sous sa forme d’âme.

Quant aux personnages du « Grand Avant », bien que l’équipe soit restée très vague sur le sujet, Dana Murray a tout de même partagé avec nous une anecdote concernant la création des personnages de Jerry et de Terry. D’après le site Disney Wiki Fandom, il s’agit de deux personnages que nous allons rencontrer dans « the Great Before ». Terry est une compteuse d’âme, chargée de dénombrer combien d’âmes passent du « Grand Avant » au « Pays des Vivants », en tant que nouveau-nés. Très attachée à son travail, elle va se révéler l’antagoniste principale du film lorsque Joe va tenter de se détourner du droit chemin, et de revenir dans son propre corps sur Terre. Jerry quant à lui est un conseiller des âmes devant se réincarner sur Terre, et en particulier celui de 22, cette âme qui refuse obstinément de revenir sous une forme humaine. Ces deux personnages aux contours flous et vaporeux ont été créés suite à une expérimentation faite avec un jeu d’ombre et de lumière au cours du tournage du film.

Le mot de la fin…

Suite à cette conférence, nous sommes donc certains d’une chose, c’est que ce film sera totalement novateur par son approche et par sa façon d’aborder les différents thèmes traités. La partition du film, et le choix d’en confier l’interprétation à différents artistes, la façon d’incarner à l’écran les âmes ou encore le fait que les collaborateurs de ce film soient pour la plupart de jeunes recrues sur un long-métrage Pixar, tout cela montre une volonté d’émancipation et de modernité par rapport à ce qui a été fait précédemment dans l’univers Pixar. Malgré tout, c’est dans les vieux chaudrons que sont réalisés les recettes les mieux réussies, voilà pourquoi on retrouve Pete Docter à la réalisation, ou pourquoi le thème de la vie est au cœur même de ce nouveau film d’animation. Par un alliage subtil entre modernité et tradition, l’équipe du film va tenter de nous proposer une expérience totalement inédite, mais qui répond à des questions ancestrales, et tout cela en streaming dès le 25 décembre, sur la plateforme Disney +, une grande première pour un film Disney-Pixar de fin d’année, une preuve de plus que la modernité est au cœur de ce projet.

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