Dans l’Ombre de Mary

 

  • Production : Walt Disney Pictures
  • Titre original :  Saving Mr. Banks
  • Titre français : Dans l’Ombre de Mary – La Promesse de Walt Disney
  • Sortie française : 5 mars 2014
  • Sortie américaine : 20 décembre 2013
  • Durée : 02h05
  • Réalisateur : John Lee Hancock
  • Scénario : Kelly Marcel, Sue Smith
  • Musique : Thomas Newman

Le synopsis

Lorsque les filles de Walt Disney le supplient d’adapter au cinéma leur livre préféré, « Mary Poppins », celui-ci leur fait une promesse… qu’il mettra vingt ans à tenir ! Dans sa quête pour obtenir les droits d’adaptation, il va se heurter à l’auteure du livre, Pamela Lyndon Travers, une femme au caractère difficile bien décidée à ne faire aucune concession et surtout à ne pas laisser la machine hollywoodienne malmener sa bien-aimée nounou. Mais quand les ventes du livre commencent à se faire plus rares et que l’argent vient à manquer, Pamela Travers accepte à contrecœur de se rendre à Los Angeles pour entendre ce que Disney a imaginé…

Critique : Dans l’Ombre de Mary, la Promesse de Walt Disney

« Le vent est à l’Est, la brume se lève. Quelque chose se prépare et y arrivera tôt ou tard… »

Après d’ultimes biopics consacrés à d’imposantes personnalités du 7e Art, comme Ed Wood (1994) de Tim Burton ou Hugo Cabret (2011) de Martin Scorsese, on s’étonnait encore de constater l’absence d’une œuvre destinée à l’une des figures emblématiques du cinéma d’animation : le bienfaiteur Walter Elias Disney, aussi auteur de la célèbre souris Mickey Mouse. Encore aujourd’hui, si son nom est principalement reconnu de tous et associé à son industrie grandissante (productions cinématographiques, parcs à thème, produits dérivés…), le personnage dispose d’une fascinante et émouvante histoire, parfois heureuse et triomphante, parfois triste et bouleversante ; et c’est un mélange de ces précédents qualificatifs qui définit DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney (Saving Mr. Banks), dernier chef d’œuvre de la grande firme internationale.

Retour à Hollywood dans les années 1960. Suite à une promesse adressée à ses filles, le respectable Walt Disney tente désespérément d’obtenir les droits d’adaptations cinématographiques du célèbre ouvrage éponyme Mary Poppins écrit par la pétillante Pamela Lyndon Travers. Refusant de transformer la dite Nounou en aberrant personnage hollywoodien, elle n’aura cependant guère le choix que d’écouter la proposition du studio après ses importants problèmes financiers. Durant deux semaines de dure confrontation, le papa de Mickey Mouse et ses chers collaborateurs essayeront de convaincre la maman de Mary Poppins sur le fort potentiel de ce projet…

Pamela Travers

La biographie s’attache rigoureusement à l’héroïne qu’est Pamela Travers plutôt que le cinéaste animateur – et pour cause, nous aurions plutôt imaginé un biopic entièrement axé de « mort » d’Oswald le Lapin Chanceux engendrée par Charles Mintz à la naissance de Mickey Mouse – bien que leur chemin, ou devrait-on dire combat, reste très intimement lié. Cet hostile affrontement de plus de deux heures a été mis en scène efficacement par un réalisateur de talent : John Lee Hancock, notamment connu pour The Blind Side : L’éveil d’un Champion (2009) ou son sombre scénario de Blanche Neige et le Chasseur (2012) ; à cet effet, l’écriture du film, quand bien même il s’agit de faits réels, a été confiée et durement menée par Kelly Marcel et Sue Smith.

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La structure du long-métrage se présente sous la forme d’une construction elliptique, enchaînant alternativement les déchirants souvenirs de Miss Travers d’une part, et la pré-production du film Mary Poppins d’autre part. Si cette composition s’avère nécessaire pour la bonne compréhension du récit – et spécialement le caractère de la romancière –, la succession d’un passé et d’un présent devient de temps à autre quelque peu pesante. Ainsi, nous voyageons au travers des splendides contrées naturelles de l’Australie, jusqu’au mythique studio Disney du nouvel Hollywood ; c’est justement la force de ce dernier argument : DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney vaut son grand enchantement visuel. Effectivement, la reconstitution historique de la grande époque californienne est impressionnante, entre une visite privilégiée au parc Disneyland construit en 1955, ou encore les renvois aux autres studios hollywoodiens (Warner Bros., MGM…). De plus, la qualité de l’image et de la prise de vue ne font que renforcer cet éclat de nostalgie. Finalement, l’âme du parfait « Disneyphile » qui sommeille en chaque spectateur ne fera que s’accentuer tout au long du visionnage par le biais de multiples références à l’univers riche de Walt Disney (peluches, mascottes, photographies…) bien que l’on peut remarquer de petits anachronismes.

DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney

Spectateur occasionnel ou cinéphile assidu, ce retour en arrière dans les années 1960 vous suscitera une profonde attention pour la conception d’une œuvre – ici Mary Poppins (1964) de Robert Stevenson – par rapport aux blockbusters actuels plongés dans leurs effets spéciaux. Bienheureux, nous avons l’honneur de pénétrer dans les coulisses d’une des plus grandes créations de l’histoire du cinéma et ce, au cœur des Studios de la Walt Disney Pictures où le département consacré aux longs-métrages fût inauguré en 1934. DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney se révèle être un véritable et ingénieux descriptif extrêmement précis sur la pré-production même de Stevenson – et autres productions live de ces mêmes années – en exploitant ses différentes et difficiles étapes phares de fabrication (croquis préparatoires, layout, bande démo, character design…), bien qu’évidemment la difficulté fût amplement accrue face à un personnage aussi borné et complexe que Pamela Travers. John Lee Hancock précise à cet effet : le film « raconte une histoire vraiment fantastique, mais il ne s’agit pas du making of de Mary Poppins. Notre film ne raconte pas le tournage du film avec Julie Andrews et Dick Van Dike, mais les évènements qui se sont déroulés deux à trois ans auparavant ». Une surprise nous est d’ailleurs concoctée pendant le générique de fin. Toutefois, si les époustouflants décors témoignent d’une réelle authenticité de la réalisation grâce aux ouvrages de Michael Corenblith (chef décorateur) et John Schwartzman (directeur de la photographie), nous noterons certaines imprécisions et maladresses volontaires. A titre d’exemples, citons la dépendance au tabac de Walt Disney – pratiquement – inexistante ou la clôture du film jugée trop précipitée.

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DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney dispose probablement du casting le plus prodigieux qui soit. Pouvait-on imaginer un autre comédien que Tom Hanks pour interpréter le rôle de Walt Disney ? Son talent pour la comédie, maintes fois récompensé, se libère de nouveau après d’admirables prestations dans la filmographie de Robert Zemeckis (Forrest Gump, Seul au Monde) ou cette même année dans Capitaine Phillips (2013) de Paul Greengrass. Dans le cas présent, l’acteur ressuscite Walt Disney en reprenant sa gestuelle, ses expressions faciales et son caractère, du plus joyeux au plus colérique ; il suffit de contempler sa première rencontre avec Pamela Travers pour voir l’étendu de son savoir-faire. A l’inverse, Emma Thompson (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, Retour à Howards End) incarne la désagréable – sans pour le moins charmante – romancière ; et de nouveau, la performance de l’actrice est extraordinairement convaincante, à tel point d’éprouver sentiments de rejet et de compassion. Ils sont d’ailleurs éprouvés par un personnage – auquel le spectateur semble le plus à même de s’identifier – entièrement fictif : le bien éduqué et charmant chauffeur Ralph, joué par Paul Giamatti (12 Years a Slave, Romeo and Juliet). Quant à Jason Schwartman et B.J Novak, leur aisance permit d’incarner respectivement les fameux frères Sherman, compositeurs attitrés de Mary Poppins. Le casting se complète enfin par les Goff, famille de Pamela Travers. En revanche, seule la relation entre le père (Travers Goff alias Colin Farrell) et sa fille (Ginty – ou Pamela – alias Annie Rose Buckley) est exploitée méticuleusement. Par exemple, Ruth Wilson (Margaret Goff) semble conserver le même rôle figuratif de Lone Ranger, Naissance d’un Héros (2013) de Gore Verbinski. On saluera à cette occasion le travail du chef costumier, Daniel Orlandi, et l’ensemble du département maquillage. A ce titre, nous vous conseillons, la version originale – et non la version française – où l’interprétation des acteurs est nettement plus convaincante et surtout, beaucoup plus fidèle aux personnages historiques.

Thomas Newman crée la bande sonore du film

Autre évidence, la narration est accompagnée d’une bande sonore magistrale composée par un maître en la matière, le très distingué Thomas Newman – issu de la prestigieuse famille des musiciens Newman –, également connu pour ses compositions chez PIXAR comme Le Monde de Nemo (2003) d’Andrew Stanton et Lee Unkrich et WALL•E (2008) d’Andrew Stanton ou d’autres productions hollywoodiennes comme Skyfall (2012) et American Beauty (1999), tous deux de Sam Mendes. Sans stupéfaction, la musique joue un rôle moteur dans la fluidité du récit et la fortification des émotions, autant celles éprouvées par les personnages que par les spectateurs. Affirmant un caractère enjoué, la musicalité se divise en deux parties ; la première n’en reste pas moins dramatique, relativement attribuée à Pamela Travers, tandis que la deuxième est conférée à l’univers jovial de Walt Disney. La bande originale ne s’arrête pas à la composition du musicien oscarisé ; adapté du grand classique Mary Poppins, nous retrouvons quelques thèmes qui le définissent parmi lesquels nous pouvons citer : « Chim Chim Cher-ee » ou « Let’s Go Fly a Kite » ou encore, le thème de Cendrillon (1950) lors du petit périple au parc Disneyland d’Anaheim.

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DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney jouit d’un ensemble qui éveille considérablement les sens de son spectateur, à la fois amusé, attendri et bouleversé par les situations inattendues ; l’expérience cinématographique est entièrement bénéfique. Cinéphiles, Disneyphiles ou spectateurs occasionnels, chacun y trouvera son compte, tant la production est riche et diversifiée dans les sujets traités. Comme Walt Disney le déclare si bien dans le film : « Vous ne serez pas déçu » !

La conclusion du film

« Step in Time » ! Malgré quelques légères bavures et fausses notes, DANS L’OMBRE DE MARY, la promesse de Walt Disney est un parfait hommage à la consécration d’une œuvre emblématique de l’histoire du cinéma et de l’époque dite du Nouvel Hollywood. Bénéficiant d’une mise en scène prodigieuse, d’un casting merveilleux et d’une bande sonore virevoltante, cette nouvelle production mirifique, aussi grandiose que son ancêtre Mary Poppins couronné de cinq Oscarsqui fête cette année sa cinquantième bougie –, rapproche le genre du biopic du studio de Mickey Mouse jusque là étonnamment ignoré. Comme Walt Disney, vous aurez désormais un tout autre regard sur le personnage de Mary Poppins. A présent, profitons de sa sortie en haute définition Blu-ray le 5 mars 2014 pour tisser définitivement le lien qui relie ces deux fabuleux chefs d’œuvre !

Dans l’Ombre de Mary
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