La Planète au Trésor : les raisons d’un échec

Publié par Naomi HUART le 11 avril 2018 | Maj le 11 avril 2018

La Planète au Trésor – un nouvel univers, 43ème long-métrage d’animation des studios Disney, avait tout pour être un succès : réalisé par Ron Clements et John Musker à qui l’on doit des succès de la Renaissance des studios tels que la Petite Sirène, Aladdin ou Hercule, il s’agit d’une adaptation libre du best-seller de Robert Louis Stevenson, L’île au Trésor. Le film bénéficie aussi d’un casting très solide, puisqu’on retrouve entre autres Joseph Gordon-Lewitt dans le rôle principal et Emma Thomson en Capitaine Amélia pour la version originale, et David Hallyday (Jim Hawkins), Lorànt Deutsch (B.E.N) et Michelle Laroque (Capitaine Amélia) en version française. Pourtant, la Planète au Trésor reste encore aujourd’hui le deuxième plus gros échec de l’histoire des studios… mais mérite-t-il vraiment ce titre ?

trésor

La Planète au Trésor : Un film sous-estimé

Avec un score de 70% sur Rotten Tomatoes, La Planète au Trésor a été globalement bien reçu par les critiques. Il a également été nommé pour l’Oscar du meilleur film d’animation en 2003, pour perdre face au Voyage de Chihiro des studios Ghibli. Il est presque toujours cité dans les tops des Disney les plus sous-estimés sur internet, souvent aux côté d‘Atlantide, l’empire perdu, autre tentative malheureusement ratée pour Disney vers le genre de la science-fiction.

La Planète au Trésor était un projet cher aux yeux de Musker et Clements. Cela faisait des années qu’ils suppliaient Disney de les laisser réaliser une version science-fiction de L‘île au Trésor. Après avoir prouvé leur valeur grâce aux grands succès de la Renaissance, Disney leur donne enfin le feu vert.

La passion des réalisateurs pour leur projet se ressent tout le long du film. L’animation en 2D et les images de synthèse coexistent en parfaite harmonie en plus de coller parfaitement au concept du long-métrage qui mêle film d’époque et science-fiction. Ainsi, Musker et Clements réussissent réellement à réinventer L’île au Trésor grâce à un parti pris créatif et surprenant qui fonctionne étonnement bien.  Le monde créé pour la Planète au Trésor rappelle énormément la vision rétro-futuriste de Jules Verne et plaira donc à tous les amateurs de Steampunk. Visuellement, le film est un vrai régal pour les yeux, et le spectateur est immédiatement transporté dans un autre univers, très différent de tout ce que Disney avait réalisé auparavant.

un univers très steampunk !

Mais la Planète au Trésor n’est pas uniquement un beau film. Les personnages sont également bien travaillés, à la fois fidèles à ceux du livre et retravaillés pour mieux se fondre dans ce nouvel univers. Le célèbre John Long Silver devient un pirate de l’espace cyborg au bras robotisé, toujours aussi déchiré entre son désir de s’accaparer le trésor et celui de protéger Jim Hawkins, le héros du film, qu’il considère presque comme son fils de cœur.

La relation entre John Long Silver et Jim est d’ailleurs le plus gros point fort du film (avec l’animation), tant elle est bien traitée. Malgré leurs enjeux opposés, l’affection qui lient ces deux personnages est joliment retranscrite, et leurs actions, aussi bien bonnes que mauvaises, sont très compréhensibles.  John Long Silver a beau être un pirate (apparemment) sans scrupules, il ne passe pas une seule seconde pour le « méchant » du film. De plus, il reste fidèle à lui-même jusqu’à la fin en conservant une neutralité : il ne rejoint pas le « bon » côté suite à un acquis de conscience forcé qui aurait fait perdre de sa saveur au film.

Jim Hawkins est un protagoniste assez classique, le cliché de l’adolescent rebelle au grand cœur qui attend simplement qu’on lui donne sa chance pour changer de vie. Cependant, son passé est assez surprenant pour un Disney, puisque sa mère est encore en vie (fait suffisamment rare pour le souligner) et son père les a tous les deux abandonnés sans explications.  La mère de Jim doit donc survenir à ses besoins et à ceux de son fils en travaillant d’arrache-pied dans une auberge. Cette situation, ajoutée à la relation père/fils qu’entretien Jim avec John Long Silver, donne de l’épaisseur à son personnage et le rend plus attachant.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec notamment le Capitaine Amélia, une sorte de femme-chat qui dirige l’expédition vers la Planète au Trésor. Courageuse, forte, puissante et intelligente, cette Capitaine sans peur et sans reproche est un excellent exemple de personnage féminin réussi. Sa romance avec le Docteur Doppler est bien exécutée et semble naturelle. Elle  est cohérente au sein de l’histoire mais ne prend pas le pas sur l’intrigue principale.

Si l’on ajoute à tous ces éléments une bande-originale travaillée et un scénario de qualité, on obtient alors un long-métrage très sympathique, largement à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un studio comme Disney. Pourtant, les spectateurs n’ont pas répondu présents…

La Planète au Trésor : un film sorti au mauvais moment

Lors de son week-end de sortie aux États-Unis en Novembre 2002, la Planète au Trésor semblait pourtant bien partie : 4e plus grosse entrée après Harry Potter et la Chambre des Secrets, James Bond : Meurs un autre Jour et Super Noël 2, le film avait déjà récolté 12 millions de dollars.  Malheureusement, le succès fut de courte durée puisque La Planète au Trésor a seulement réussi à amasser un total de 109,5 millions de dollars au box-office mondial. Avec un coup de 140 millions, ce long-métrage a ainsi fait perdre plus de 40 millions de dollars à Disney ce qui lui vaut le titre de « box office bomb », c’est à dire échec du box-office.

Pour expliquer les raisons de cet échec, penchons-nous déjà sur l’époque à laquelle le film est sorti : en 2002, les studios Disney avaient quitté la période de la Renaissance pour entrer dans celle de la Post-Renaissance, ou période de Transition. Depuis Tarzan, les longs-métrages d’animation Disney ne faisaient plus autant l’unanimité, en partie à cause de la venue des dessins-animés en images de synthèse et du succès de Dreamworks avec Shrek. De ce fait, Disney est entré dans une période d’expérimentation, où les réalisateurs et les animateurs s’essayaient à des genres encore jamais explorés par les studios, en particulier la science-fiction. Quelques rares films sortis pendant les années 2000 furent un succès, comme Lilo et Stitch, d’autres ont acquis une belle notoriété avec le temps comme Kuzco, l’Empereur Mégalo, et d’autres sont encore aujourd’hui considérés comme les plus mauvaises productions Disney de tous les temps comme Chicken LittleLa Planète au Trésor est donc sortie au moment où le public s’était désintéressé de Disney et préférait se tourner vers d’autres studios de cinéma d’animation…

En 2002, la concurrence était rude. Comme mentionné plus haut, la Planète au Trésor est sorti le même jour que Harry Potter et James Bond, deux épisodes de sagas cinématographiques extrêmement populaires, et il est évident que les spectateurs se sont en priorité tournés vers ces films plutôt que cet étrange dessin-animé Steampunk en animation traditionnelle proposé par ce « ringard » de Disney. De plus, la Planète au Trésor était en rivalité avec deux autres films Disney cette année là, à savoir Super Noël 2, une suite plutôt attendue aux États-Unis, et l’énorme succès planétaire Lilo et Stitch qui continue 16 ans plus tard à engendrer des spin-off. Enfin, la Planète au Trésor aurait peut-être pu se rattraper grâce à sa nomination aux Oscars, mais c’était sans compter sur le Voyage de Chihiro, un chef d’œuvre du cinéma d’animation qui a évidement récolté le prix.  L’ensemble de ces films a fait tellement d’ombre à la Planète au Trésor que malgré un bon accueil des critiques et des spectateurs, celui-ci n’a malheureusement pas réussi à se démarquer…

 

Dernier facteur qui a pu jouer en la défaveur de la Planète au Trésor : le public ciblé. Tout comme Atlantide, L’empire Perdu avant lui, la Planète au Trésor vise une démographie plus âgée que celle habituellement ciblée par Disney, ce qui a pu déstabiliser les potentiels spectateurs. Pas assez féérique pour les enfants et pas assez provocateur pour les adultes qui avaient alors perdu tout intérêt envers les films d’animation traditionnels, voilà qui explique en partie l’échec de la Planète au Trésor au box-office.

Malgré l’échec monumental qu’a représenté la Planète au Trésor pour Disney, le film, au fil des années et sûrement grâce à sa mauvaise réputation injustement méritée, a néanmoins réussi à récolter une belle notoriété auprès des amateurs de cinéma d’animation.  Beaucoup de fans prennent plaisir à le revoir ou bien à le faire découvrir à ceux qui l’auraient manqué lors de sa sortie au cinéma. Après tout, la magie de Disney ne se mesure pas aux résultats du box-office, mais à la passion des spectateurs…

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