John Lasseter : l’artisan de l’infini et au-delà

Publié par Florian Mihu le 28 octobre 2015 | Maj le 24 avril 2018

Rares sont les fulgurantes percées artistiques qui marquent à tout jamais le domaine du cinéma et du divertissement. Si elles sont nombreuses dans le secteur de la prise de vues réelles, elles se font plus rares dans celui de l’animation. Elles ne se comptent pas à l’échelle de décennies mais plutôt de siècles. John Lasseter est assurément l’artiste qui fait le pont entre le XXème et le XXIème siècle. L’homme aux mille et une chemises hawaïennes se place depuis le rachat des Studios d’Animation Pixar par Disney comme le digne successeur de Walt Disney en personne. Génie omnipotent dans le domaine de l’animation, il a su, grâce à une vision débordante, à la fois révolutionner la technique mais également l’artistique, tout en instaurant une synergie exceptionnelle dans les différentes divisions de Walt Disney Company. La philosophie de Lasseter suit les traces de celle du maître. Passionné d’abord et avant tout de dessin, il n’a cessé de propulser le cinéma d’animation toujours vers l’avant, a connu aussi des échecs mais reste le modèle et la légende incontestée du genre dans l’empire hollywoodien du XXIème siècle. Lasseter n’est pas le créateur de l’animation mais en est bel et bien l’un des innovateurs les plus importants. A bien des égards, son oeuvre et sa soif de créativité marqueront à tout jamais le septième art.

John Lasseter Ado

John Alan Lasseter

John Alan Lasseter vient au monde le 12 janvier 1957 à Los Angeles. Fils d’une professeure d’art titularisée en lycée, Jewell Mae Risley, et d’un employé de la marque Chevrolet, Paul Eual Lasseter, il passe son enfance dans la petite ville californienne de Whittier. Pris de passion dès son adolescence par le dessin grâce à sa mère, John Lasseter trouve très vite sa vocation dans l’animation. Initié aux arts picturaux et graphiques et grand adepte de cartoons comme ceux de Chuck Jones (Looney Tunes & Co), le jeune lycéen occupe son temps libre à se documenter dans des ouvrages de référence comme Walt Disney: The Art of Animation, écrit par Bob Thomas (1958), le journaliste et historien spécialiste de la Walt Disney Company. Ce livre est sans doute celui qui l’a le plus marqué, lui offrant une vision inédite de ce à quoi peut s’apparenter une production d’un court ou long-métrage d’animation. Il faut dire que Disney devient vite une passion sans bornes pour John, grand fan de Grands Classiques comme DumboLa Belle au Bois Dormant, Merlin l’Enchanteur ou Les 101 Dalmatiens.

John Lasseter Jeune

Âgé de 18 ans, il parvient à franchir pour la première fois les portes des mythiques Studios d’Animation Walt Disney de Burbank en qualité de simple stagiaire. Il devient alors le deuxième étudiant à être admis à suivre le programme de l’université californienne fondée par The Walt Disney Company, destiné à l’étude et la pratique du dessin et de la photographie, le California Institute of Arts, plus communément appelé CalArts. Le jeune artiste en devenir est sensibilisé par l’importance des différentes phases de production d’un dessin animé et pratique plus particulièrement l’animation de personnages. John Lasseter et ses amis (Brad Bird, John Musker, Glen Keane…) vivent quatre années de pur épanouissement personnel, accompagné par des figures paternelles iconiques de la profession que sont – entre autres – les Neuf Sages des Studios d’Animation Walt Disney.

John Lasseter_CalArts John Lasseter Brad Bird John Musker

La fameuse classe A113

Une anecdote fort à propos nous est parvenue de ces années universitaires : aucun des élèves de la fameuse classe A113 d’animation n’était en possession d’une voiture. C’est pourquoi ils restaient sur le campus 24 heures sur 24 et planchaient autant que s’amusaient sur leurs travaux. John Lasseter baigne dans cette ambiance magique mais néanmoins très studieuse. Il n’a d’ailleurs de cesse de vouloir s’imprégner de la marque de Mickey, riche à nulle autre pareille. L’étudiant en animation va jusqu’à se faire recruter à Disneyland (premier du nom) à Anaheim. Ce petit job complémentaire à sa formation lui permet d’entrevoir une autre facette de la compagnie. Balayant dans les allées de Tomorrowland (le Land futuriste imaginé par Walt Disney) durant les vacances estivales, il obtient pour les saisons suivantes une gratification dans le secteur de l’opérationnel. Animateur au sein de l’Attraction Jungle Cruise, il se nourrit encore du savoir-faire de Disney qui, mieux que quiconque, manie l’art du conte et du divertissement à grande échelle.

John Lasseter_CalArts 1975

Il conclut ses quatre années de formation dans cette institution prestigieuse par la sortie de deux cartoons d’essai en 1979 et 1980, intitulés respectivement The Lady and the Lamp et Nightmares, pour lesquels il obtient deux prix étudiants, lui permettant de se distinguer dans le monde de l’animation avant même d’y entrer professionnellement. Le petit prodige est en marche, n’omettant pas de placer le divertissement au centre de ses préoccupations dans sa manière d’aborder l’animation. Aussitôt embauché dans les studios de l’oncle Walt, il rejoint les activités du département d’animation des longs-métrages Disney avec d’autres amis comme Tim Burton, et débute ainsi sa carrière sur le Grand Classique Rox et Rouky : il collabore avec son collègue des rangs de CalArts, Glen Keane, sur plusieurs scènes dont celle de l’affrontement entre Rox et l’ours. Au-delà de « Kommandatura » qui dicte et façonne l’imaginaire des scénaristes et animateurs de la branche, John, ses amis Glen Keane, John Musker, Chris Buck, Tim Burton, Henry Sellick et les autres se retrouvent très vite étriqués et frustrés dans leur profession. Les budgets alloués à la production du film sont bien en deçà de leurs attentes. Le film sort tant bien que mal. John se retrouve très vite sur un autre projet, Le Noël de Mickey.

John Lasseter_film-student-academy-awards

John Lasseter reçoit son prix pour Lady and the Lamp (1979)

Lasseter et Keane

Alors que la créativité, disparue depuis Les 101 Dalmatiens, ne semble pas vouloir repointer le bout de son nez, le label Disney en prises de vue réelles s’apprête à dépasser un nouveau cap. Tron, premier du nom (1985), est un véritable coup de boule pour Lasseter et Keane, qui sont parmi les premiers à prendre conscience du potentiel immense que représente l’animation virtuelle en trois dimensions. Le duo commence à travailler autour d’un concept fort qui reposerait sur des fonds mouvants en trois dimensions, où évolueraient cependant des personnages en 2D. L’administration donne son aval et l’expérimentation peut alors débuter. Mais très rapidement, une rumeur vient à se répandre dans les couloirs de Burbank, celle du remplacement définitif à terme de la main de l’animateur par le processeur. Malgré ce poids qui leur pèse dessus, les jeunes artistes s’attellent à imaginer des projets de moindre ambition avant de transposer leur recette dans le monde fascinant du jeu d’arcade.

John Lasseter et Glen Keane

John Lasseter et Glen Keane

Naissent alors deux courts-métrages tests animés, dont la réalisation et une partie des storyboards sont confiées à John tandis que Glen s’occupe d’animer les protagonistes. Le premier cartoon imaginé par John, Max et les Maximonstres, revient sur le conte de Maurice Sendak. Ce film met en scène un jeune garçon dans sa chambre, essayant tant bien que mal de poursuivre son chien. L’environnement dans lequel évoluent ces personnages animés au crayon est conçu en images modélisées par ordinateur, qui suit d’ailleurs l’action en plan séquence. Ce premier essai est présenté aux équipes de production de Tron et aux exécutifs de la compagnie, dans un climat tendu. Second cartoon, Le Petit Grille-Pain Courageux est une histoire conçue dès l’origine pour ordinateur. S’en suit la présentation de ce dernier dans une version non définitive. Il s’avérera finalement que le projet sera avorté, faute de budget trop lourd dû à l’animation numérique. On le constate, la technologie et le talent allaient désormais avancer main dans la main pour exploiter toute cette graine créatrice naissante au sein de la conscience collective de la nouvelle génération d’animateurs. Si les vénérables studios Disney n’auront pas pu franchir cette étape dans les années 1980, il va sans dire que leur âge d’or, qu’il soit incarné par ses Neuf Sages, le développement de ses formations universitaires ou ses inspirations, peut prétendre à une parenté directe avec le style et les scénarios de Pixar, John Lasseter en tête de file.

John Lasseter est viré de Disney

Néanmoins, l’ambiance moribonde et la vision exclusivement pécuniaire des studios Disney à cette époque ne font que conforter le jeune artiste (et bien d’autres) dans l’idée qu’il n’y a pas sa place en tant que créateur. L’âme de Walt, basée sur l’innovation et l’imagination, n’a plus de raison d’être dans une société commandée par le profit et la stagnation de businessmen. Dans ce contexte difficile, John Lasseter est remercié par la firme aux grandes oreilles en 1983, à l’instar d’autres grands animateurs de l’époque. John avait déjà l’âme d’un leader naturel dans un studio empêtré dans une époque et un style. Ses envies dépassaient de loin ce que Disney pouvait produire à ce moment-là. C’est alors qu’il fait une rencontre qui changera le cours de sa carrière, celle d’Ed Catmull, fondateur et patron de Lucasfilm Computer Graphics Group, une entité de la firme d’effets spéciaux de Lucasfilm Ltd., Industrial Light & Magic (ILM). Ed Catmull est ce qu’on peut appeler un rêveur dans l’âme, lui aussi. Passionné de dessin, il s’est rendu très vite compte qu’il n’était pas assez talentueux pour en faire sa profession dans un studio d’animation. Il s’est donc tourné vers la physique mais oriente son champ d’étude sur les relations entre celle-ci et les arts à l’Université d’Utah. Il poursuit alors sa carrière au sein du New York Institude Technology (NIT) comme directeur du laboratoire d’infographie, dans lequel il poursuit son programme d’étude sur la science au service de l’art. C’est tout naturellement qu’il se retrouve à plancher sur l’animation 3D dans un film réel. Le futur papa de Toy Story rejoint alors Ed Catmull et ses laboratoires. Le travail du nouvel « Interface Designer » (une dénomination spécifique permettant à Ed d’embaucher en toute sérénité l’animateur, dont la profession n’est pas acceptée en tant que telle dans son groupe) est très rapidement remarqué par ce milieu professionnel très fermé, tant sur Les Aventures d’André et Wally B. (connu comme le premier court-métrage de l’histoire entièrement animé par ordinateur) ou sur Le Secret de la Pyramide, de Steven Spielberg, pour lequel il décroche même une nomination aux Oscars.

John Lasseter, Ed Catmull et leur équipe de Lucasfilm

John Lasseter, Ed Catmull et leur équipe de Lucasfilm

L’année 1986 contraint George Lucas à revendre sa petite société Lucasfilm Computer Graphics GroupIl fait ainsi affaire avec l’ex-patron d’Apple, Steve Jobs, qui s’empresse de débaptiser Graphics Group et lui offrir le nom qui ne tardera pas à éveiller les consciences de la galaxie « cinéma », Pixar Animation Studios. Steve Jobs et ses équipes recentrent les missions de Pixar autour d’un objectif principal : l’animation 3D assistée par ordinateur. Bien que ce rêve habite John et chacun de ses collaborateurs, la jeune société a du d’abord développer le matériel et les logiciels adéquats avant d’exploiter les talents de John. La réunion des savoirs de John Lasseter et Ed Catmull ou l’expérience de Disney associée au cerveau scientifique allume une étincelle créative jamais vue auparavant. John Lasseter fait alors la connaissance de nombreuses personnalités comme le programmateur informatique Eben Ostby. Les deux échangent leurs connaissances : l’un explique à l’autre les rudiments de l’animation tandis que le second dresse les limites physiques du médium. Ce duo inventif  compte bien faire de l’animation par ordinateur une révolution artistique.

John Lasseter et Steve Jobs

John Lasseter et Steve Jobs

Le début de l’animation sur ordinateur

John effectue ses premiers travaux sur des modèles basiques. L’animation par ordinateur se réduit alors à de simples constructions et motifs géométriques. Les logiciels sont en cours de perfectionnement mais ne réalisent pas tous les souhaits de l’animateur, à savoir un rendu plus souple des formes ou des corps. La personnalité des êtres, « l’illusion de la vie », comme aimaient le souligner les maîtres Franck Thomas et Ollie Johnston, n’est pas encore convaincante. Le souhait le plus cher de John Lasseter est alors d’utiliser tous « ces outils photoréalistes pour [s’]éloigner encore plus de la réalité : créer quelque chose à partir de dessins, d’histoires et de personnages que le public sait iréels ». La philosophie même de Pixar est née. John engage un vaste chantier de productions. Parmi toutes ses premières créations – jouets, robots, etc., il porte son attention sur sa fameuse lampe de bureau, dont il souhaite faire la vedette d’un premier cartoon en images de synthèse.

John Lasseter travaille sur les premisces de Luxo Junior

John Lasseter travaille sur les prémisses de Luxo Junior

Il n’imagine pas alors qu’elle consacrera le studio tout entier. En effet, aidé de Bill Reeves, John Lasseter parvient à imaginer ce cartoon, scénaristiquement et techniquement bluffant pour les critiques de l’époque : mettre en scène des lampes de bureau en trois dimensions. Le succès ne se fait pas attendre, d’une part dans le milieu de l’infographie, et d’autre part auprès d’un plus large public. Ce mini-film révolutionnaire obtient la prestigieuse nomination en 1986 d’Oscar du Meilleur Court-Métrage mais également un Ours d’argent à la Berlinale. Par ailleurs, c’est la philosophie innovante et originale et son emblème qui émergent avec Luxo Junior. Voilà que les premières années, John Lasseter consacre son temps à faire fructifier les talents des uns et des autres dans une série de cartoons produits par Pixar, suscitant toutes les convoitises. Apple est tout naturellement la première firme à phagocyter le studio d’animation. John Lasseter érige de toutes pièces la politique artistique de Pixar. L’idée du processus créatif ne peut passer selon lui sans l’apport de tous les talents artistiques. Son équipe se construit ainsi autour de principes piliers simples mais forts. La communication reste primordiale dans l’édification d’un film d’animation. Tout part de là. Ce travail est en effet canalisé par quatre cadors de l’entité créative du studio : John Lasseter, Pete Docter, Andrew Stanton et le regretté Joe Ranft. Leur amitié et leur inventivité donnent le ton à l’ensemble du studio. Les quatre esprits créatifs sont alors surnommés le « brain-trust » au sein de la maison de Luxo, ou encore les « Beatles » de l’animation. Ce concept de « brain-trust » sera préservé et intensifié lors de chaque production d’un film d’animation chez Pixar, puis au sein des Studios Disney quand John Lasseter en prendra la tête. Quant à l’esprit de franche camaraderie et d’honnêteté qui habite ce quatuor pendant des années, il est la clef de la réussite de Pixar selon John. Le processus se base sur le visionnage du rendu d’un film à plusieurs instants T de sa production par une équipe plus large que celle qui planche dessus. Toutes les remarques sont prises en compte et améliorent d’étape en étape la qualité de l’oeuvre. En ce sens, Pixar fait figure d’exception dans les relations de confiance et de collaboration qu’elle prône depuis sa naissance, dans un univers ou l’ultraconcurrence est reine, que ce soit entre différents studios mais aussi entre créateurs au sein d’un même studio. John Lasseter a appris non seulement la pratique de l’animation au CalArts auprès des grands sages des Studios Disney mais également les rudiments d’une politique de production saine au sein d’un studio. Pour lui, l’animation reste l’un des arts les plus collaboratifs qui soit. L’équipe doit être valorisée selon lui, que ce soit d’une idée soumise durant la création d’un film aux honneurs reçus après sa sortie.

Les enfants de la classe A113 de CalArts : (à partir de la gauche) Steve Hillenburg, Tim Burton, Brad Bird, Mark Andrews (dans le costume de gorille), Jerry Rees, Chris Buck (avec le casque viking), John Musker, Genndy Tartakovsky, Leslie Gorin, Mike Giaimo, Brenda Chapman, Glen Keane, Kirk Wise (gilet beige), Andrew Stanton, Pete Docter (avec Lei), Rob Minkoff, Rich Moore, John Lasseter et Henry Selick.

Les enfants de la classe A113 de CalArts : (à partir de la gauche) Steve Hillenburg, Tim Burton, Brad Bird, Mark Andrews (dans le costume de gorille), Jerry Rees, Chris Buck (avec le casque viking), John Musker, Genndy Tartakovsky, Leslie Gorin, Mike Giaimo, Brenda Chapman, Glen Keane, Kirk Wise (gilet beige), Andrew Stanton, Pete Docter (avec Lei), Rob Minkoff, Rich Moore, John Lasseter et Henry Selick.

A la tête de la direction artistique de Pixar

Dès l’année 1991, John Lasseter, promu à la tête de la direction artistique du studio, se met en tête de sortir non plus un court mais cette fois-ci un premier long-métrage tout droit sorti de son imaginaire. En 1989 et en 1990, années de productions respectives de Bernard et Bianca au Pays des Kangourous et La Belle et la Bête au sein des Studios d’Animation Walt Disney, John Lasseter associe quelques talents de ses studios aux équipes de Disney pour fournir à ces dernières des séquences novatrices créés en CGI. Entre temps, le groupe au château enchanté s’est bien résolu à mettre la main sur Pixar. De quelle manière ? Mickey profite de la période peu fructueuse pour les Studios Pixar pour jouer de son influence. Le bébé de Steve Jobs souffre en effet de rentrées d’argent après des investissements colossaux, et toujours plus intenses compte tenu du développement accru des ordinateurs. Il faut dire qu’à cette époque, Pixar ne payait ses ordinateurs, ses logiciels, ses programmateurs et ses animateurs que par le seul revenu concret généré par les spots publicitaires commandés par diverses sociétés (Tropicana, Trident Fresh…). Non, Disney ne souhaite tout d’abord pas mettre la main sur Pixar mais sur son grand manitou John Lasseter avant tout, afin de mieux couler Pixar et d’acquérir les compétences révolutionnaires de l’artiste, dont la vision paraissait trop utopiste chez Disney quelques années plus tôt, rappelons-le. Lasseter reste fidèle à ses engagements et reste chez Pixar.

Le cartoon Tin Toy de John Lasseter donnant vie à un petit jouet homme-orchestre en 3D, sorti en 1988, est, on peut le dire, la source originelle des inspirations de John Lasseter pour Toy Story. Les « jouets vivants » trottent dans la tête du créateur depuis ses premiers essais infructueux du temps de ses débuts chez Mickey, quand il fallait imaginer des petits films animés pour les fêtes de fin d’année.

Travaux préparatoires de Toy Story

Travaux préparatoires de Toy Story

John Lasseter et Ed Catmull

John Lasseter et Ed Catmull obtiennent de Disney la distribution internationale de ce premier film entièrement animé par ordinateur et qui changera à jamais le sort de l’animation au cinéma. Toy Story sort en 1995 et connaît le succès planétaire mérité, tant commercial que critique, de la même façon que Walt Disney avait défrayé la chronique avec l’animation sur Celluloïd en 1937 grâce à Blanche Neige et les Sept Nains. Le réalisateur John Lasseter devient en un rien de temps l’icône de l’animation par images de synthèse. Ses jouets vivants lui permettent de décrocher une statuette spéciale aux Oscars. Ces nouveaux personnages deviennent les coqueluches de millions de spectateurs à travers le monde. Leur universalité, leur symbolique forte, contrastée par l’opposition ou la complémentarité entre nostalgie incarnée par Woody et technologie représentée par Buzz, font de tout le film une métaphore de la rencontre de tous les passionnés de l’animation et une ode à l’enfance. John Lasseter racontera plus tard que lui et ses équipes ont dû faire des pieds et des mains pour faire accepter leur scénario aux exécutifs de Disney et combien les négociations avec la firme pour faire accepter leurs personnages ont été houleuses. Tout d’abord, Disney remettait en question, dès l’année 1993, le personnage principal du film, le shérif Woody, jugé extrêmement répulsif, caractérisé par un humour lourd, une figure qui conférait au film une maturité trop éloignée de ce que Disney proposait jusqu’alors. Les studios de Mickey ont donc refusé dans un premier temps de poursuivre l’aventure, et contraignent John à remercier une partie de ses équipes, ce qu’il refusera évidemment de faire. Ce dernier présente une version améliorée aux exécutifs de Disney, passée après « brain-trust ». La compagnie aux grandes oreilles approuve enfin le projet. On connaît la suite de l’histoire…

Tim Allen (Buzz l'Eclair) en séance d'enregistrement pour Toy Story avec John Lasseter

Tim Allen (Buzz l’Éclair) en séance d’enregistrement pour Toy Story avec John Lasseter

Toy Story changera à jamais le cinéma

Dès lors, Toy Story marque le début d’une nouvelle ère au cinéma. Ed Catmull et John Lasseter cessent toute activité de production publicitaire l’année qui suit la sortie de leur premier long-métrage. Lasseter enchaîne les succès avec les longs-métrages 1001 Pattes (1998) et Toy Story 2 (1999). Il change en 2001 de casquette pour celle de producteur exécutif avec Monstres & Cie (2001), Le Monde de Nemo (2003) et Les Indestructibles (2005), des succès tout autant populaires qu’innovants dans les nouvelles techniques d’animation numérique. L’univers singulier de Pixar, à commencer par celui du cow-boy Woody et du ranger de l’espace Buzz l’Éclair, prend vie également dans le quotidien de plusieurs générations d’enfants par le développement d’un « Merchandise » impressionnant. Le travail de John  Lasseter se voit également décliné petit à petit dans les Resorts Disney. Tout porte à croire que l’entente entre Luxo et Mickey est inaltérable.

John Lasseter Pixar Films Disney_opt

Mais des frictions surviennent au milieu des années 2000 entre le géant du divertissement et le studio de John Lasseter. Ces tumultes liés à d’innombrables négociations concernant les accords liant les deux sociétés aboutissent au rachat pur et simple du studio par Disney pour la modique somme de 7,4 milliards de dollars, le 24 janvier 2006. De son côté, John Lasseter est nommé directeur créatif, non seulement du studio dont il est originaire mais également du label originel de la maison de Mickey. Du jamais vu dans l’histoire du septième art si l’on omet Ernst ­Lubitsch et la Paramount au milieu des années 1930. Il faut dire que le patron de Mickey Bob Iger n’avait pas dix mille voies qui s’offraient à lui : soit il devait continuer avec la même équipe et espérer que les choses se décanteraient d’elles-mêmes peu à peu ou simplement faire table rase et nommer une nouvelle direction. Venant du domaine de l’audiovisuel et des parcs à thèmes, Iger ne savait pertinemment pas qui embaucher à la tête du secteur de l’animation. Son expérience, notamment à Hong Kong Disneyland, lui a permis de constater que l’engouement pour les univers Pixar était exponentiel. Le nouvel administrateur de la firme multinationale a alors cherché celui en qui il pouvait avoir le plus confiance et qui avait prouvé jusque-là qu’il savait ce qu’il faisait et le prouvait. Le 25 janvier 2006, John est accueilli comme le Messie à Burbank au siège des Studios DisneyJohn Lasseter est donc nommé à ce poste, en étroite liaison avec le grand patron de la compagnie, mais entend également remettre de l’ordre dans la pauvre filiale en manque d’inspiration, Walt Disney Imagineering, la division créée par Walt Disney pour concevoir tout type d’infrastructure d’un Parc Disney : il en devient l’un des conseillers artistiques privilégiés. S’il reçoit l’aval de l’exécutif pour mener à bien la reconstruction d’une partie de la politique des studios, il reçoit également le consentement symbolique de la famille Disney en la personne de Roy E. Disney.

Ed Catmull, Steve Jobs, Robert Iger et John Lasseter aux Studios Pixar le 24 janvier 2006

Ed Catmull, Steve Jobs, Robert Iger et John Lasseter aux Studios Pixar le 24 janvier 2006

Le retour chez Disney

Après six années d’absence, il retourne à la réalisation pour insuffler un vent nouveau à Pixar, désormais label à part entière de Disney. Il reprend ainsi le travail de son regretté ami Joe Ranft, avec qui il partageait la passion de la mécanique et de l’animation. Cars – Quatre Roues est propulsé au rang des plus gros cartons animés et installe une franchise automobile prolifique pour Disney.

John Lasseter Cars 2006

Le nouveau patron de la branche animée disneyienne est décidé à redorer le blason perdu de la Walt Disney Company. Le rachat de Pixar a invoqué naturellement une nouvelle mission : reconstruire les Walt Disney Animation Studios. L’entité originelle des activités de la firme n’avait plus de vocation artistique sincère. Pire, c’est le fric qui menait la danse et asphyxiait encore et toujours plus les vrais artistes, que Walt Disney, imagineur avant d’être un homme d’affaires, mettait quant à lui au cœur de ses projets. John Lasseter n’oublie pas son expérience malheureuse des années 1980 au sein des studios Disney et compte bien changer la donne, désormais. Cette démarche est soutenue par le nouveau patron de Disney, Bob Iger, et son nouveau staff. Première décision mais ô combien symbolique  : le changement de dénomination des Walt Disney Feature Animation en Walt Disney Animation Studios, laissant présager une refonte complète de la ligne artistique du label fondé par Walt Disney. Il porte tout d’abord une attention particulière à la subdivision des DisneyToon Studios, voués jusque-là à se morfondre dans la production low-cost de sequels de Grands Classiques, qui malmenait à la fois ce studio mais éreintait également considérablement l’image de marque du label Disney dans son ensemble. Le chantier des suites vidéos à visée lucrative bien plus qu’artistique n’est désormais plus qu’un mauvais souvenir de l’ère Eisner. Le directeur artistique ne compte pas s’arrêter là et se contenter d’une mise en veille voire d’une mort prématurée du label en question : il décide d’offrir, dès juin 2007, aux DisneyToon Studios ses propres franchises originales, à commencer par la saga sur la Fée Clochette. S’en suivra toute une série de films et de cartoons.

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John Lasseter une Disney Legends

Considérations exclusivement financières oubliées, John Lasseter entend apporter les plus grands talents et les meilleures innovations aux Walt Disney Animation Studios. Tout comme le cinéma d’animation a franchi un pas de géant avec le studio dont il était responsable depuis 1991, il compte bien résoudre le problème d’engourdissement qui paralyse les équipes créatives du studio mère de Mickey. En amenant sa patte d’artiste 3D, combinée à celles des créateurs présents, il espère ainsi relancer dignement le bouillonnement artistique perdu. Tout juste débarqué, il ne parvient pas à redresser à temps la barre de Bienvenue Chez les Robinson, qui ne démérite pourtant pas mais offre à Disney un nouvel échec cuisant au box-office. Le projet qui suit en 2008, Volt, Star Malgré Lui, est en revanche soumis à toutes les relectures de l’artisan de l’animation. Toujours animé en 3D par assistance sur console, Volt devient, on peut le dire, le premier bébé made in Lasseter, qui ne souffre d’aucune épine dans le pied. Il faut dire que le directeur artistique a eu longuement le temps de parfaire sa production. Remplaçant tout d’abord Chris Sanders pour lui préférer le binôme Chris Williams / Byron Howard (co-scénaristes de Kuzco, L’Empereur Mégalo, Mulan ou encore Lilo et Stitch), John Lasseter mise tout sur cette oeuvre en retravaillant le propos et la forme. Lasseter n’obtient pas le succès escompté. Volt parvient tout juste à rembourser ses frais de production mais marque la première pierre à la réédification du label. On sent avec ce long-métrage que la rentabilité et le génie ne sont désormais plus très loin.

John Lasseter Ed Catmull Walt Disney Animation Studios

Ed Catmull et John Lasseter aux Walt Disney Animation Studios

Pixar : 20 Ans d’Animation

En 2006, John Lasseter supervise l’exposition itinéraire Pixar : 20 Ans d’Animation (réintitulée plus tard Pixar : 25 Ans d’Animation) inaugurée au MoMA à New York. Cet événement ne cessera dès lors de tourner à travers le monde. L’exposition propose plus de 500 œuvres, dessins de recherches originaux, études de personnages et de décors, storyboards, sculptures, ainsi que le spectaculaire Zootrope de Toy Story et le captivant Artscape, qui offrent des expériences exceptionnelles d’immersion dans la magie de l’animation.

John Lasseter Pixar Expo

Pixar : 25 Ans d’Animation (Art Ludique – Le Musée)

Alors que le renouveau est en marche du côté de Disney, le succès de Pixar, désormais dans le giron de la Walt Disney Company, ne se dément pas. John Lasseter continue de mener de main de maître la production exécutive de chefs d’œuvres pixariens : Ratatouille (2007), WALL•E (2008) et Là-Haut (2009) ouvrent une troisième page dans l’histoire du studio. A cette volonté de toujours faire évoluer les formes d’animation, John Lasseter joue également la carte de la continuité et du respect de l’héritage de la firme aux grandes oreilles. Se plaçant désormais comme le potentiel successeur artistique de Walt Disney, position non pas revendiquée par lui-même, restant le plus humble du monde face à l’empire légué par son fondateur, mais bel et bien par une frange de la critique et de la communauté de Fans Disney, il renoue avec l’animation traditionnelle en 2D délaissée par les instances exécutives précédentes. C’est toute une symbolique qui s’inscrit alors dans la sortie de La Princesse et la Grenouille en 2009, renouant à la fois avec la discipline graphique fondatrice du label mais également avec l’incontournable conte de fées à la Disney, ou plus précisément conte de princesse. Apportant une touche de modernité sociale non négligeable au conte des frères Grimm, John Lasseter colle à merveille ce projet dans l’air du temps, adapté aux attentes du public. Le 49ème Classique animé Disney, confié à des prodiges de l’animation traditionnelle qui n’avaient déjà plus rien à prouver, John Musker et Ron Clements, associés à d’autres immenses talents tels que Randy Newman pour la musique ou Peter Del Vecho pour la production, reçoit un accueil favorable doublé d’un franc succès financier. Le film, nominé à trois reprises aux Oscars, confirme que la politique menée par Lasseter est la bonne. La crise identitaire qui a failli conduire le studio à son implosion au début des années 2000 est désormais loin. Le cadre administratif, prioritaire sur tous les autres, n’a plus lieu d’être et le débat se focalise à nouveau sur le bourgeonnement créatif des cinéastes, qui n’ont plus les pieds et mains liés et sont revenus au cœur des directives. Comme il le précisera plus tard, John Lasseter est arrivé dans un studio « brisé », et lui et ses équipes l’ont « réparé ».

John Lasseter La Princesse et la Grenouille

Ce travail qui perpétue l’héritage du créateur des studios tout en l’inscrivant dans la modernité et l’innovation technologie se ressent avec Winnie l’Ourson. John Lasseter redonne vie à la mythologie emblématique du label tout en lui offrant un savoir-faire hors-norme. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de son projet, relancer les Studios d’Animation Walt Disney par la pulsion même qui les a fait naître des décennies en arrière. Un an plus tôt, c’est la 3D qui fut à nouveau à l’honneur dans ce catalogue Disney. Mettant toujours un point d’honneur à valoriser l’héritage et le divertissement en connexion directe avec la philosophie insufflée par Walt, John Lasseter organise l’arrivée d’une nouvelle Princesse Disney, Raiponce, imaginée par l’animateur Glen Keane sur papier et sublimée en 3D relief. Si La Princesse et la Grenouille était perfectible assurément, Raiponce corrige certaines erreurs d’un point de vue purement marketing. Un changement de titre original volontaire, cassant les codes du conte originel, démontre la détermination de John Lasseter à vouloir rassembler davantage le public autour d’une thématique majeure plutôt qu’un prénom d’héroïne qui n’aurait visé qu’un public restreint de petites filles. On ne s’étonnera pas dès lors que la communication de Raipunzel devenu Tangled s’axe aussi bien sur la Princesse française que son compagnon. Et là où le talent de communicant de Lasseter est sans précédent, c’est dans la liberté qu’il laisse à d’autres filiales internationales d’adapter leur propre stratégie marketing aux attentes de leur public. A ce titre, The Walt Disney Company France mise une nouvelle fois sur l’authenticité qui caractérise ce conte. Le pari est gagné sur les cinq continents et Raiponce fait alors gravir une marche supplémentaire au directeur artistique, décidément visionnaire et ingénieux.

John Lasseter Tangled

Le retour des Longs-Métrages Disney et Pixar

Outre ce renouveau des longs-métrages, John Lasseter relance dès décembre 2006 un secteur disparu au sein des Studios d’Animation Walt Disney, celui de la production de cartoons, destinés au marché cinématographique. C’est une aubaine pour lui que de pouvoir une fois encore revenir à la source de la créativité du génie fondateur des Studios. Suivant ses pas, il espère ainsi mettre en avant les talents de nombreux cinéastes, scénaristes ou animateurs en leur offrant la possibilité de faire leur preuve face au grand public. Des artistes déjà dans la maison de Mickey peuvent également s’offrir une parenthèse dans leur carrière avec ces cartoons. Ce chantier est un véritable terrain expérimental pour John qui, à l’image de ses actions chez Pixar, souhaite faire émerger toujours plus de nouvelles idées et de nouveaux concepts. La Petite Fille aux Allumettes (2006), Comment Brancher son Home Cinéma (2007), Glago’s Guest (2008), Super Rhino (2009), Tick Tock Tale (2010), La Balade de Nessie (2011), Le Mariage de Raiponce (2012), Paperman (2013), Mickey A Cheval ! (2013), Le Festin (2014), La Reine des Neiges : Une Fête Givrée (2015), mais également la série de cartoons des Lutins d’Elite sont autant de créations courtes produites sous l’impulsion de John Lasseter, qu’ils soient animés en 2D traditionnelle, en CGI ou qu’ils combinent les deux modes. Toujours dans la philosophie maîtresse de Walt, John n’oublie pas d’où vient la Walt Disney Company. Il ouvre davantage les portes des archives des secteurs animés et rend hommage aux différentes légendes qui s’y sont succédées, à commencer par ses pairs, les Neuf Sages, qu’il revalorise soit dans des expositions soit dans des publications exceptionnelles (comme ici).

Q & A with the Animators from Walt Disney Animation Studios Short Films Collection | Stacy Molter Photography

Parallèlement, John Lasseter démarre un nouveau chantier au sein des Studios d’Animation Pixar, celui d’exploiter autant que faire se peut ses franchises devenues pour certaines intergénérationnelles. C’est tout naturellement qu’il commence ce travail en bouclant la trilogie implicite de Toy Story. Là encore, son trop plein d’activités le contraint à confier la tâche de sa réalisation à un tiers. Et quel tiers, puisque Lee Unkrich remplace brillamment Bradley Raymond à l’origine du projet avant le rachat de Pixar par Disney. Quinze ans après la révolution technologique opérée par le premier chapitre des aventures des jouets d’Andy, le producteur Lasseter parvient à exploser littéralement les compteurs. Toy Story 3 devient à la mi-août 2010 le film d’animation le plus rentable de tous les temps (avec 920 millions de dollars de recettes internationales) quand 99 % des critiques recensées sur le site Rotten Tomatoes lui accordent un avis positif. Le film obtient deux Oscars dont celui du Meilleur Film d’Animation parmi ses trois nominations. Aujourd’hui, culminant à plus d’un milliard de dollars, le troisième opus de la franchise culte de Pixar se positionne 17ème dans le classement des plus gros succès cinématographiques de l’Histoire et 3ème dans celui des films d’animation. Une telle performance exceptionnelle consacre plus que jamais encore le studio et l’homme à sa tête. John Lasseter mène avec brio sa politique des différents labels d’animation de Disney. Les succès commerciaux et critiques sont au rendez-vous. Cars 2 est la deuxième suite Pixar à sortir. John Lasseter, assisté de Brad Lewis à la réalisation, entend bien faire de ce nouveau volet un succès de plus dans sa carrière. Pour les 25 ans du Studio, Cars 2 affiche néanmoins un bien pâle bilan. La première faute de goût du génie pixarien se caractérise par un scénario creux et une exploitation des personnages trop bancale. Le film est d’ailleurs froidement accueilli alors que la synergie de ses produits dérivés, pain béni pour la Walt Disney Company, ne cesse d’accroître. John Lasseter supervise personnellement la production de la série animée dérivée des films, Cars Toon.

Joan Cusack, Tim Allen et Tom Hanks à l'avant-première mondiale de Toy Story 3

Joan Cusack, Tim Allen et Tom Hanks à l’avant-première mondiale de Toy Story 3

Deux studios pour un homme

Cela n’affecte pas pour autant la figure omnipotente de l’animation à la Disney. L’homme aux multiples talents a sous sa responsabilité pas moins de deux studios d’animation et trois labels : Pixar, Disney Animation et DisneyToon. Superviser les innombrables missions de trois entités indépendantes au sein de Disney n’est, considérons-le très objectivement, pas une mince affaire, d’autant que John Lasseter attache une importance primordiale à la vision artistique avant les aspects financiers et administratifs. Son regard sur tous les projets lui impose un rythme de vie et un planning soutenus. Il va sans dire par ailleurs que les allers et retours en avion entre le Pixar Campus (siège du studio au 1200 Park Avenue à Emeryville en Californie depuis la fin des années 1990) et Glendale (siège des infrastructures des Studios d’Animation Walt Disney et DisneyToon Studios) sont hebdomadaires pour le directeur artistique. C’est ainsi que Bob Iger et John Lasseter nomment plusieurs directeurs généraux pour chacun des studios afin de mieux gérer leurs affaires commerciales et de soulager dans le même temps le créateur de Toy Story. Ainsi, John institue certains jours dédiés totalement à la firme qui l’a fait connaître, tandis que les autres jours, c’est Mickey et ses amis qui occupent tout son temps.

Pixar Campus à Emeryville

Pixar Campus à Emeryville

En 2011, John Lasseter fête dignement les 75 printemps des longs-métrages d’animation Disney en recherchant encore et toujours plus d’originalité dans les scénarios et les techniques qu’il sort de ses studios. C’est ainsi que Les Mondes de Ralph voit le jour dans une ère de plus en plus prospère pour le label, qui ne souffre désormais plus de concurrence face au conquérant Pixar, ni de critiques négatives majoritaires. Ce film concrétise ainsi la vision éditoriale du directeur artistique : oser des projets originaux et des approches novatrices en matière d’animation et d’histoire, après avoir remis de l’ordre dans le studio. John Lasseter aura tout de même laissé ce projet, développé au début des années 2000, mûrir plusieurs années supplémentaires après son arrivée. Artistiquement et commercialement parlant, les Studios d’Animation Walt Disney vivent alors un quatrième âge d’or. Pour le faire perdurer, John Lasseter s’attache à rester fidèle à ses principes éditoriaux mis en place chez Pixar, creuser, autant que faire se peut, l’histoire d’un film avant de réellement lancer sa production. Voilà de quoi conforter l’idée que les Studios de l’oncle Walt marchent encore et toujours plus vers le succès, la reconnaissance artistique et la domination au box-office. La Reine des Neiges, suivi des (Les) Nouveaux Héros, bien différents à des égards et pourtant proches sur plusieurs lignes d’approche, reçoivent un accueil triomphal à travers le monde (et décrochent tous deux l’Oscar du Meilleur Film d’Animation, jusque-là toujours remporté par Pixar). Le premier long-métrage va jusqu’à devenir le film d’animation le plus lucratif de l’Histoire du cinéma et l’un des phénomènes culturels et de divertissement les plus marquants de ce début du XXIème siècle. Qui imaginerait que le petit stagiaire en animation John Lasseter porterait plusieurs décennies plus tard Disney, la maison qui l’a remercié à l’orée de sa carrière, au sommet international et historique de sa gloire ?

Ed Catmull John Lasseter Walt Disney Animation Studios

A contrario, Pixar connaît pour la première fois de son existence, si ce n’est un coup de mou artistique, au moins une désunion de la critique, jusque-là unanime. Son 14ème long-métrage animé Rebelle explore un format encore inédit, celui du film de princesse. Par ailleurs, si la plupart des désaccords de production d’un film Pixar survenaient jusque-là le plus souvent entre le distributeur aux grandes oreilles et le producteur à la lampe de bureau, Rebelle connaît bien des aléas dans sa création, notamment au niveau de sa pré-production. Sa première réalisatrice est en effet remerciée par John Lasseter, alors que le film prend une tournure trop féerique, et probablement disneyienne par la même occasion. C’est d’ailleurs cette recherche permanente d’un genre certes inédit pour le studio, mais manifestement repris chez son grand frère Disney Animation, qui rendra le film si peu savoureux au final. John Lasseter, dans son idée à demi-assumée de mettre les pieds sur un terrain déjà conquis, n’a visiblement pas eu le cran nécessaire pour oser se hisser au niveau du savoir-faire de Disney dans l’adaptation de conte de fées. C’est tout naturellement que le succès critique mitigé des deux dernières productions Pixar engage sérieusement la crédibilité de Pixar dans les années 2010, tant l’aura du studio est importante et les pépites ont abondé jusque-là. Monstres Academy se révèle être un prequel plutôt correct. Sans pour autant prétendre être une « suite » totalement convenue ni une révolution animée, le long-métrage de Dan Scanlon parvient à plaire et redorer le blason de Pixar.

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Rebelle

Le retour des franchises originales

John Lasseter est éperdument convaincu qu’il est désormais temps d’offrir à son label qui l’a fait naître de nouvelles franchises originales. Il fait confiance pour cela tant à des amis de longue date et proches collaborateurs comme Pete Docter sur Vice-Versa ou Peter Sohn sur Le Voyage d’Arlo. Enfin, John Lasseter renouvelle à la D23 Expo 2015 son souhait d’allier à la fois l’originalité et l’exploitation de franchises entrées dans l’inconscient collectif en officialisant un line-up hors-norme pour les studios Disney et Pixar, tandis que les DisneyToon Studios, sans doute le label qui lui aura porté préjudice depuis l’échec de sa nouvelle marque pixarisante Planes, se cherchent encore pour les années futures, sans pour autant que Lasseter ait décidé de tirer un trait sur eux. Le producteur exécutif John Lasseter a ainsi prévu dans son calendrier animé pas moins de trois suites Disney-Pixar (Le Monde de Dory, Les Indestructibles 2, Cars 3), un film Disney-Pixar original, COCO, deux contes de fées Disney (Vaiana : La Princesse du Bout du Monde et Gigantic) et un nouveau Disney animalier anthropomorphique (Zootopie). Quant au réalisateur, il reviendra mettre son talent en exergue et retrouvera ses jouets favoris dans le quatrième et inattendu opus de la saga animée Toy Story. Lui-même justifie et définit ce choix impromptu comme un coup du destin. Aucune suite n’était dans les projets de Lasseter jusqu’au jour où il s’est rendu compte que chacun des films de la trilogie était imaginé dans un style différent, et que celui de la comédie romantique n’avait pas encore été fait. La romance entre la Bergère et Woody sera donc le point d’ancrage de ce nouveau volet, un thème ô combien excitant mais très risqué compte tenu de son semi-échec critique sur Cars 2 et l’éventuel faux pas artistique qui pourrait survenir sur une suite plus commerciale que cohérente artistiquement.

"Pixar And Walt Disney Animation Studios: The Upcoming Films" Presentation At Disney's D23 EXPO 2015

Un conseiller de choix pour Walt Disney Imagineering

Depuis une décennie, John Lasseter officie également comme conseiller artistique privilégié de la filiale Walt Disney Imagineering. Son expertise d’animateur et donc de créateur de magie, son sens de l’observation dont il a fait preuve durant ses jobs d’étudiant à Disneyland, et enfin sa filiation spirituelle avec Walt Disney lui confèrent bon nombre de cartes pour se placer comme l’un des intervenants les plus légitimes dans la pensée et le moulage des attractions de demain dans les Parcs Disney. Comme pour l’animation, John Lasseter n’est pas le génie qui a créé une forme d’art ou d’imaginaire inédite. Contrairement à Walt Disney qui a insufflé ses lettres de noblesse à l’animation et créé de toutes pièces le concept de parcs à thèmes, John Lasseter, le créatif, ne va faire que prolonger la vision du maître dans les parcs et non la révolutionner ou la remplacer par une autre philosophie. John Lasseter, plus particulièrement dans les Royaumes Magiques de Mickey, n’est pas le nouveau Walt du XXIème siècle, ni son successeur, bien que la question se posera plus légitimement à la fin de sa carrière, mais « fait » nécessairement du « pur Walt ».

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Dès son arrivée à WDI en qualité de Conseiller Artistique Principal (principalement implanté au Grand Central Creative Campus à Glendale), John Lasseter portera toute son attention sur trois destinations qui ont, pour des raisons qui leur sont propres, grandement besoin d’une refonte et d’une nouvelle offre en attractions. Le tout récent Hong Kong Disneyland a nécessairement besoin de s’étendre, tout comme le pauvre Parc Walt Disney Studios parisien, four artistique et financier d’Euro Disney S.C.A. La franchise la plus en vogue de sa maison Pixar, Toy Story, est tout bonnement le thème de prédilection pour espérer implanter davantage d’attractivité dans chacun des Parcs. Ce thème faisait déjà partie des références dans les Parcs Disney (spectacles, parades, attractions, hôtels…) depuis que la compagnie détenait les droits d’exploitation des films Pixar, qu’elle distribuait de manière exclusive. L’imagination débordante de John Lasseter se met ainsi au service de la cause des Parcs. Les Walt Disney Studios parisiens accueillent deux Attractions offrant la possibilité à deux marques fortes de Pixar de s’y épanouir : Cars Quatre Roues Rallye et Crush’s Coaster (sans oublier le lieu de rencontres Woody’s Roundup Village la même année). Un mini-land Toy Story Playland voit le jour en 2010 au sein de Toon Studios à Paris tandis qu’une section Toy Story Land quasiment similaire en tous points naît l’année suivante à Hong Kong. Ces deux zones proposent respectivement trois attractions inédites, au demeurant plutôt classique dans la technologie qu’elles emploient mais s’incluant parfaitement dans les nouveaux standards de qualité et de finition des Attractions directement inspirées de films d’animation Disney à succès, que souhaitent implanter John Lasseter et ses supérieurs hiérarchiques d’Imagineering et Walt Disney Parks & Resorts. John Lasseter et Disney espérant exploiter jusqu’à la moelle les jouets d’Andy, une attraction phare, Toy Story Midway Mania, crée l’événement dans plusieurs Parcs Disney à travers le monde : à Disney California Adventure à Anaheim mais aussi aux Disney’s Hollywood Studios à Orlando en 2008, dans une nouvelle zone baptisée Pixar Place. Cette dernière zone rendant directement hommage aux studios d’Emeryville met également en avant la lampe fondatrice des studios, Luxo Junior, en version Audio-Animatronique. Forte de son succès, l’attraction interactive Toy Story Midway Mania, digne successeur technologique de Buzz L’Éclair Bataille Laser (existant dans tous les Resorts Disney), a également été implantée à Tokyo DisneySea en 2009.

Parallèlement, John Lasseter développe dans les Parcs d’autres franchises phares de ses studios, Le Monde de Nemo. Juste avant Crush’s Coaster, il participe à la mutation progressive du Parc Epcot en Floride en transformant l’aquarium géant The Living Seas en le rethématisant avec les personnages du film d’Andrew Stanton et en lui conférant de nouvelles expériences. Ce pavillon présente donc en 2006 deux attractions inédites : une promenade sub-aquatique, The Seas with Nemo & Friends, ainsi qu’une animation interactive, Turtle Talk with Crush. Durant l’année 2007, même objectif du côté de Disneyland en Californie : redonner un second souffle à une attraction emblématique du Parc devenue désuète et peu attractive. L’attraction Submarine Voyage, très coûteuse en maintenance, est totalement revue techniquement et se rethématise aux couleurs du (Le) Monde de Nemo. Le scénario de Finding Nemo Submarine Voyage est sensiblement le même que The Seas With Nemo & Friends, à ceci près que le voyage continue de s’effectuer dans des sous-marins dans le Parc de Walt. Du côté des parcs nippons, John Lasseter entend bien jouer également de son influence. L’attraction Monsters, Inc. Ride & Go Seek offre au land futuriste de Tokyo Disneyland un concept déjà débarqué à Disney California Adventure en 2006 avec l’attraction Monsters, Inc. : Mike and Sulley to the Rescue.

Après cinq années passées à Walt Disney Imagineering, le constat est clair : John Lasseter entend à la fois moderniser certains concepts forts d’attractions de tous les Resorts Disney, tout en prenant soin de fondre dans la masse ses nouvelles créations en adéquation avec les thèmes majeurs déjà développés dans les Parcs (futurisme, découverte, animation…), mais espère également, et les mini-lands Toy Story en sont la preuve, étendre encore plus son influence et revenir aux fondamentaux de Walt : créer des attractions et de nouveaux espaces immersifs directement inspirés des succès de la branche cinématographique. Anecdote amusante : John Lasseter a voulu redonner son nom originel à WDI, WED Entreprises, d’une part pour rendre hommage à Walt Disney et d’autre part retrouver l’esprit authentique qui animait la filiale créée en 1952, et qui visiblement a perdu de sa créativité vers la fin des années 1990.

CARS LAND -- The new 12-acre Cars Land and its three new family attractions at Disney California Adventure park will open to the public on June 15, 2012. Cars Land will immerse guests in the thrilling world of the Disney¥Pixar blockbuster ÒCarsÓ film franchise as they step into the town of Radiator Springs. (Paul Hiffmeyer/Disneyland Resort)

Cars Land

Mais ce qui restera à ce jour comme la plus belle des créations de John Lasseter et ses collègues imaginieurs est sans aucun doute Cars Land, faisant partie intégrante d’un « packaging » commercial visant à remanier intégralement l’offre et l’architecture du Parc Disney California Adventure à Disneyland Resort, qui n’a pas rencontré le succès escompté à son ouverture en 2001. Un Land extraordinaire de 4,8 ha rendant hommage à l’univers de Flash McQueen sort de terre en 2012 et change totalement la donne du Parc, qui connaît des jours plus que prospères dès lors. La « pixarisation » des Parcs Disney continue de plus belle. En 2008, John Lasseter laisse entendre aux médias que Disneyland Paris accueillera une nouvelle Attraction inspirée d’un univers inédit de la firme de Luxo, univers dévoilé par son patron Philippe Gas en 2012, celui de Ratatouille. John Lasseter est en effet passé à une étape supérieure. Le succès toujours croissant de ses premiers bébés dans les Parcs Disney lui a conféré une aura naturelle lui permettant de voir ses futurs projets à plus grande échelle. Il planche alors sur un dark-ride qui aurait la prétention de concurrencer le plus prisé d’entre tous, tous parc à thèmes internationaux confondus, celui de Spider-Man à Universal Orlando Resort.

A l’image de ses travaux chez Pixar, il met en branle un vaste chantier de développement technologique, en l’occurrence dans un premier temps, celui du RoboCoaster, combiné à des effets 3D, au service d’une de ses pépites de l’animation qui a reçu tous les honneurs dès sa sortie, Les Indestructibles. Au jour d’aujourd’hui, ce type d’attraction n’a hélas pas encore abouti. Pas de panique, Walt Disney Imagineering a plus d’un tour dans son sac et L’Aventure Totalement Toquée de Rémy le confirme en 2014, en transcendant plus que jamais l’esthétique pixarienne dans un Parc Disney. Outre sa thématisation impressionnante et ses infrastructures technologiques avancées, c’est son lieu de naissance, Disneyland Paris, qui font d’elle le symbole même de la vision cohérente de WDI dans un Parc à thèmes Disney, et donc de John Lasseter et ses équipes. Il est alors bien conscient que ses collègues et lui se sont surpassés, ce dernier ne gérant que des parties « Design » et « Histoire » des nouvelles attractions.

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Place de Rémy

Mais lui, autant que Tom Fitzgerald, directeur exécutif Créations de Walt Disney Imagineering, sont persuadés que le progrès technologique est garant du meilleur rendu possible pour une attraction. Et le dernier-cri s’invite aussi dans le processus créatif. L’impression 3D, la modélisation 3D ou la création par réalité virtuelle en 3D (DISH : Digital Immersive Showroom) sont autant d’outils incontournables du quotidien des centaines d’imaginieurs (concepteurs de spectacles, artistes, auteurs, chefs de projet, ingénieurs, architectes, réalisateurs, spécialistes de l’audiovisuel, animateurs, groupes de production, programmeurs informatiques, urbanistes, concepteurs d’attractions, experts financiers et chercheurs – plus de 140 disciplines uniques au total). John Lasseter le déclare lui-même d’ailleurs : « Je vous le promets, nous n’allons pas seulement continuer à faire les meilleurs films mais aussi les meilleures attractions ».

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Le patron du label Disney n’est pas en reste puisque son droit de regard exclusif sur les nouveautés inspirées des œuvres du catalogue des Studios d’Animation Walt Disney lui permet d’apporter, là encore, sa touche visionnaire. Beaucoup de projets passent par le bureau de John Lasseter à Glendale. Tout d’abord, et de manière similaire au phénomène de « pixarisation », beaucoup d’attractions emblématiques des différents Resorts Disney connaissent une renaissance grâce à l’apport riche d’univers divers et variés de la mythologie Disney ou d’outils technologiques plus récents :

  • El Rio Del Tempo est remplacée par Gran Fiesta Tour Starring The Three Caballeros au Parc Epcot en 2007 ;
  • la croisière « it’s a small world » connaît en Californie, et à Hong Kong en 2008, une disneyisation inédite ;
  • le parcours scénique Alice in Wonderland connaît en 2014 une mise à jour technologique exceptionnelle à la veille des 60 ans de Disneyland, premier du nom ;
  • l’arrivée de la franchise très lucrative de la Fée Clochette dans différents Parcs ;
  • le parcours scénique Peter Pan’s Flight dévoile en 2015, dans sa version floridienne, une file d’attente interactive, et en 2016, dans sa version parisienne, de nouveaux effets dernier cri ;
  • la parcours Storybook Land Canal accueille en 2015 une scène dédiée à La Reine des Neiges ;
  • la croisière rapide Maelström subit en 2016 un relooking exclusif sur l’univers des soeurs d’Arendelle ;
John Lasseter Disneyland

John Lasseter à Disney California Adventure

Bref, l’influence du monde de l’animation dans les Parcs Disney prend d’année en année un peu plus d’importance, les thématiques  propres aux scénarios des Parcs devenant désormais plus minoritaires. Mais les plus gros projets d’attractions, outre Shanghai Disney Resort, Iron Man Experience (Hong-Kong), Pandora: World of Avatar et Frozen Ever After (Walt Disney World Resort), et les Lands Star Wars (Disneyland Resort et Walt Disney World Resort) restent encore des thèmes du monde de l’animation, où l’expertise artistique de John Lasseter est primordiale. Des New Fantasyland floridiens et japonais remettant au goût du jour des univers Disney cultes (La Belle et la Bête, La Petite Sirène, Dumbo, Blanche Neige et les Sept Nains, Mickey Mouse, Alice au Pays des Merveilles, Peter Pan) à des espaces totalement dédiés au hit de l’animation depuis 2013, La Reine des Neiges (Port Frozen à Tokyo DisneySea), en passant par l’expansion de zones pixariennes (Toy Story Land à Walt Disney World Resort), l’animation Disney et Pixar dans les Parcs de la firme va prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir.

Enfin, cela va sans dire, le divertissement de tous les Resorts Disney puise grâce à l’enrichissement des studios d’animation de John Lasseter une pléthore d’univers et de musiques, destinée aux spectacles et parades des Parcs. Toy Story est sans doute une fois encore l’une des franchises les plus exploitées dans ce domaine, sans oublier celles des dernières Princesses Disney en vogue, Raiponce et La Reine des Neiges. John Lasseter, en bon directeur artistique qui se respecte, a également un droit de regard exclusif sur l’ensemble des produits dérivés des labels Disney et Pixar.

Tokyo Disneyland new fantasyland

Aujourd’hui, John Lasseter est considéré, à juste titre, comme l’un des pontes de l’empire Disney tant son influence est importante sur la politique artistique et commerciale menées par l’entreprise à travers le monde. En 2004, il est honoré par la Guilde des réalisateurs (Art Directors Guild) pour son « exceptionnelle contribution à l’imaginaire cinématographique ». L’American Film Institute lui décerne par ailleurs un diplôme honoraire. En 2009, il reçoit le Windsor McCay Award pour l’ensemble de sa carrière et est reçu en prince à la Mostra de Venise, aux côtés de George Lucas. Le festival italien lui décerne en effet un Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière.

John Lasseter, Brad Bird Pete Docter Andrew Stanton Mostra Venise 2009

Andrew Stanton, Pete Docter, John Lasseter, Brad Bird et Lee Unkrich à la Mostra de Venise (2009)

Ce cador du monde de l’animation, et plus généralement de l’industrie américaine du cinéma, a reçu son étoile sur le Hollywood Walk of Fame le 1er novembre 2011, situé au 6834 Hollywood Boulevard, mais a également été honoré la même année au Festival d’Austin pour son apport exceptionnel au monde du cinéma. Membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences d’Hollywood, il y a servi comme membre de son conseil d’administration de 2005 à 2014. En 2009 et 2015, il a l’insigne honneur de présenter Là-Haut et Vice-Versa au Festival de Cannes en présence des équipes du film et des voix françaises, et est également honoré sur le Mur des cinéastes de l’Institut Lumière à Lyon, l’un des lieux mythiques de la naissance du cinéma.

C’est à lui que revient l’honneur également de présenter tous les deux ans le ou les panel(s) de l’animation à la D23 Expo, vitrine de promotion exclusive organisée par et pour The Walt Disney CompanyJohn Lasseter collectionne pour ses différents films des récompenses professionnelles toutes plus prestigieuses les unes que les autres, amassées tout au long de sa carrière :

  • Lady and the Lamp / Nightmare
    • deux prix étudiants de fin de formation au CalArts,
  • Luxo Junior
    • Ours d’Argent de la Berlinale du Meilleur Court-Métrage,
  • Tin Toy 
    • Oscar du Meilleur Court-Métrage d’Animation,
  • Toy Story
    • Oscar pour une Contribution Spéciale
    • Annie Award du Meilleur Film d’Animation et Special Achievement in Animation,
  • 1001 Pattes
    • Satellite Award du Meilleur Film d’Animation,
  • Toy Story 2
    • Satellite Award du Meilleur Film d’Animation,
    • Annie Awards du Meilleur Film d’Animation, Meilleur Réalisateur d’un Film d’Animation et Meilleur Scénariste d’un Film d’Animation,
  • Cars – Quatre Roues
    • Annie Award du Meilleur Film d’Animation,
    • Golden Globe du Meilleur Film d’Animation,
    • Saturn Award du Meilleur Film d’Animation,
  • Lutins d’Elite : Mission Noël (producteur)
    • Primetime Emmy Award du Meilleur Programme d’Animation – Moins d’une heure,
  • Lutins d’Élite : Opération Secret du Père Noël (producteur)
    • Primetime Emmy Award du Meilleur Court Programme d’Animation.
John Lasseter à la 68ème cérémonie des Oscars (1996)

John Lasseter à la 68ème cérémonie des Oscars (1996)

Parmi ses plus proches amis, on compte un autre génie de l’animation, le cinéaste et animateur japonais Hayao Miyazaki, auquel il voue une admiration sans bornes. La première rencontre entre les deux artistes a lieu en 1981 aux Studios Disney. Une partie de l’équipe du studio d’animation nippon TMS Entertainment Limited est reçue chez Mickey et présente à cette occasion des extraits du premier long-métrage animé de MiyazakiLe Château de Cagliostro. L’émotion de John sur l’univers du maître ne le quittera plus. L’année de sa rencontre avec sa future femme, il ne trouve rien de mieux que de lui montrer différents travaux de Miyazaki après leur premier dîner. Il retrouve l’un de ses maîtres à penser en 1987, lors d’un voyage au Japon. Il découvre les storyboards de Mon voisin Totoro qui sortira l’année suivante. Une fois que John Lasseter connaîtra le succès en tant que réalisateur puis producteur au sein de la firme de Mickey, il poussera celle-ci à décrocher les droits de distribution à l’étranger du catalogue Ghibli. L’opération est menée avec brio le 23 janvier 1996. John a d’ailleurs supervisé une partie des doublages américains. On pourra noter d’ailleurs plusieurs clins d’œil hommage à Miyazaki dans les films Pixar, comme la présence de Totoro sous forme de jouet en peluche dans Toy Story 3. Lasseter et Miyazaki ont participé ensemble à plusieurs événements internationaux de type Comic Con ou se sont rencontrés dans un cadre plus privé comme des randonnées au Parc national Yosemite. Les deux maîtres, s’admirant mutuellement, n’ont jamais franchi le pas de la collaboration artistique. John est un pur cinéphile en prises de vue réelles par ailleurs. Le réalisateur italien Franck Capra ou le réalisateur américain Preston Sturge font partie de ses idoles, tout comme Walt Disney ou Chuck Jones.

Hayao Miyazaki accepte un Oscar d'Honneur en 2014

Hayao Miyazaki accepte un Oscar d’Honneur en 2014

Mais outre l’animation, John Lasseter est également féru de modélisme et de jouets. Que ce soit dans les différents bureaux qu’il occupe ou à son domicile à Glen Ellen, le réalisateur amasse des centaines de figurines de collection, de jouets miniaturisés, de trains et locomotives réduits. Tous les jouets de toutes les franchises de sa société sont représentées dans sa collection.

John Lasseter Collectionneur Bureau Pixar

Bureau de John Lasseter aux Studios Pixar

Il porte également une estime toute particulière aux maquettes et dioramas de l’artiste Robert Olszewski et expose également de temps en temps certains trésors en provenance de la Walt Disney Research Animation Library (dessins originaux, reproductions…). Enfin, John collectionne de nombreux objets de collection comme la maquette du Pays Imaginaire éditée pour les 55 ans de Peter Pan, un Mickey très rare fait de métal et de rouages, des sculptures Walt Disney Classics Collection (des cartoons Two Guns Mickey ou Plane Crazy)… Lorsque les médias ont demandé à John quelle était ma plus grande fierté de sa carrière, il donna une réponse certes étonnante mais très touchante : « J’ai gagné beaucoup de prix, mais le plus beau que j’ai jamais reçu vient d’un Parc Disneyland. On m’a envoyé une vieille poupée de Woody, noire et trouée à force d’usure, avec une lettre qui disait : « Aujourd’hui, un petit garçon de six ans nommé Caleb est venu à l’accueil nous apporter cette poupée. Ses parents lui en ont acheté une nouvelle, mais il veut que son vieux Woody ait une belle maison. » Elle trône dans la vitrine de Pixar, au milieu de nos Oscars… Ce sont ces petites choses dont je suis le plus fier parce qu’elles prouvent qu’on a réussi à divertir profondément. C’est pour ces émotions que je fais ce que je fais. »

La poupée Woody aux Studios Pixar. Une étiquette au nom de Caleb est accrochée à sa botte.

La poupée Woody aux studios Pixar. Une étiquette au nom de Caleb est accrochée à sa botte.

Comme Walt Disney, sa passion pour le chemin de fer occupe nécessairement son emploi du temps. Il est détenteur de la motrice à vapeur Marie E., locomotive qui appartenait avant à Ollie Johnston, l’un des Neuf Vieux Sages des Studios Disney. Avec cette machine, John Lasseter a arpenté plusieurs voies ferrées en mai 2007 et en juin 2010, à Pacific Coast Railroad à Santa Margarita. En 2005, John a même obtenu la permission exceptionnelle d’utiliser le circuit ferroviaire de Disneyland avec sa motrice pour rendre hommage à Ollie Johnston.

Du côté de sa vie personnelle, John Lasseter est un homme comblé. Il vit à Glen Ellen en Californie (l’obligeant à faire une heure de route tous les matins et tous les soirs pour rejoindre ses différentes bureaux) avec son épouse Nancy, diplômée de l’Université Carnegie Mellon. John a rencontré sa femme lors d’une conférence sur l’infographie. En effet, Nancy Lasseter a été formée dans le développement d’applications graphiques en informatique. Elle a d’ailleurs travaillé quelque temps au sein d’Apple comme ingénieur en infographie. John et Nancy ont scellé leur amour en 1988, qui a donné cinq fils par ailleurs, Sam, Joey, Bennett, Paul et Jackson Lasseter. Les petits Lasseter ont déjà repris les rennes de leur père : deux producteurs de télévision, un réalisateur, un sculpteur spécialisé dans la fabrication de marionnettes et le petit dernier qui étudie la mise en scène. La famille est par ailleurs propriétaire d’un domaine viticole à leur nom, créé en 2000 avec le soutien des Studios d’Animation Disney-Pixar et Walt Disney. La cave des Lasseter produit chaque année 1200 à 6000 bouteilles de vin rouge, proches du cépage bordelais. Il faut dire que le couple Lasseter est un grand amateur de vins, à commencer par le Bandol. C’est ce vin qui leur a donné l’idée de monter leur propre affaire sur les terres californiennes de Sonoma Valley, la « Provence américaine » et de faire l’acquisition d’un vignoble. Depuis 2005, ils développent et commercialisent plusieurs grands crus inspirés de différents terroirs et cépages français comme le Merlot, le Cabernet Sauvignon, le Côt ou le Cabernet. En 2011, ils sortent de nouveaux produits : Enjoué Rosé, Chemin de Fer, Amoureux et Paysage. Des bouteilles exclusives sont emballées aux couleurs des différents héros Pixar et trônent fièrement dans la cave privée de la famille.

John Lasseter est également un collectionneur de voitures Chevrolet, héritées pour la plupart de son père. Lui et Nancy sont adeptes de la culture biologique sur leur propre domaine. John préfère en effet s’échapper du quotidien chez lui, dans son cocon vital. Sa locomotive Marie E. l’accompagne d’ailleurs puisqu’il peut faire le tour de sa propriété avec. Loin de la technologie qu’il côtoie chaque jour (il ne rédige quasiment jamais de textos ou d’e-mails), il garde toujours sur lui quelques marqueurs ou pastels. En revanche, il ne se sépare jamais de sa montre Apple Watch Mickey ni de sa tablette iPad équipée d’une application spéciale lui permettant de suivre à n’importe quel heure de la journée l’état d’avancement des différents projets des labels dont il est responsable et d’apporter des correctifs par voie orale, directement transmis aux concernés. Enfin, John Lasseter est d’abord et avant tout connu comme collectionneur de chemises hawaïennes. Il en possède au moins 1000 selon sa femme, qui les classe minutieusement. Si certaines sont plus simples que d’autres offrant des motifs de fleurs tropicales ou de voitures, d’autres déclinent tous les univers Disney et Pixar dont John est Fan. John Lasseter lance sa première ligne de collection de chemises hawaïennes à la D23 Expo 2015. Chose pour le moins étonnante par ailleurs, le 2 mai 2009, John Lasseter a reçu un doctorat honorifique de l’Université de Pepperdine.

John Lasseter Family

John Lasseter : l’artisan de l’infini et au-delà
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