Brexit : quels impacts directs pour Disney en Europe ?

Publié par Florian Mihu le 24 juin 2016 | Maj le 4 juin 2017

Image de Couverture - Royaume-Uni Brexit

Le 24 juin 2016 restera une date gravée dans la mémoire collective britannique et plus globalement dans l’inconscient du Vieux Continent. Le Royaume-Uni a finalement choisi de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne, en se prononçant positivement au « Brexit » (entendez par là la contraction de « Britain » et « Exit ») lors d’un référendum national dont les résultats ont été annoncés au petit matin. Le camp du « Leave », favorable à la sortie du pays de l’UE, l’a emporté avec 51,9 %, contre 48,1 % pour le « Remain », camp pro-européen. Un ‪‎Brexit‬ qui montre la balkanisation de nos sociétés : capitale contre province, jeunes contre vieux, nations contre nations. Et on viendra nous parler encore du peuple ? Le peuple n’est-il pas qu’une fiction ?

Quels impacts effectifs sur Disney Store en Europe ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que la filiale Walt Disney International supervise depuis Londres l’ensemble des divisions européennes, notamment en charge de Disney Store Europe, dans chacun des pays. Que ce soit en Italie, en Espagne, en France, au Portugal ou en Belgique, tous les Disney Store doivent rendre des comptes à la capitale britannique. Mais voilà : deux voies se dessinent. Disney Store Europe pourrait garder sa base au Royaume-Uni sans mal mais la nouvelle recontextualisation économique du Royaume-Uni pourrait impliquer plusieurs effets négatifs pour le reste de l’Europe, à savoir l’instauration de taxes, notamment au niveau de la douane pour Disney Store, voire une prise en otage des clients avec des frais de port plus conséquents, un monopole pour les clients anglais, une gestion moins contrôlée des exportations en Europe…

Disney Store Europe à Londres

Reste à savoir si la main mise de la filiale sur l’Europe et les deux années qui vont suivre permettront à Disney Store Europe de garder en l’état son siège et son entrepôt. Si les autres pays sont assez forts et les Etats-Unis et la maison-mère placent leur confiance en eux pour leur permettre d’émerger dans une nouvelle filiale, il en sera fini de Disney Store Europe à Londres, qui ne s’occupera plus à terme que des exportations nationales. Et dans ce cas, quel pays pourrait accueillir une pareille machine qu’est Disney Store Europe ? La France, le Benelux ? Une chose est sûre, les USA en la personne d’Obama et le démocrate Bob Iger, patron de Disney, auraient été davantage favorable au « IN », et de ce fait, Disney pourrait à terme revoir sérieusement ses positions quant à l’influence de Londres sur l’Europe. Dans tous les cas, plusieurs profils d’accords futurs de libre-échange se profilent pour le Royaume-Uni : le cas de la Norvège, qui ne bénéficie pas de tous les accords de libre-échange de l’Union européenne mais est un acteur à part entière de l’Association européenne de libre-échange (AELE), est intéressant à suivre pour le RU, tout comme celui de la Suisse qui, outre l’AELE, a négocié des accords bilatéraux avec l’UE. Si aucun deal n’est trouvé, le RU devrait en référer à l’OMC et les choses se corseraient pour lui avec une UE sans état d’âmes sur obstacles douaniers mais aussi l’évaluation en douane des marchandises ou le contrôle de l’origine des produits. Car ce qui marche dans un sens peut se retourner contre le RU…

Disney Store Oxford Street (27)

Favorable à Disneyland Paris ?

La question se pose légitimement. On le sait, les britanniques boudent davantage la destination depuis quelques années au profit des Resorts américains (bien plus rentables sur un séjour de longue durée grâce à des offres en pack défiant toute concurrence et des partenariats avec des compagnies de vols) ou du Puy du Fou en France par exemple. Disneyland Paris peinait déjà a booster la fréquentation anglaise dans ses parcs et hôtels et on doute fort que cela puisse s’améliorer avec l’augmentation plus importante du pouvoir d’achat qui est à envisager dans le pays, la dépréciation de la Livre Sterling, la hausse du prix des transports déjà importants (l’Eurostar, la voiture, le bateau ou l’avion). Mais c’est aussi plus que jamais la mise en oeuvre de normes plus restrictives pour la libre circulation des personnes du Royaume-Uni en France. Si les « britishs » n’ont jamais adhéré à l’espace Schengen mais n’en ont pas moins négocié des accords bilatéraux avec l’UE leur permettant, tout comme l’Irlande du Sud, de bénéficier d’un statut particulier, ces dispositions particulières liées à Schengen seront toujours effectives jusqu’à ce que le Brexit s’applique dans deux ans.

Flash Mob des Cast Members

Flash Mob des Cast Members

Selon les modalités négociées entre le Royaume-Uni et les pays membres de l’UE, il se peut qu’il faille un visa pour voyager dans le pays. Si le gouvernement britannique parvient à négocier un accord lui permettant de rester au sein du marché unique, il est très probable que la libre circulation des personnes soit acquise. Mais, il est aussi possible que le pays impose des restrictions liées au permis de travail ; la réciprocité s’appliquant, les britanniques auraient besoin d’un visa pour travailler dans un pays de l’UE, et vice-versa. A terme, l’impact des flux de visiteurs administrativement parlant serait non négligeable mais celui des contractuels souhaitant travailler de manière saisonnière ou contrat indéterminé à Disneyland Paris serait bien plus délicat à gérer. Les premiers touchés seront donc les employés anglais du Resort. On ignore ce que la direction des ressources humaines de Disneyland Paris a en tête pour le moment (ces deux ans) : jouer la carte de l’hermétisme et fermer ses portes à une bonne partie de ses futurs employés ou s’en référer à sa maison-mère et au gouvernement britannique pour engager des pré-dispositions plus souples comme la mise en oeuvre de visas spéciaux ou inciter pourquoi pas des employés à obtenir la double nationalité ? Et on ne parle pas du cas des étudiants britanniques dont la mobilité serait impactée elle aussi sans Erasmus et donc leur chance de toucher la possibilité de travailler en saisonnier à Disneyland Paris aussi.

Pour le cinéma et les Films Disney ?

Les studios de Pinewood dans la banlieue de Londres pourraient directement être touchés par le Brexit. Alors que de nouveaux plans de Rogue One – A Star Wars Story vont y être tournés, Disney avait scellé un contrat spécial avec le groupe britannique en 2012 pour pérenniser les lieux. Toutes les scènes intérieures et certaines scènes extérieures de Star Wars – Le Réveil de la Force ont été tournées là-bas. Les Pinewood Studios sont ainsi devenus le QG de Lucasfilm depuis ce temps, bien que la société et son fondateur George Lucas avait déjà un long passif avec. Mais bien avant ce contrat spécial, Disney avait déjà profité des talents des équipes des Pinewood Studios avec les tournages de Neverland (2004), Prince of Persia : Les Sables du Temps (2010), Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence (2011), Captain America : First Avenger (2011) puis après 2012 Les Gardiens de la Galaxie (2014), Opération Muppets (2014), Maléfique (2014), Avengers : L’Ère d’Ultron (2015), Cendrillon (2015), Star Wars : Le Réveil de la Force (2015), Docteur Strange (2016), Rogue One – A Star Wars Story (2016) et Star Wars – Episode VIII (2017).

Star-Wars-@-Pinewood-Studios

Disney est donc l’un des studios les plus influents et bénéfiques pour les Pinewood Studios, qui se sont d’ailleurs étendus en 2012. Au total, Hollywood envoie 10 % à 12 % de ses productions – et des milliards de dollars – au Royaume-Uni de la sorte : Star Wars mais également Game of Thrones, pour ne citer que les plus grosses franchises. Hollywood est attiré de la sorte par ce pays en raison des exonérations fiscales avantageuses des crédits d’impôts qui permettent d’économiser 25 % sur un maximum de 80 % des coûts totaux de production.  Ces rabais sont maintenant en danger en raison du Brexit. Il est possible que le gouvernement britannique puisse décider de poursuivre cette politique de son propre chef. Cependant, il y a de bonnes raisons de croire que dans leurs négociations d’accords de libre-échange avec le reste de l’Europe, l’UE mette cette condition en ultimatum étant donné que c’est en grande partie grâce à elle que les crédits d’impôts britanniques pour l’incitation à la production de films sur son sol sont subventionnés.

Brexit-la-France-peut-elle-recuperer-les-tournages-britanniques

Bien que cette perte d’activité serait dévastatrice pour les techniciens anglais, les acteurs ou les distributeurs qui ont prospéré grâce à des milliards dépensés sur la production (la BFI a estimé 2,36 milliards$ en 2014), il y a des intervenants de la profession – comme Matthew Vaughn (Kick-Ass et Kingsmen)- qui ont fait savoir le fond de leur pensée : qu’il était temps que le gouvernement britannique incite à attirer davantage de production audiovisuelle et cinématographique sans Hollywood (Vaughn a été officiellement contre le Brexit). Rappelons que l’adhésion à l’UE a été une aubaine pour l’exportation de films britanniques. Avant cela, les films britanniques étaient confrontés à des taxes et des quotas limitant leur capacité à figurer dans le reste de l’Europe. Selon une étude récente de la Fédération des industries créatives du Royaume-Uni, 57 % des recettes d’exportation du secteur provient du reste de l’Europe.

Pinewood-Studios

Ce fut pour cette raison que 282 des acteurs les plus importants dans l’industrie du divertissement de Grande-Bretagne – y compris Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, le réalisateur Steve McQueen et le patron de Working Title, Tim Bevan – ont signé une pétition demandant aux gens de voter contre le Brexit.

Quoi qu’il en soit, la politique avantageuse que proposait le RU à Hollywood pourrait disparaître. Pour une livre investie, une production pouvait espérer regagner 25 « pence » avec les crédits d’impôt, voire beaucoup plus en fonction des montages financiers prenant en compte les aides européennes aux régions. Ce ne sont pas moins de 70000 emplois dont une grande partie aux Pinewood Studios qui seront ainsi menacés, le gros du travail étant généré par Hollywood. Les studios britanniques subiront-ils le même sort que la Cinecittà en Italie ? Heureusement que les studios possèdent des antennes un peu partout dans le monde, comme à Atlanta. Et qu’en sera-t-il des Abbey Roads Studios, l’un des lieux de prédilection des studios Disney et Disneyland Paris pour enregistrer sa musique ?

Star Wars: Rogue One..L to R: Actors Riz Ahmed, Diego Luna, Felicity Jones, Jiang Wen and Donnie Yen..Photo Credit: Jonathan Olley..?Lucasfilm 2016

Star Wars: Rogue One..L to R: Actors Riz Ahmed, Diego Luna, Felicity Jones, Jiang Wen and Donnie Yen..Photo Credit: Jonathan Olley..?Lucasfilm 2016

Alors que le marché français du cinéma était déjà florissant depuis quelques mois, il est encore difficile d’évaluer les retombées sur notre industrie. Mais on peut tabler sur le fait que la diminution de crédits sur l’impôts attendue au RU renversera la balance et ne fera que les augmenter chez nous. Depuis peu, les films tournés en langue étrangère en France peuvent en bénéficier. Il n’y avait jusque-là que les films en langue française, ce qui a rudement fâché Luc Besson, menaçant le gouvernement de tourner Valérian et la Cité des mille planètes en Hongrie (l’histoire nous dit finalement que Besson aura fait plier le gouvernement). Ainsi, dans cette optique, le nombre de projets en France pourrait grandir quand on sait que des Nolan tournent déjà chez nous ou que la Cité du Cinéma, les studios et l’école de Besson ne tournent pas encore à plein régime, loin de là. Voilà de quoi rebooster cette industrie en France. On est encore loin d’un Star Wars ou d’un Game of Thrones en France, mais qui sait… ?

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Et en gros sous ?

Discovery a subi les plus grandes pertes parmi les principales sociétés de médias américains, terminant le 24 juin à 16 heures en dessous 7,24 %. Iger possédait personnellement 1 262 045 actions selon Yahoo Finance le 16 janvier dernier. Lorsque les marchés boursiers américains (heureusement) fermaient le vendredi, Disney ($DIS) a chuté de 3,30 $ par action soit 95.72 $. A la clôture, jeudi, du marché boursier, on estime que le patron de Disney a perdu 4,2 millions d’euros. Espérons qu’il ne soit pas pas secrètement un actionnaire de Discovery.

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2 commentaires sur "Brexit : quels impacts directs pour Disney en Europe ?"

  1. bon

    Le visa c’est pas compliqué et c’est utile partout, par contre certains anglais deviendraient hermétique et préféreraient rester chez eux, a voir.
    Pour le disney store c’est sûr que ça va engendrer des coûts supplémentaires, rien que pour les frais de douanes sauf si leur entrepôt n’ est pas en angleterre.

  2. seb

    c’est sur pour l’emploie il faudra de nouveau demander un carte de sejour pour travailler mais cela est uniquement une question administrative

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