Disneyland Paris et la France : décryptage d’un choix stratégique payant

Publié par Rebecca Journiac le 23 septembre 2019 | Maj le 23 septembre 2019

Disneyland Paris a ouvert les portes, le 12 avril 1992, d’un parc sur l’univers des films Disney et le seul en Europe. Le choix de la France n’était pas gagné d’avance et c’est pour autant aujourd’hui un franc succès. C’est la convention de 1987 qui a lancé la machine dans ce choix stratégique. Revenons aujourd’hui sur ce qui a entouré le choix de la France pour accueillir la destination Disney européenne.

La sélection de la France face à l’Espagne pour EuroDisney

Disneyland Paris a été renommé à plusieurs reprises au cours de ses 25 années de son histoire, et si dans l’historique des dénominations Disney, EuroDisney fut la première, ce n’est pas un hasard. En effet, The Walt Disney Company avait l’ambition d’implanter une destination Disney en Europe et pour cela, plusieurs candidats avaient été sélectionnés : la France bien entendu mais aussi l’Espagne.

L’Angleterre proposait un climat d’affaires intéressant, pourtant ce pays a été écarté par Michael Eisner alors à la tête de The Walt Disney Company. Mais l’Espagne semblait être toute disposée à accueillir la destination Disney. En effet, la plupart des dirigeants Disney de l’époque appuyaient la candidature espagnole notamment pour des raisons climatiques plus similaires à celles de la Californie ou de la Floride, qui accueillent déjà une destination Disney chacune.

Choix stratégique disneyland paris

La France écartée d’un projet Disney à cause de la météo ?

De manière assez déstabilisante lorsque l’on y pense aujourd’hui, la France a bien failli ne pas accueillir Disney pour des raisons météorologiques. En effet, si le Sud de la France est assez ensoleillé tout au long de l’année, il est plus évident que Paris n’est pas toujours gâtée par les conditions météos. En effet, l’hiver à Disneyland Paris, il fait souvent moins de 10 degrés au thermomètre et les pluies sont assez fréquentes en dehors des mois estivaux, loin des conditions climatiques presque tropicales de Floride et de Californie.

Pourtant quoi que l’on en pense, un hiver en Espagne est toujours plus frais qu’un hiver dans le Sud des États-Unis et cette valeur météorologique a donc été relativisée. En outre, il était moins simple de se rendre à Madrid, Barcelone ou encore Valence qu’en périphérie de Paris. C’est pourquoi Paris semblait s’assurer une bonne place en tête dans la sélection du siège des parcs Disney européens.

Néanmoins, la météo est restée une donnée importante dans l’élaboration même du parc Disneyland. Ainsi, les ingénieurs en charge des maquettes du parc ont dû concevoir des espaces couverts comme choix stratégique aptes à accueillir les visiteurs en cas d’intempéries. C’est notamment dans cette dynamique qu’ont été créées les arcades entourant Main Street U.S.A., des espaces où les visiteurs peuvent traverser le parc sans se mouiller ou se réchauffer en cas de pluie ou de neige.

Cependant, Michael Eisner ne voyait pas la météo comme un frein à la création d’un parc. En effet, l’américain a grandi à Manhattan où les températures sont bien fraiches en hiver. Il avait donc conscience que les français n’auraient pas peur d’affronter le froid ou les intempéries pour arpenter les allées d’un parc Disney. Si les français pouvaient avoir un train et un RER qui les amenaient aux portes de la destination touristique, les visites ne chuteraient pas en période hivernale, et c’est bel et bien le cas.

Disneyland Paris, un choix stratégique pour l’économie française

Selon un rapport du cabinet de conseil SETEC publié en 2017, Disneyland Paris aurait généré 68 milliards d’euros de valeur ajoutée pour l’économie française soit 6,2 % des revenus du tourisme en France. Un bel investissement pour le pays d’autant plus que l’emploi a été sauvegardé par l’exploitation des deux parcs à thèmes, puisque Disneyland Paris est aujourd’hui le plus grand employeur mono-site français. L’employeur dispose de collaborateurs français bien entendu (75 % au total) mais aussi de nationalité européenne plus largement (pour 18 %) et 15 % sont originaires d’un pays hors de l’Union Européenne. La destination a d’ailleurs reçu à plusieurs reprises des prix en tant que meilleur employeur et 85 % des cast members sont engagés en CDI. L’emploi était d’ailleurs une donnée importante dans la convention passée en 1987 entre Jacques Chirac (Premier Ministre de la France) et Michael Eisner (The Walt Disney Company).

Fan de Disneyland Paris

Source : http://disneylandparis-news.com/phototheque/

En outre, Disneyland Paris fait également appel à des fournisseurs locaux en investissant 82,3 % de ses dépenses auprès de producteurs français, un vrai choix stratégique. Les fournisseurs étrangers des parcs d’attractions sont en outre majoritairement européens et britanniques par ailleurs.

Un autre choix stratégique : une grande accessibilité pour les parcs Disney

Une donnée primordiale dans l’étude de marchés qui a été menée en sélectionnant la France était l’accessibilité simplifiée des visiteurs aux parcs Disney. En effet, il se trouve qu’en sélectionnant une parcelle aux alentours de Paris, 300 millions de visiteurs potentiels peuvent s’y rendre en moins de 2 heures de transport. Même l’Angleterre, totalement écartée de l’étude pour accueillir le site touristique, n’est qu’à 3 heures de transport grâce à l’Eurostar.

Disneyland Paris se trouve en effet aujourd’hui à 500 mètres d’une gare TGV desservant pas moins de 54 villes françaises, dont des trains OUIGO et la région parisienne est facilement accessible grâce au RER qui dépose les visiteurs directement à la porte des parcs. La gare dessert également l’aéroport international le plus grand de France (Roissy – Charles de Gaulle) et ce en seulement 10 minutes. Un parking comme choix stratégique est également disponible pour les visiteurs à proximité ainsi que des navettes de bus qui peuvent transporter les visiteurs des points importants de Paris ou bien directement des aéroports.

Un succès immédiat pour le parc Disney proche de Paris

Euro Disney a finalement ouvert ses portes en France en 1992, une période de récession dans notre pays. Une période économique peu évidente mais qui n’a pas empêché 7 millions de visiteurs de se rendre à Disneyland et les hôtels Disney d’être occupés à 74 % au cours des 6 premiers mois suivant l’ouverture de la destination. Aujourd’hui, Disneyland Paris a accueilli plus de 320 millions de visiteurs, devenant la première destination touristique d’Europe.

En outre, après près de 10 années de déficit, le 30 septembre 2018 Euro Disney S.C.A. dévoilait enfin un résultat bénéficiaire de 20 millions d’euros. Une prouesse qui a notamment été rendue possible avec les festivités du 25ème anniversaire de la destination, qui a fait vibrer le parc pendant plus d’une année. Les visiteurs sont aujourd’hui plus nombreux à parcourir les allées des parcs, attirés par un programme d’animations toujours plus intéressant, et dépensant également davantage notamment dans les boutiques de la destination.

Plus que cela, le résultat positif de Disneyland Paris a un impact pour toute l’industrie Disney. Ainsi, la directrice financière de The Walt Disney Company, Christine McCarthy, a annoncé qu’au cours du trimestre se terminant fin juin 2019 , « les résultats de nos opérations internationales [parcs et expériences] étaient plus élevés au troisième trimestre, principalement en raison de la croissance de Disneyland Paris. »

Une extension perpétuelle pour les parcs Disney français

Les parcs Disney autour du monde sont généralement caractérisés par leur grandeur assez impressionnante, ce qui représente un choix stratégique d’envergure. En effet, si l’on prend l’exemple de Walt Disney World en Floride, le complexe touristique accueille pas moins de 4 parcs à thèmes (Magic Kingdom, Animal Kingdom, Epcot, Disney’s Hollywood Studios) et deux parcs aquatiques et cette destination ne cesse de s’accroître.

L’une des conditions sous-jacente à la convention de 1987 pour la création d’EuroDisney était donc, pour l’entreprise aux grandes oreilles, d’acquérir en France un espace suffisamment grand pour accueillir parcs d’attractions (Disneyland en 1992 puis Walt Disney Studios en 2002), hôtels, village et diverses infrastructures. The Walt Disney Company voulait également avoir la possibilité de poursuivre son extension avec l’ouverture de lands et de nouveautés au fil des âges comme notamment avec l’extension historique qui se prépare actuellement et qui va créer trois nouvelles zones dans le parc Walt Disney Studios : Marvel, Star Wars et Reine des Neiges et ainsi plus de 1 000 nouveaux emplois. Une opération rendue possible par l’OPA effectuée en 2017 par The Walt Disney Company sur les actions de Disneyland Paris, devenant ainsi l’actionnaire plus que majoritaire.

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Photo de la rencontre entre Emmanuel Macron et Bob Iger à l’Elysée

Le gouvernement français a alors accordé, en 1987, plus de 5000 hectares de terrains à Disney (soit près de 5 fois la surface de la capitale française) à condition que le gouvernement ait toujours un droit de regard sur les aménagements opérés. Cette opération a ainsi conduit à ce que les terrains promis ne soient officiellement cédés que lorsque les aménagement de la précédente parcelle seraient officiellement terminés.

Michael Eisner, un visionnaire qui a re-dynamisé l’entreprise Disney

Michael Eisner a vu en la création d’un parc Disney en Europe, une des stratégies commerciales pour relancer The Walt Disney Compagny qui stagnait alors depuis la mort de Walt Disney. En effet, depuis cette disparition, les choses n’avaient pas beaucoup évoluées. Michael Eisner a alors lancé la production de trois nouveaux films d’animation, aujourd’hui très appréciés de tous, à savoir : La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion.

Dans la même dynamique, le dirigeant voulait mettre les films Disney au cœur du développement des parcs à travers le monde en créant des attractions, des spectacles mais aussi des produits de merchandising que les visiteurs auront envie de se procurer. Les parcs Disney sont alors devenus l’entité la plus visitée dans le monde avec 157,3 millions de visiteurs en 2018, selon les études TEA et AECOM. Pour combler le manque de production et étendre un peu plus son univers, Star Wars et Indiana Jones ont été rachetés, par The Walt Disney Company, à Georges Lucas en vue de les insérer dans les parcs Disney ou les hôtels.

En 1997, lorsque Michael Eisner voit, pour la première fois, le spectacle du roi lion en Floride, il réalise que son choix stratégique était le bon :

« Lorsque les animaux ont commencé à marcher dans les allées, les enfants étaient en délire et les gens pleuraient devant la musique africaine. J’avais assisté à de nombreuses répétitions et à tous les ateliers, mais à ce moment-là, devant un public, lors du premier aperçu à Minneapolis, je savais que cela allait être énorme. »

En 2005, lors de la passation entre Michael Eisner et Bob Iger à la tête de The Walt Disney Company, l’entreprise est la plus grande au monde en matière de médias. Depuis, Bob Iger poursuit l’expansion de l’entreprise, d’ailleurs dans la même dynamique, un hôtel Marvel va ouvrir prochainement ses portes à Disneyland Paris.

Source : Forbes

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