Les Indestructibles 2 : Notre critique

Publié par Naomi HUART le 14 juin 2018 | Maj le 14 juin 2018

L’attente touche à sa fin : dès le 4 Juillet, les fans des Indestructibles pourront se ruer vers les salles obscures pour voir enfin, Les Indestructibles 2, la suite des aventures de M. Indestructible, Elastigirl, Violette, Flèche et Jack-Jack.  Nous avons eu la chance de voir le film en avant-première, et voici le fruit de près de 15 ans de réflexion, de création et de travail de la part du réalisateur Brad Bird et de son équipe.

Les Indestructibles 2 : la suite directe du premier film

Indestructibles 2

Comme annoncé dans les trailers, l’histoire des Indestructibles 2 se passe juste après la fin du premier opus, lors de l’attaque du Démolisseur. Le film Pixar commence néanmoins avec un entretien entre Dicker et Tony Radynger, le garçon dont Violette est amoureuse. Cette scène fait directement écho au court métrage Jack-Jack attaque, lorsque Kari, la baby-sitter, se trouve dans la même position que Tony. On apprend effectivement que le jeune garçon a découvert que Violette était une Super, et de ce fait, que sa mémoire doit être effacée.

Cette introduction, tout comme celle du premier film, nous donne beaucoup d’informations sur le monde dans lequel les personnages évoluent : les Supers sont toujours considérés comme illégaux. Ce problème, directement dérivé des évènements du premier film, constitue l’enjeu principal de cette suite. On comprend alors pourquoi Brad Bird a tenu à faire commencer cette suite juste après le premier opus et non plusieurs années plus tard : afin d’explorer les problèmes non-résolus à la fin des Indestructibles.

Les Parr ont beau avoir vaincu Syndrome et son Omnidroïd, les citoyens et le gouvernement ne souhaitent toujours pas leur réintégration. Ce sentiment est renforcé après le combat de la famille contre le Démolisseur au début du film. En dépit de leur victoire, la ville et partiellement détruite, et l’argent volé par le méchant n’a pas été récupéré. Les bonnes actions des Supers ne suffisent pas à compenser les dégâts qu’ils causent… Pire encore, le gouvernement décide de mettre un terme au programme de réinsertion des Supers, et Dicker ne peut donc plus rien pour les Parr, qui se retrouvent livrés à eux-même, dans un petit hôtel suite à la destruction de leur maison dans le premier film.

Alors qu’ils perdent tout espoir de réinsertion, les Parr sont contactés par Winston Deavor et sa sœur Evelyn, deux riches entrepreneurs qui veulent aider les Supers à être de nouveau bien vus par la société. Elastigirl est alors choisie pour mener leur première mission à bien, ce qui laisse Bob à la maison pour surveiller les enfants. Mais la venue d’un nouveau méchant, l’Hypnotiseur, va perturber leurs plans…

Une histoire différente pour le film Pixar

L’histoire est suffisamment différente du celle du premier volet tout en conservant quelques aspects familiers : l’introduction, l’intervention d’Edna Mode qui élabore le nouveau costume nécessaire pour gérer Jack-Jack et ses pouvoirs, un duo de mystérieux employeurs qui présentent la solution miracle aux problèmes des Supers, etc. Les scènes d’actions sont époustouflantes, et la créativité avec laquelle les Supers utilisent leur pouvoirs est encore plus poussée que dans le premier film. On constate évidement une belle amélioration au niveau de l’animation, mais les personnages conservent cependant un aspect cartoonesque et caricatural, proche du film original, ce qui colle parfaitement à l’univers  du film.

Certains point négatifs sont néanmoins à signaler : l’antagoniste, par exemple, est loin d’être aussi palpitant que Syndrome, tant dans ses motivations que dans son caractère. Le spectateur n’attend qu’une chose : que l’hypnotiseur enlève son masque et qu’on passe vite à la suite.

D’autres éléments liés à ce « méchant-surprise » sont également maladroitement amenés : étant donné que le méchant ne doit révéler son identité qu’aux 2/3 du film, c’est presque si Elastigirl passait volontairement à côté de certains éléments évidents pour ne pas le démasquer trop vite dans l’intrigue.  Quand le spectateur trouve la clef de l’énigme vingt minutes avant la protagoniste, ce n’est jamais une bonne chose… Les nouveaux Supers peuvent se montrer décevants. Ils ne sont pas très exploités, et certains spectateurs trouveront qu’ils font « tâche » dans un film Indestructibles, avec leur tenues tout droit sorties d’un vieux comics. Seule Void réussit à se dégager grâce à ses pouvoirs trans-dimensionnels impressionnants.

Les Indestructibles 2 : la diversité des thèmes abordés

Les thèmes adultes mélangés à l’aspect enfantin des super-héros et bel et bien ce qui a fait le succès du premier film : la crise de la quarantaine, les difficultés à gérer une famille, et la nostalgie d’une époque révolue sont des thèmes qui parlaient plus aux adultes qu’aux enfants.  Les Indestructibles 2 explore ainsi de nouveaux thèmes, de manière tout aussi subtile que le premier. Bob doit apprendre à gérer la crise d’adolescence de Violette et à aider Flèche à faire ses devoirs tout en en surveillant Jack-Jack qui peut littéralement exploser à tout moment.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le message n’est pas vraiment de montrer que les hommes ne sont pas doués pour les tâches ménagères, mais plutôt de mettre en avant le fait qu’avec de la détermination, de l’intelligence et de l’écoute, tout le monde peut s’occuper d’enfants.  Edna Mode le dit elle-même : « Être parent est une tâche héroïque… quand la tâche est bien effectuée. » Le film amène les parents à prêter sincèrement attention aux problèmes de leurs enfants et à trouver des solutions efficaces, dont ils ont réellement besoin, et non à choisir la facilité pour les éduquer.

De même, si Bob a au début du mal à accepter l’idée que sa femme joue la super-héroïne pendant qu’il reste à la maison, il ne le laisse pas paraître et fait tout pour qu’Elastigirl mène à bien sa mission. A de nombreuses reprises, le film montre qu’une famille peut uniquement fonctionner si chaque membre sait se positionner par rapport aux besoins des autres grâce à une écoute active. Aucun membre de la famille n’a un rôle attitré (la mère ne doit pas forcément s’occuper des enfants, la grande sœur n’est pas toujours là pour jouer les baby-sitters, etc.), au contraire il faut savoir prendre le rôle qu’il faut au moment qu’il faut pour le bien de tous, en fonction de la situation.

Si on s’en réfère aux trailers, on aurait pu craindre un message féministe lourd, avec la femme qui combat les méchants et le mari qui peine à gérer sa vie de famille, mais il n’en est rien. Comme dit plus tôt, le film ne prend pas partie d’un seul et unique membre de na famille. Il n’est pas question de mettre Elastigirl plus en valeur que M.Indestructible, ou de prétendre qu’elle est plus forte que lui. Chaque personnage a ses forces et ses faiblesses, et si Elastigirl est plus réfléchie et délicate, M.Indestructible est plus puissant et déterminé à aller au bout de ses convictions.

Tous ces thèmes abordés donnent de la dimension au film qui devient alors très appréciable pour les adultes. Les enfants quant à eux pourront se réjouir des scènes d’action et des quelques passages hilarants avec Jack-Jack. Il est toutefois bon de préciser que le film n’est pas spécialement drôle. Il n’y a pas de « comic relief » comme dans la plupart des long-métrages d’animation, et il y a beaucoup de dialogues qui dénoncent la société, les lois, la politique et le gouvernement, et certains enfants risquent ainsi de perdre de l’intérêt pour l’histoire.

Conférence avec Brad Bird, John Walker et Nicole Paradis Grindle

Juste après la projection du film, nous avons eu la chance d’assister à une conférence de presse avec Brad Bird, le réalisateur et scénariste, accompagné des producteurs John Walker et Nicole Paradis Grindle. Nous avons ainsi pu lui poser toutes nos questions… enfin après qu’il nous ait suggéré avec humour de ne pas demander pourquoi la suite avait pris autant de temps à se faire !

Brad Bird nous a communiqué qu’il avait pu mettre dans les Indestructibles 2 quelques idées qui lui tenaient à cœur mais qu’il n’avait pas pu intégrer dans le premier film, comme la scène entre Jack-Jack et le raton-laveur.

« Dès le premier film, c’était important que chaque scène d’action suive une scène de vie normale, et vice-versa », nous explique John Walker.

« C’est pour cette raison que nous avions réalisé la scène entre Kari la baby-sitter et Jack-Jack à la base », complète Brad Bird. « Au cas où nous aurions eu trop de scènes d’action, et qu’il aurait fallut compenser. Mais le film était au final très bien équilibré, et la scène est devenue un court-métrage bonus pour les DVD et blu-ray. C’est aussi pour ça que nous n’avons pas pu exploiter l’idée du combat entre Jack-Jack et le raton-laveur dans le premier film. Mais j’adorais l’idée, elle était si tordue qu’elle ne pouvait que marcher ! »

Brad Bird tenait également à ce que le public ait une longueur d’avance sur le reste de la famille Parr, qui ne savait pas que Jack-Jack avait des pouvoirs.  Voilà pourquoi il avait imaginé toutes ces scènes avec le super-bébé.

« Qui sait comment ses pouvoirs vont évoluer », se demande Nicole Paradis Grindle. « C’est ce que nous voulions représenter : le potentiel infini qui réside dans un bébé. Mais peut-être que certains de ses pouvoirs vont disparaître en grandissant. »

Pas encore de Indestructibles 3 selon Brad Bird

Pour l’instant, Brad Bird n’a pas comme projet de faire un Indestructibles 3 : « vous ne demandez pas à une femme qui viendrait de passer seize heures douloureuses à enfanter si elle voudrait faire un autre enfant, » rit-il.

Ce qui est certain, c’est que le réalisateur ne souhaite pas faire de film de super-héros en live-action pour Marvel. On l’avait déjà approché pour deux films dont il ne nous a pas révélé le nom, et d’après lui « c’est une bonne chose qu’ [il ait] refusé, puisque ces films ont été un gros carton sans [lui] ! »

Brad Bird est très proche de ses personnages, c’est pourquoi il a toujours préféré l’idée de créer ses propres super-héros que de réaliser un film adapté de personnages de comics et déjà existants. Il dit d’ailleurs que la véracité des personnages est le meilleur effet-spécial qu’il puisse avoir, ce qui l’avait aidé à compenser le manque de moyens techniques du premier film.

Il porte aussi beaucoup d’intérêt à ses méchants. Il a d’ailleurs été plus inspiré par les méchants de films d’espionnage que de super-héros, qui lui paraissaient trop fades.

« Un bon méchant doit avoir une bonne motivation, » explique-t-il. « Le public doit pouvoir se dire que le méchant n’a pas tout à fait tort… »

« On doit pouvoir ressentir de l’empathie pour le méchant », renchérit Nicole Paradis Grindle. « Un méchant qui veut juste contrôler le monde sans raison, on a déjà vu ça trop de fois. »

On lui a alors demandé s’il serait plus du genre à s’aligner avec le point de vue de Syndrome ou bien de méchant des Indestructibles 2.

« Les deux marquent un point mais… je dirais quand même Syndrome. »

Brad Bird a inspiré le design de Syndrome

S’il aura fallu plus de 14 ans pour avoir une suite aux Indestructibles, l’attente est à la hauteur. Les Indestructibles 2 conserve ce qui faisait le charme du premier tout en ajoutant des éléments nouveaux et beaucoup de subtilité.

Les Indestructibles 2 : Notre critique
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