Critique et Analyse du chef d’oeuvre d’animation Disney : le Roi Lion

Publié par Colombe le 30 avril 2019 | Maj le 2 mai 2019

Qui n’a pas retenu un frisson en entendant le premier chant Swahili de « L’Histoire de la Vie » ? Voici toute l’histoire de la Terre des Lions, résumée en une chanson puissante et solennelle, où se sacralise la naissance du futur héritier de ces terres ancestrales… Simba. Contrairement à ce qu’on le pense, Le Roi Lion n’était pas prévu pour connaître le succès tel qu’on le connait aujourd’hui. Mis en second plan par rapport à la production de Pocahontas, c’est une équipe réduite mais motivée qui a su faire de lui l’un des plus grands chefs d’œuvre de Walt Disney. 43e long-métrage d’animation et 32e classique d’animation des studios Disney, le Roi Lion est avant tout une inspiration issue du Royaume-Uni et… du Japon. Les comédies musicales, suites ou même remakes en live action ont su pérenniser la légende de Mufasa et Simba comme l’un des messages les plus puissants de la Walt Disney Company. Et Radio Disney Club vous propose de revenir sur ce succès si aimé des enfants d’hier… et d’aujourd’hui.

Le Roi Lion, ou l’héritage d’un cycle.

  • Production : Walt Disney Pictures
  • Titre original : The Lion King
  • Titre français : Le Roi Lion
  • Diffusion française : 23 novembre 1994
  • Diffusion américaine : 15 juin 1994
  • Réalisateur : Roger Allers et Rob Minkoff
  • Scénario : Irene mecchi, Jonathan Roberts et Linda Woolverton
  • Musique : Hans Zimmer

Synopsis

La savane est en émoi. Le prince de la Terre des Lions est né ! Jeune lionceau, Simba ne sait pas encore quelles responsabilités l’attendent, mais qu’importe ! Il vit dans l’insouciance et la richesse de son royaume, en compagnie de son père Mufasa, un roi dur mais juste qui lui apprend son futur rôle avec beaucoup de sagesse. Zazou et Nala ne sont jamais loin, l’un pour le limiter dans ses bêtises, et l’autre pour l’encourager à relever les défis ! Mais une ombre menace le destin de Simba. Un destin envié par son oncle Scar, désireux de prendre sa place sur la Terre des Lions…

Le Roi Lion

Un prince est né!

Les origines du Roi Lion

Être ou ne pas être un lion : telle est la question.

Nous sommes à une phase importante des productions Disney. Une phase de Renaissance comme on l’appelle, où le public est de nouveau très réceptif aux films d’animation de la compagnie aux grandes oreilles. Cette motivation offre un regain d’énergie à la Walt Disney Company sur de nouvelles possibilités de production, tout en continuant sa fâcheuse habitude de réaliser plusieurs films en même temps. C’est ainsi que naît Le Roi Lion, produit en même temps que Pocahontas et  tous les espoirs de succès reposent sur les épaules de la jolie amérindienne. Le Projet du (Le) Roi Lion est quant à lui négligé et pour cause : personne n’y croit ! Et il faut dire qu’il n’est pas inspiré de n’importe quelle œuvre par ailleurs : Hamlet, de Shakespeare !

Et en voici un bref résumé : le père de Hamlet est roi du Danemark mais décède. Le frère du Roi Claudius, profite gentiment de la situation pour devenir le nouveau roi et épouser sa belle-sœur. Mais un jour, le spectre du premier Roi apparaît à Hamlet et lui avoue qu’il a été assassiné par Claudius. Hamlet doit le venger mais comment faire ? En… simulant la folie. C’est assez étrange mais cela a le mérite d’aider Hamlet à débusquer les petits coups montés politiques de Claudius et en finir à la fin de la pièce de théâtre ! Même si… Hamlet meurt aussi dans l’action.

Contrairement aux adaptations que l’on connaît des studios Disney, c’est une histoire originale qui peut donc comporter un risque. Comme le souligne Brenda Chapman qui a supervisé l’écriture du sujet :

« Il est toujours délicat d’écrire un sujet original. On ne peut s’appuyer sur aucune structure prédéfinie, et l’on met parfois un certain temps avant de s’apercevoir qu’on s’est fourvoyé. C’est ainsi que la ligne générale du (le) Roi Lion évolua de manière significative depuis sa première mouture, où Simba gardait sa fierté après la mort de Mufasa. Il nous incombait de rendre Simba aimable et sympathique, et son entourage intéressant. »

Le projet s’est donc étendu sur plusieurs années, avec une composition de 600 personnes seulement à sa production. Nous sommes alors à la fin des années 80.

The Art Of the Lion King – premiers essais de dessin

La production du (Le) Roi Lion a nécessité plus d’un voyage.

Le scénario a longtemps été modifié jusqu’en 1992 où Allers, Chapman et les réalisateurs de La Belle et la Bête, Kirk Wise et Gary Trousdale, ont amené des changements radicaux au scénario, notamment avec l’apparition de Timon et Pumbaa par Jonathan Roberts. Une fois la production du film lancée, l’équipe artistique part en chasse d’inspiration pour élaborer les décors. Leur voyage en Afrique amène ainsi de nouvelles révélations sur le film d’animation, comme l’expression populaire « Hakuna Matata » ou « Asante sana, Squash banana » qui va inspirer la chanson de Rafiki. Chris Sanders a joué notamment un rôle clé en fournissant de nombreux dessins et croquis, que ce soit pour le paysage ou la description des personnages.

Mais le plus compliqué vient alors : l’animation. Walt Disney Company est habitué à faire vivre des humains… mais des animaux ? Recréer les gestes et attitudes des quadrupèdes a posé bien de soucis aux animateurs qui ont alors étudié de vrais animaux comme références, grâce à Jim Fowler. Spécialiste reconnu de la faune, Jim a visité les studios plusieurs fois avec un assortiment de lions et autres habitants de la savane pour aider les animateurs à apporter une touche d’authenticité dans les animations. Et ensuite, toute inspiration est bonne à prendre pour humaniser nos petits lions. Par exemple pour Andras, directeur de l’animation de Scar :

« Au départ, je me demandais comment j’arriverais à humaniser ce personnage qui ne possède pas de mains. En effet, la main est un moyen de communication et d’expression émotionnelle privilégié, et l’absence de ce membre ô combien essentiel me posait problème. Finalement, j’ai appris à me concentrer sur le corps de Scar, ses postures, l’inclinaison de sa tête, ses mimiques… Il arrive qu’on trahisse ses pensées les plus secrètes par un simple froncement de sourcils. Un animateur peut obtenir des résultats intéressants même à partir d’un très petit nombre d’éléments, pour peu qu’il ait bien compris la scène et ait su la faire “jouer” […] Dans le cas de Scar, j’ai choisi d’exprimer son caractère dissimulateur à travers sa démarche rampante et sournoise, bien différente de celle, noble, puissante, d’un lion ordinaire. Mais ma source première d’inspiration fut le jeu de Jeremy Irons (la voix originale de Scar). La richesse de son interprétation, l’étendue de son registre vocal lui ont permis de tirer le maximum de son rôle. […] Je me suis aussi inspiré de certaines caractéristiques physiques de Jeremy Irons. J’ai toujours été intrigué par son regard sombre et mystérieux, sa coiffure. »

Le frère du Roi veille…

Puis viennent les premières ébauches d’image en synthèse !

L’ambition de l’équipe artistique arrive néanmoins à ses limites techniques quand il faut développer des scènes-clé au parcours de Simba. Notamment la scène où des milliers de gnous galopent le long des carrières, incontrôlables qui piétinent la vie de Mufasa qui voulait sauver celle de son fils. Croyez-le ou non mais cette scène a été un vrai challenge pour l’équipe qui a dû recourir à l’infographie (du dessin par ordinateur), déjà utilisée pour la salle de bal de la Belle et la Bête par exemple. Pour donner une idée, les gnous sont en image de synthèse et Mufasa et Simba sont faits en animations manuelles, intégrés dans les images infographiques et le décor.

Et … il y a la musique.

La première personne à faire partie de l’équipe musicale a été Tim Rice, parolier du film Aladdin. Il a accepté d’écrire des chansons à la condition de trouver un partenaire d’écriture. Il confie :

« Le studio me demanda de lui suggérer un compositeur. Qui je voulais, je pouvais choisir le meilleur. Je répondis : “Elton John serait fantastique, mais vous ne l’aurez pas. Il a trop de travail et n’a pas écrit une partition de ce style depuis 25 ans.” Ils l’ont quand même appelé et à ma grande surprise, il leur a donné son accord. »

Le duo a alors écrit quelques chansons originales pour ce film comme L’Histoire de la Vie, Hakuna Matata, Je voudrais déjà être roi, L’Amour Brille sous les étoiles, sur des compositions orchestrées par Hanz Zimmer, engagé pour développer la bande son du film d’animation.

Le Roi Lion et ses récompenses

Pour un projet boudé que Disney reconnaissait comme mineur… Le Roi Lion aura été un véritable triomphe ! Sorti en salle en juin 1994, les critiques n’ont pas tari d’éloges sur sa réalisation. Il rapporte près de 312 millions de dollars sur le sol américain et 471 millions de dollars dans le monde. Le plus grand succès et un record pour les Walt Disney Animation Studios ! Et ce n’est pas fini ! En 1995, Le film reçoit l’Oscar de la meilleure Musique et de la Meilleure Chanson (Can You Feel the Love Tonight – L’Amour brille sous les étoiles) et le Golden Globe du Meilleur Film pour une Comédie ou Film Musical. Son succès perdure des années durant, passant alors de comédie musicale à Broadway jusqu’à connaître plusieurs suites, certes moins connues, mais qui ont su marquer le plus jeune public ! Le Roi Lion sait surprendre, émerveiller et raviver la flamme d’un studio. Les avis sont unanimes : l’œuvre est grandiose, émouvante et épique.

D’ailleurs, connaissez-vous les veinards qui ont doublé les voix des personnages en France ?

  • Simba : Dimitri Rougeul (la voix de Panpan jeune dans Bambi) pour le Simba enfant et Emmanuel Curtil (la voix de Jim Carrey) pour le Simba adulte
  • Mufasa : Jean Reno (qui donne sa voix à Porco Rosso dans le film de Miyazaki ou bien Enzo dans Atlantide, l’empire perdue)
  • Scar : Jean Piat (la voix de Gandalf dans le Seigneur des anneaux, ou Frollo dans le Bossu de Notre Dame)
  • Pumbaa : Michel Elias (qui fait plusieurs voix et bruitages pour tous les films de Michel Ocelot)
  • Timon : Jean-Philippe Puymartin (la voix de Tom Hanks et Tom cruise ; du Shérif Woody dans Toy Story)
  • Rafiki : Med Hondo (la voix d’Eddie Murphy, et l’Âne dans Schrek)
Le Roi Lion

Par ici la critique !!

Critique du film Le Roi Lion

Et c’est maintenant que nous arrivons à un point critique de cette analyse. Peut-on vraiment critiquer un film d’animation qui a eu autant de succès ? L’exercice cette fois-ci se révèle plus difficile que prévu. Mais contre toute attente, en cherchant un peu autour de sa conception et de sa production, il est possible de trouver quelques faiblesses !

D’abord, parlons du scénario

En tout et pour tout, Le Roi Lion n’a absolument rien à envier à la pièce de théâtre dont il est inspiré. Hamlet est une histoire arquée sur la vengeance, avec une morale des plus moroses sur sa fin. D’une relation vengeresse entre un neveu et son oncle, on cible d’avantage une relation forte entre un père aimant mais froid et un enfant-roi qui évolue autant dans les rires que dans les larmes. On s’y reconnait, on vit les mêmes émotions que Simba ainsi que ses interrogations perpétuelles sur ce qu’il est et ce qu’il souhaite devenir. Il n’y a aucune lenteur dans ce film. Tout est rythmé à la manière d’une pièce en trois actes avec l’enfance de Simba, son évolution et enfin l’acceptation de son héritage.

Mais quoi qu’on en dise, il y a une polémique derrière ce chef d’œuvre

Lors de la sortie du (le) Roi Lion en 1994, beaucoup ont crié au plagiat. Car l’histoire de Disney ressemblerait au manga imaginé par Yoshio Takeuchi en 1950 : le Roi Léo, très vite adapté en série télévisée japonaise par Osamu Tezuka et rebaptisée par la diffusion américaine comme « Kimba le lion blanc » dans les années 1960. Et finalement… il n’y a pas énormément de points communs entre les deux œuvres, du moins, au-delà des personnages principaux. Au contraire du (le) Roi Lion qui tourne autour d’animaux seuls, le Roi Léo met en scène des être humains et exprime une vision du monde plus ample et sombre sur les problèmes de la société, au travers de métaphores très imagées.

Si la Walt Disney Company a nié tout plagiat pendant longtemps… elle se sera finalement excusée qu’en 2001 : certaines idées et plans du film seraient effectivement inspirées du manga et du film japonais. On pourrait alors penser que la société de production, gérant les droits de la plupart des œuvres d’Osamu Tezuka, ait pu porter plainte devant les tribunaux internationaux mais… rien du tout. Au contraire même, elle aura salué l’hommage rendu au mangaka, très admiratif à l’époque du travail de Walt Disney. Comme quoi, tout s’arrange !

Le Roi Léo d »Osamu Tezuka

Le graphisme : intact depuis 25 ans

Un coup de patte pour exprimer une idée. Un regard en coin pour exprimer son mécontentement. Toutes les personnalités des animaux sont humanisées au travers de gestes simples et caractéristiques propres à leur caractères. On s’approprie le personnage, on imagine ce qu’il peut ressentir, et la magie se créée. Et notons la qualité du doublage : juste bien faite et puissante, notamment par la participation de Jean Reno et Jean Piat qui donnent toute l’émotion de leurs personnages au travers de leurs intonations claires et distinctes.

Et on ne s’arrête pas là ! Les premières ébauches d’infographie sur ce film d’animation ont tôt fait de sceller le destin de Disney à une animation plus poussée. Le mélange entre le dessin manuel et informatique fait mouche, plongeant le spectateur dans une immersion attractive et émotionnelle. La qualité est définitivement présente et n’a rien à envier aux dessins animés actuels. Le film d’animation garde une belle dynamique, des couleurs chaleureuses qui s’harmonisent selon le déroulement de la vie de Simba : très colorée durant son enfance par exemple, jusqu’à ce que l’on limite à deux nuances de couleurs après la mort de Mufasa. On aura ici deux teintes qui s’opposent, comme celle de Simba écrasée par les sombres nuances de Scar, vainqueur de son crime. Les couleurs par la suite reprennent des nuances plus saturées et claires et au fur et à mesure que Simba se reconstruit, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que la Terre des Lions porte les couleurs de son usurpateur de roi.

Et puis comment ne pas aimer Hans Zimmer ?

Il ne pouvait pas y avoir mieux que Hans Zimmer pour exprimer toute la solennité et la symbolique du film. Chaque moment, chaque personnage est interprété judicieusement par un instrument. La course des gnous est symbolisée par la fuite endiablée des violons. Scar victorieux de son méfait, se voit accompagné d’une chorale basse et rythmée qui semble le juger ou interpréter l’armée de hyènes le suivant à son pas. Les instruments de bois sont présents pour raconter l’enfance de Simba et l’évolution de la Terre des Lions… Il y a tant d’exemples où le film d’animation ne peut vivre sans la force musicale, et le Roi Lion est un parfait exemple de cette symbiose. D’autant plus qu’un joli mélange culturel se forme sous sa direction, entre une rythmique très africaine et une orchestration américaine. Il ne manquait plus que la participation d’Elton John pour faire de cette bande-son une expression puissante de sentiments.

Conclusion

Malgré sa polémique autour de son histoire et de ses inspirations, les Walt Disney Studios se sont surpassés dans la production du (le) Roi Lion qui n’était pourtant pas parti gagnant. L’histoire même de la Compagnie Disney se résume en ce film, que ce soit avant, pendant ou après sa production. Les Studios que l’on espérait comme pleins d’espoir au début de leur vie, ont dû subitement faire face à une vague de critiques qui n’adhérait plus à ses productions. Il a fallu du temps, et beaucoup de patience, pour prouver que la Walt Disney Company serait toujours de la partie et se battrait quoi qu’il arrive pour partager des moments forts en famille. Le Roi Lion est une vraie renaissance et ce, dans tous les aspects du film. Une bouffée d’air frais qu’il est bon de sentir pour braver notre quotidien !

Le Roi Lion

Bon… et maintenant ? Cette analyse?

Analyse du film Le Roi Lion

Qu’est-ce que ça veut dire : avoir sa place dans le cycle de la vie ? Des analyses à ce sujet, il y en a eu. Des tas même. Pourtant les années ont passé, et la question se pose toujours. C’est un peu sur cette pensée que l’analyse sera rédigée. Bien sûr, rien ne peut se faire sans un lien connecteur qui est Simba.

Simba, l’Enfant-Roi.

«Mufasa : Regarde Simba. Toute cette immensité baignée de lumière est notre royaume. Le temps que passe un roi à gouverner ressemble à la course du soleil. Un jour viendra où le soleil éteindra sur moi sa lumière et se lèvera pour faire de toi le nouveau roi.
Simba : Et tout ça m’appartiendra ?
Mufasa : Absolument tout.
Simba : Tout ce qui est dans la lumière ? L’endroit qui est dans l’ombre aussi ? »

Pour reprendre l’analyse de Marianne Chaillan (« Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux »), Simba a une position d’enfant privilégié, héroïque même, ou le cycle éternel de la savane ne peut fonctionner sans lui. A peine né, le cœur débordant d’énergie, son père lui explique solennellement son rôle et lui montre une évidence forte : Simba n’est pas obligé de devenir roi. Il l’est ! C’est juste qu’il n’a pas encore la taille pour porter la couronne.

Dans cette idée d’être considéré comme le plus privilégié des plus privilégiés, soit on se rebelle, à l’instar de Merida, pour vivre la vie que l’on souhaite… soit on en profite, à l’instar de Simba. Très jeune, il a compris qu’il ne doit pas résister au pouvoir, puisqu’il devra l’utiliser un jour. Alors il peut bien se moquer de Zazou qui voudrait faire de lui un exemple pour tous les lions, ou bien de Nala qui vit sa vie d’enfant sans conscience de l’avenir. Rien que pour cette vision, Simba possède une certaine maturité, mais il use avec les ambitions d’un enfant. Autrement dit : de manières très extrêmes ! Comme chanter au sommet d’une pile d’animaux joyeux, dans le simple but que la chaîne s’écroule et bloque Zazou pour s’en débarrasser.

La vérité et le rôle que l’on a expliqué à Simba ont forgé son égoïsme et son égocentrisme. S’il doit être roi, il doit avoir aussi tous les avantages pour se divertir, et qu’importe ce que peut en dire son père, son oncle ou ses amis. Et qu’importe les conséquences.

Même si la conséquence s’appelle Scar.

« Scar : Parce que si ma subtile intelligence se taille la part du lion, sur le plan de la force physique j’ai bien peur que la génétique n’ait pas joué en ma faveur.»

Scar est celui pour qui « la Génétique n’a pas été en [sa] faveur », celui qui a été protégé/surveillé par son frère Mufasa, roi de la Terre des Lions jusqu’à errer seul sans soutien, ni reconnaissance. Ce qui ronge Scar ne serait plus de la jalousie à ce niveau, mais de la rancœur profonde et mauvaise. Pourquoi lui, qui est si chétif sur le tableau de la chaîne alimentaire, ne pourrait pas prétendre à être roi un jour ? D’une certaine manière, il évoque le maillon à part d’une chaîne déjà complétée. On le tolère car il ne dit rien, ne se plaint pas et hoche la tête en silence. Mais cette solitude l’amène à faire des choix qui vont à l’encontre de son environnement : il complote, il nourrit des hyènes pour obtenir leur confiance, et il se perd dans un jeu de pouvoir obscur contre le pouvoir éclatant de son frère aîné.

Puis de là, naît une idée. Depuis la naissance de Simba, Scar est dépité. Il n’a aucune sympathie pour les joyeux événements. Mais dans l’innocence de Simba, il y trouve un pouvoir encore plus important : l’influence. Il influence l’enfant de commettre quelques petites missions de « braves », « bien trop dangereuses » pour lui, mais après tout, il n’est que son oncle, il ne peut rien lui interdire. Ce jeu de manipulation est un peu comme une mauvaise herbe que l’on plante dans un jardin fleuri. Elle n’a pas besoin de beaucoup pour grandir et parasitera les autres plantes, surtout si on lui donne de l’importance. Simba est naïf : il donne bien sûr de l’importance à ces actes, puisqu’il veut se montrer comme un roi vaillant. Mais si jeune, il ne mesure pas la conséquence de ses gestes et ô combien parfois il est difficile de réparer toutes ses erreurs… son père en est la preuve.

La perte d’un être cher, la perte de soi.

Et sa culpabilité sera impardonnable, même s’il fuit auprès d’un nouvel entourage.

« Scar : Bien sûr, bien sûr que tu ne le voulais pas… Personne ne peux vouloir des choses aussi horribles… Mais le roi est mort… Et sans toi il serait encore en vie… Qu’est-ce que ta mère dira ?»

Simba culpabilise. Simba est brisé. Pour lui, ce à quoi il aspire ne peut plus être réalisé. Il a non seulement perdu son père mais aussi tout ce qui faisait de lui un enfant heureux. Condamné, il renie tout, comme le ferait un enfant qui ne veut pas voir le problème. Il fuit loin, très loin de qu’il connait et de ce dont il a l’habitude. Il refuse d’un bloc tout ce pourquoi il doit être roi, parce qu’il ne s’en sent plus capable et digne. C’est là qu’il s’oublie, et qu’il se reconstruit à la fois grâce à Timon et Pumbaa.

Comme deux anges gardiens délurés, ils n’ont pas besoin de parler pour comprendre que Simba a besoin d’aide. Ils lui offrent alors un paradis pour se reconstruire, se créer une nouvelle vie qui lui permettra de rompre avec ce qui lui fait du mal : son passé. Pourtant le destin est cruel quand il revient au galop, surtout quand c’est une belle lionne comme Nala qui lui exprime sa détresse. A ce moment clé de la vie de Simba, il est extrêmement dur de réaliser que l’on a encore sa place dans la Terre des Lions, alors que tout les signes en disent le contraire. Simba fuit naturellement, dans la peur de faire encore plus de mal et pourtant… Rafiki le rappelle à l’ordre.

Rafiki, la voix de la confiance.

 « Rafiki : Le passé c’est douloureux. Mais, à mon sens, on peut soit le fuir, soit tout en apprendre. »

Simba est le dernier espoir pour ramener l’ordre dans le chaos. il est le chaînon manquant dont la Terre des Lions a besoin pour rééquilibrer le grand cycle de la vie. Pourtant il semble tout renier, ce qui étonne Rafiki. Pourquoi ne pas lui rappeler alors d’où il tient sa force ? D’où il tient cette bonté et cette envie de vivre propre… à son père ? C’est ainsi que Rafiki apparaît aux yeux de Simba comme un fantôme du passé qui revient le hanter. Il l’incite à se poser les bonnes questions, le fait traverser une jungle sombre en labyrinthe en pleine nuit comme si elle exprimait le mal-être de Simba. Pourtant, Simba s’en sort, relève la tête, déterminé à comprendre ce qui s’est passé le jour où son père est décédé.

Alors, au bord d’une clairière, l’eau reflète non pas son visage mais celui de son père. Mufasa n’a pas totalement disparu, il vit en lui, aussi bien dans son cœur que dans la manière dont il évolue. Mais Simba l’a oublié, en s’oubliant lui-même.

« Mufasa : Tu m’as oublié en oubliant qui tu étais. Regarde en toi Simba, tu vaux mieux que ce que tu es devenu. Il te faut reprendre ta place dans le cycle de la vie.»

Simba comprend alors. Renier son passé n’est pas le seul moyen pour rattraper son erreur. Il peut aussi l’accepter et réparer sa faute, en sauvant ceux qui croient encore en lui. Dans cette immense savane où son père veille sur lui parmi les étoiles, il comprend que l’acceptation sera sa force et lui permettra de grandir. Et peut-être que finalement… rien n’est perdu ! Il peut encore faire quelque chose de bien et reprendre sa place auprès des siens : non pas en tant que roi, mais comme membre d’un cycle qui correspond à sa famille et la Terre des Lions. Et il connaît son rôle : celui de protéger à son tour et à l’instar de son père, le Cycle de la Vie.

Conclusion : « N’oublie pas qui tu es. »

Ne laissez jamais personne vous dire ce que vous devez être ! Nous sommes au travers de notre entourage, de notre personnalité et de notre enfance. Nous sommes au travers de nos erreurs, en les acceptant comme une expérience à ne pas reproduire, mais à appréhender pour l’avenir. Nous sommes une maille d’un Tout. Ce Tout est à l’instar de la Terre des Lions, une grande chaîne où se mêlent amis, famille, amour, événements vécus et passions. Nous avons notre place à l’intérieur de ce Tout, non pas comme une partie mais un Membre complet qui fait fonctionner le Tout, qui le fait évoluer en permanence.

Renier son passé, c’est renier qui on est. On ne peut changer ce qu’il s’est produit. Mais il est toujours possible de construire son avenir autrement. Regardez Simba : il aurait très bien pu venger son père mais ne pas devenir Roi. Il aurait très bien pu laisser Nala ou sa mère reprendre le pouvoir jusqu’au prochain Lion-roi choisi. Mais le plus important est de voir qu’il a su renouer avec son passé et qu’il s’est pardonné. Il ne faut pas voir la morale comme centrée sur le respect de son destin principal ; plutôt comme l’idée qu’on ne peut évoluer si on n’est pas en paix avec nous-même.

Chacun a sa place. Il suffit seulement de comprendre quelle place on se donne dans ce monde !

Le Roi Lion

Et le renouvellement d’un cycle !

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