Si on vous dit « J’ai bien peur que vous soyez contraints de me suivre » ? Les amoureux de l’attraction Phantom Manor auront tout de suite reconnu la narration du célèbre manoir hanté de Disneyland Paris. Mais qui se cache derrière cette voix effrayante ? Il s’agit de celle du comédien Gérard Chevalier avec lequel nous avons eu le plaisir de nous entretenir et que nous vous proposons de découvrir.

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Gérard Chevalier, du comédien à l’auteur

Même si le seuil du manoir des Ravenswood est traversé quotidiennement par des milliers de visiteurs, la carrière de Gérard Chevalier ne se résume pas à Phantom Manor. Comédien, écrivain, ou encore réalisateur, Gérard Chevalier, surnommé « Guguss », a plusieurs facettes. Il connait les planches du théâtre dès ses 13 ans mais c’est vers l’âge de 30 ans qu’il devient professionnellement comédien. Après avoir cumulé de petits rôles, il atteint un public plus large, notamment avec le film le Chant du Monde de Marcel Camus. Après quoi vient la période des théâtres parisiens, dont « la  Méthode », où il monte sa première comédie « Amour en direct » pour laquelle il engage en première partie un certain Michel Colucci, futur Coluche, avec qui il deviendra ami, une amitié « sporadique mais sincère ». Disparu brutalement en 1986 alors qu’ils partageaient plusieurs projets en cours, c’est à son ami Coluche que Gérard Chevalier dédiera plus tard son film le « Blues du crapaud ».

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Gérard Chevalier, la voix de Phantom Manor

A la fin des années 60, il inaugure son premier grand rôle à la télévision dans « le Choix » et enchaînera ainsi plusieurs productions, principalement historiques, dans lesquelles on le voit incarner entre autres le maréchal Lanne, des antagonistes dans Arsène Lupin ou Vidocq et un rôle de mécanicien dans la Cloche tibétaine, tous des feuilletons à succès. Tout au long de ces productions, il multiplie les voyages mais surtout les rencontres et les amitiés, ne s’éloignant pas du théâtre pour autant. Plus tard, entre créations et déceptions, il concrétise son rêve en 1992 en réalisant un film, le Blues du crapaud, qui lui demandera 4 ans de travail et dans lequel il réunit famille et amis. Il faudra attendre 23 ans pour qu’il soit enfin projeté.

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Gérard Chevalier a publié cinq livres depuis 2009

Avec un « besoin de créer toujours présent », il se découvrira dans les années 2000 une nouvelle passion pour l’écriture et publiera plusieurs romans récompensés, ayant tous pour cadre le paysage sauvage de la Bretagne : Ici finit la terre (2009), l’Ombre de la brume (2010), la Magie des nuages (2011), Vague scélérate (2013), et récemment Miaou, bordel ! (2014), qui rencontre son succès par son originalité et son humour. « Je pense que ma vie est bien trop courte pour faire tout ce que j’ai prévu ! » nous a confié Gérard Chevalier.

La voix de Phantom Manor

Au milieu de cette carrière hétéroclite, dans les années 90-2000, Gérard Chevalier prête sa voix pour des publicités, documentaires, etc., et c’est en 1992, peu de temps avant l’ouverture du parc, qu’il est choisi par les équipes Disney pour enregistrer la narration de la version européenne du manoir hanté, pensée par l’imaginieur Jeff Burke : l’attraction Phantom Manor, qui ouvrira la même année que le parc Euro Disney. Mais la voix de Gérard Chevalier ne se cantonnera pas au manoir de Frontierland. Il faut savoir que Gérard Chevalier, avant de devenir la voix de Phantom Manor, a d’abord prêté sa voix à plusieurs autres attractions emblématiques du Parc Disneyland. Parmi celles-ci, Pirates of the Caribbean (plusieurs pirates dont le vendeur aux enchères ou celui qui menace l’homme dans le puits), Disneyland Paris Railroad (narration), le Visionarium, Star Tours (annonces pour les voyages proposés durant la file d’attente), etc.

Gérard Chevalier vole ainsi malgré lui la vedette à Vincent Price, célèbre acteur américain d’épouvante, qui avait enregistré au printemps 1990 une première narration. Cette première version principalement en anglais et comprenant quelques passages en français ne sera finalement pas retenue malgré les efforts fournis par l’acteur pour réciter son texte en français. On lui préférera en définitive la version française de Gérard Chevalier, plus adaptée aux visiteurs du parc à thèmes. Pour ce nouvel enregistrement, s’il était prévu de réenregistrer le texte initial, Craig Fleming et Thierry P. Benizeaule, les scénaristes de l’attraction, ont décidé de modifier le texte de la version française, beaucoup moins poétique que la première et moins inspirée de l’attraction originale, Haunted Mansion. Une version plus courte, plus fonctionnelle et moins axée sur l’histoire du manoir. Seuls les rires des enregistrements de Vincent Price seront conservés dans la narration finale et sont toujours audibles aujourd’hui. Ce sera là l’unique mais non moins mémorable collaboration de Gérard Chevalier avec Disney.

Vincent Price, en compagnie des équipes Disney, lors des enregistrements de la première narration de l’attraction :

Gérard Chevalier a accepté de se remémorer cette expérience avec nous au cours d’une interview.

Radio Disney Club : Comment devient-on la voix d’une attraction ?

Gérard Chevalier : Je suis devenu la voix de l’attraction « Le fantôme du manoir » car, ma voix étant très connue, l’équipe Disney américaine m’a choisi en écoutant divers enregistrements. Il n’y avait aucune raison que je refuse, bien entendu. Je suis un admirateur depuis mon enfance des films de cette compagnie et je continue à regarder ses créations avec bonheur en accompagnant mes petits enfants.

RDC : Prêter sa voix à une attraction a-t-il été une expérience particulière dans la carrière d’un artiste aussi polyvalent ?

GC : C’était la première fois que je collaborais avec une équipe Disney et j’en étais flatté. L’enregistrement s’est très bien passé, dirigé par un coach de l’équipe américaine, avec la rigueur et l’exigence requises par le professionnalisme qui caractérise les créations de Disney. L’enregistrement a demandé plusieurs jours, environ 3 jours au total. J’ai travaillé seul, sans rencontrer d’autres interprètes. L’enregistrement a eu lieu chez « Audiophase », rue Vaugirard à Paris, 1 mois avant l’ouverture. J’ai d’ailleurs enregistré plusieurs voix d’attractions (Pirates of the Caribbean, Disneyland Paris Railroad, Peter Pan’s Flight, le Visionarium, etc.). Je ne connaissais pas le parc original aux Etats-Unis mais je me suis bien amusé en entrant dans ce travail sans idées préconçues. Je me suis très bien entendu avec toute l’équipe présente à l’enregistrement. L’ambiance de travail était excellente. On était tout de suite sur la même longueur d’ondes. J’ai le souvenir d’une séance d’enregistrement agréable, il n’y a pas eu d’incompréhension. Les américains essaient toujours de pousser le plus loin possible les possibilités de qualité pour être au top, je suis habitué à ça, ça ne m’a pas surpris. C’était une expérience intéressante, et j’étais heureux de travailler pour les enfants, qu’ils soient petits ou … grands ! Je suis assez fier d’être LA voix de « Phantom Manor » dont beaucoup d’amis me parlent encore des années après et qui semble bien être une réussite dans le genre.

RDC : Votre prestation reste mémorable, a-t-elle fait l’objet d’inspirations particulières pour la réaliser ?

GC : Mon interprétation est tout simplement le résultat des directives de mon coach qui a su tirer parti de mes possibilités, comme les réalisateurs ayant du métier et du talent savent le faire. On a testé au départ plusieurs orientations. Une fois mis d’accord sur la bonne interprétation et après quelques rectifications, on est resté sur ce qui était défini. J’ai imaginé la meilleure façon de faire en fonction du texte que j’avais sous les yeux. Ce n’était pas une découverte dans le monde de l’épouvante, j’ai enregistré plusieurs fois les contes d’Edgar Allan Poe.

RDC : Ce travail reste-t-il un souvenir particulier pour vous ? D’avoir interprété une voix qui, 25 ans après, épouvante toujours des milliers de visiteurs quotidiennement ?

GC : Je retourne de temps en temps à Disneyland avec mes générations nouvelles de petits-enfants, et c’est à chaque fois un grand plaisir de voir leur joie et de retrouver un souvenir très agréable : j’avais été invité avec ma famille par « the opening crew » dans les premiers jours d’ouverture, et j’en ai conservé la médaille que l’on m’a offerte à cette occasion. Je ne peux pas dire que j’ai une attraction préférée car toutes sont superbement réalisées et très différentes. Du labyrinthe d’Alice jusqu’au train de la mine et aussi l’attraction Peter Pan, j’ai trouvé ça fabuleux et magnifique. Ma maison fantôme, je l’aime bien aussi. C’est un endroit que j’aime beaucoup. J’en savoure les sensations renforcées par celles de mes petits accompagnateurs. Bien sûr, si on me redemandait d’enregistrer un texte pour le parc, je le ferais bien volontiers.